Publié le 24 Février 2017


Bonjour à tous

S'inspirant peut-être des pomanders du moyen-âge, ces "boules de senteur" en métal précieux contenant des parfums "solides", le parfumeur Guillaume-Louis Lenthéric a l'idée en 1891 de créer pour ses clientes parisiennes un "bijou parfumant" au nom original, l'atyche. Le succès est immédiat grâce à la réputation de sa boutique "La Parfumerie des Orchidées" ouverte en 1885 au 245 rue Saint-Honoré, futur navire amiral de la "Société anonyme des parfums Lenthéric" créée en 1924.

Petit bijou en forme de boule ou de coeur, l'atyche est ouvert sur l'extérieur par un petit tube de verre très fin dans lequel l'essence reste piégée par capillarité. Porté près du corps, en bracelet, en collier ou en corsage, l'atyche diffuse le parfum qui s'évapore peu à peu grâce à la chaleur du corps. A une époque où les essences naturelles sont difficiles à "fixer" bien longtemps, les coquettes restent ainsi parfumées jusque tard dans la nuit...
Simple et ordinaire porte-bonheur à offrir pour la modique somme de 5 francs, l'atyche sera vendu plus tard avec le parfum Orkidée lancé en 1894. Il peut devenir un bijou de luxe, en or ou en argent, enrichi de perles, de diamants ou de pierres précieuses, serti dans un écrin précieux et vendu jusqu'à 700 francs, une petite fortune pour l'époque !

Entre les deux guerres mondiales, la société Lenthéric investira le marché américain et s'y développera de manière considérable, les produits phares de la maison étant rebaptisés de noms anglo-saxons pour l'occasion. Risque-Tout deviendra Tweed en 1933, Coeur de Paris deviendra Shanghai en 1934 par exemple.
La quantité prenant le pas sur la qualité, les années 40 voient l'apparition de produits Lenthéric tout public, conteneurs en matières plastiques ou atomiseurs jetables. Après de nombreux rachats, la marque existe toujours et fait aujourd'hui partie du groupe anglais Shaneel Enterprises Ltd.

L'atyche, lui, a rapidement disparu des mémoires et des corsets, laissant derrière lui le sillage d'un parfum poudré évoquant le souvenir d'une autre époque...

(Sources : Internet + "Miniatures de parfum de collection" - Bernard Gangler - Ed. du Chêne)

Tonton Daniel

 

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Publié le 21 Février 2017


Bonjour à tous

Fin mai 1974, quelques jours après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République française, le Canard Enchainé fait glousser la France entière en rédigeant la nécrologie du cardinal Jean Daniélou.

Créé cardinal par le pape Paul VI en 1969 puis élu à l'Académie française en 1972, Jean Daniélou est retrouvé mort chez une prostituée parisienne le 20 mai 1974 et déclaré victime d'un infarctus. La version officielle explique "qu'il était venu apporter de l’argent à cette femme pour lui permettre de payer un avocat capable de faire sortir son mari de prison".

Les autorités religieuses quant à elles font paraitre un éloge funèbre indiquant "que c'est dans l'épectase de l'Apôtre qu'il est allé à la rencontre du Dieu Vivant", employant ainsi un terme théologique qui désigne l'effort de l'âme vers la sainteté, un progrès de l’homme vers Dieu que le défunt a lui-même abondamment employé et commenté dans "Platonisme et théologie mystique" en 1944.

Quant au Canard Enchainé, il souligne l'étymologie troublante du mot épectase (du grec "epéktasis", extension...), le traduit aussitôt par "décès pendant l'orgasme" et rappelle pour l'occasion la mort en 1899 au palais de l'Élysée du président Félix Faure dans les bras de sa maitresse Marguerite Steinheil surnommée malicieusement "la pompe funèbre" par ses contemporains...

Ironie de l'histoire ou de la géographie parisienne, le cardinal est inhumé dans le cimetière de Vaugirard jouxtant l'avenue Félix Faure ! Unis jusque dans la mort !

"Nous retrouvons ici ce qui est la loi même de la vie spirituelle, l’épectase paulinienne, qui s’appuie sur ce qui est en arrière pour se tendre vers ce qui est en avant". (Jean Daniélou - Histoire du salut et formation liturgique - 1964)

Sources : internet et Dictionnaire des termes rares et littéraires - Jean-Christophe Tomasi - Ed. Chiflet

Tonton Daniel

 

épectase
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Publié dans #lexique, #religion, #histoire, #sexualité, #le saviez-vous

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Publié le 21 Février 2017


Bonjour à tous

Adjectif : brillant, étincelant. "Par extension, qualifie un style qui se singularise par ses particularités lexicales, sa prédilection pour les vocables rares, archaïques, régionaux, dialectaux ou néologiques, ses manipulations du matériel grammatical et ses distorsions syntaxiques".

Étymologie : du latin "coruscans" (brillant, étincelant), participe de "coruscare" (briller, étinceler, faire des éclairs).

Synonyme : scintillant.

Citations :

"Alors, tandis que le grondement de la pluie redoublait sur les feuillages et que tout semblait vouloir se dissoudre dans la nuée vaporeuse qui montait du sol, il vit se former à l’horizon un arc-en-ciel plus vaste et plus coruscant que la nature seule n’en peut créer".
(Michel Tournier - Vendredi ou les limbes du Pacifique - 1967)

"J'ai le cerveau plein de ces vents et de ces coruscantes vagues qui hennissent".
(Paul Valéry - Correspondance - 1891)

A noter : l'adjectif "coruscant", dont l'orthographe et la signification sont identiques en anglais, a été choisi pour désigner une planète fictive de l'univers fantastique de Star Wars. En effet, Coruscant, centre névralgique de la galaxie et planète capitale de l'Empire galactique de Star Wars où se trouvent le Sénat galactique, le Temple Jedi et le palais de l'Empereur est une planète-cité entièrement urbanisée, éclairée en permanence de jour comme de nuit.

Source : Internet et Dictionnaire des termes rares et littéraires - Jean-Christophe Tomasi - Ed. Chiflet

Tonton Daniel

 

coruscant
coruscant

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Publié le 18 Février 2017


Bonjour à tous

Paru en 1532 en pleine Renaissance dans une Europe perpétuellement en guerre, "Le Prince" du conseiller politique et philosophe florentin Nicolas Machiavel aurait pu être sous-titré "De l'art de gouverner" ou "De la difficulté de conquérir et de conserver le pouvoir". Opposant "virtù" princière et "fortuna" extérieure et s'appuyant sur l'analyse de nombreux exemples historiques, l'auteur "ose donner des règles de conduite à ceux qui gouvernent", explique sans passion que les vices sont nécessaires au pouvoir, que la fin peut justifier les moyens et que la loi du plus fort est un mal nécessaire qui doit l'emporter sur les lois humaines...

Pour Machiavel, dans une Italie où règnent familles et corporations au gré d'alliances plus ou moins diplomatiques, un homme peut se procurer le pouvoir par ruse, trahison, mensonge ou violence mais doit alors oublier Gloire et Honneur. Arrivé au pouvoir, il ne doit pas être obligé de respecter ses promesses ni hésiter à être cruel pour l'intérêt général, doit savoir être hypocrite et n'avoir qu'une seule occupation, la guerre. Il doit aussi fuir les flatteurs, savoir s'entourer d'hommes compétents et intelligents et ne pas hésiter à s'engager dans un conflit en refusant toute neutralité. Enfin, le Prince doit être craint plutôt qu'aimé car selon Machiavel les hommes sont par nature faibles, naïfs, peureux, cupides et serviles. Quant aux femmes de sa cour, à peine évoquées au chapitre XXV, elles sont faibles par nature et doivent donc être dominées, battues et bousculées...

Cette vision amorale et ces conseils cyniques feront très vite entrer l'adjectif "machiavélique" dans les dictionnaires et le langage courant. Quelques penseurs, désirant sans doute illustrer leurs propres combats et prêtant à Machiavel un discours... machiavélique, ont cru voir en filigrane de l'oeuvre une apologie de la République et un désir d'unifier l'Italie. Il reste cependant plus vraisemblable que le texte était réellement destiné à conseiller la conquête du pays par la famille Médicis, à poser les bases d'un "gouvernement à la florentine" et à justifier la présence d'un courtisan très pragmatique à la cour de Florence !

Dédié à Laurent de Médicis, "Le Prince" a sans doute été le livre de chevet de nombreux dirigeants politiques depuis sa parution. Le chapitre III, par exemple, justifie beaucoup d'exemples modernes comme l'annexion de la Crimée par la Russie de Vladimir Poutine, la colonisation israélienne en Palestine ou la colonisation chinoise au Tibet. Le stratège Napoléon Bonaparte s'est peut-être inspiré du chapitre XIV qui conseille la reconnaissance du terrain avant tout conflit militaire. Le président turc Recep Erdogan a-t-il lu le chapitre XIX et compris qu'il devait s'appuyer sur son peuple pour combattre les rebelles de son armée en 2016 ? Quant à Louis XIV, le chapitre XXII lui a peut-être inspiré la disgrâce de l'orgueilleux Fouquet...

Agée de cinq siècles, l'oeuvre a souvent été commentée et reste toujours d'actualité. Un article récent du magazine L'Express ne comparait-il pas Donald Trump au Prince de Machiavel en rapportant les premières lignes du chapitre VII du célèbre traité ? "Ceux qui, de simples particuliers, deviennent princes seulement par un coup de la fortune, obtiennent sans grand effort cette élévation, mais doivent peiner beaucoup à s'y maintenir ; leur chemin a été uni, ils ont volé vers le pouvoir : c'est ensuite que naissent les difficultés".

Tonton Daniel

 

le prince

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Publié le 14 Février 2017


Bonjour à tous

"Quand je vois des vivants la multitude croître
Sur ce globe mauvais de fléaux infesté,
Parfois je m’abandonne à des pensers de cloître,
Et j’ose prononcer un voeu de chasteté..."

Par cette première strophe pessimiste commence l'étonnant poème sobrement intitulé "Voeu" composé en 1875 par le poète français Sully Prudhomme, membre de l'Académie française en 1881 et premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901. Bien que l'économiste britannique Thomas Malthus ait déjà publié dès la fin du XVIIIe siècle son célèbre "Essai sur le principe de population" qui envisage une pénurie de ressources alimentaires face à une démographie galopante, Sully Prudhomme n'évoque pas ici un phénomène de surpopulation planétaire mais bien le fléau de la guerre, la misère sociale et les inégalités de classe.

Strophe après strophe, face à ces fatalités et ces malédictions insupportables, le conteur prône donc la raison, fait voeu de chasteté et renonce de manière très romantique à donner la vie. En refusant d'imposer le malheur inévitable à un éventuel héritier, il livre une réponse visionnaire à des questions aujourd'hui très modernes, dénatalité volontaire ou décroissance démographique. Très éprouvé par la guerre de 1870, Sully Prudhomme termine son poème par un message pacifiste et utopique de justice et de paix qui a peut-être inspiré aux partisans du néomalthusianisme à la fin du XIXe siècle la doctrine de ne pas "produire de chair à canon pour les guerres et l'exploitation des bourgeois"...

Tonton Daniel

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sully_Prudhomme

http://tontondaniel.over-blog.com/article-essai-sur-le-principe-de-population-53749284.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-denatalite-volontaire-109540135.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-ginks-70990482.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-24069603.html

 

"Voeu

Quand je vois des vivants la multitude croître
Sur ce globe mauvais de fléaux infesté,
Parfois je m’abandonne à des pensers de cloître,
Et j’ose prononcer un voeu de chasteté.

Du plus aveugle instinct je me veux rendre maître,
Hélas ! Non par vertu, mais par compassion ;
Dans l’invisible essaim des condamnés à naître,
Je fais grâce à celui dont je sens l’aiguillon.

Demeure dans l’empire innommé du possible,
Ô fils le plus aimé qui ne naîtra jamais !
Mieux sauvé que les morts et plus inaccessible,
Tu ne sortiras pas de l’ombre où je dormais !

Le zélé recruteur des larmes par la joie,
L’amour, guette en mon sang une postérité.
Je fais voeu d’arracher au malheur cette proie ;
Nul n’aura de mon coeur faible et sombre hérité.

Celui qui ne saurait se rappeler l’enfance,
Ses pleurs, ses désespoirs méconnus, sans trembler,
Au bon sens comme au droit ne fera point l’offense
D’y condamner un fils qui lui peut ressembler.

Celui qui n’a pas vu triompher sa jeunesse
Et traîne endoloris ses désirs de vingt ans,
Ne permettra jamais que leur flamme renaisse
Et coure inextinguible en tous ses descendants !

L’homme à qui son pain blanc maudit des populaces
Pèse comme un remords des misères d’autrui,
À l’inégal banquet où se serrent les places
N’élargira jamais la sienne autour de lui !

Non ! Pour léguer son souffle et sa chair sans scrupule,
Il faut être enhardi par un espoir puissant,
Pressentir une aurore au lieu d’un crépuscule
Dans les rougeurs que font l’incendie et le sang ;

Croire qu’enfin va luire un âge sans batailles,
Que la terre s’épure, et que la puberté
Doit aux moissons du fer d’incessantes semailles
Pour que son dernier fruit mûrisse en liberté !

Je ne peux ; j’ai souci des présentes victimes ;
Quels que soient les vainqueurs, je plains les combattants,
Et je suis moins touché des songes magnanimes
Que des pleurs que je vois et des cris que j’entends.

Puisqu’elle est à ce prix, la victoire future
Qui doit fonder si tard la justice et la paix,
Ne vis que dans mon coeur, ô ma progéniture,
Ignore ma tendresse et n’en pâtis jamais ;

Que ta mère demeure imaginaire encore,
Que, vierge, ayant conçu hors de l’hymen banal,
Sans avoir à souffrir plus qu’un lis pour éclore,
Elle enfante à l’abri de l’épreuve et du mal.

Sa beauté que j’ai faite et n’ai pas possédée
(Car les yeux de mon corps n’ont rien vu de pareil)
Vêt la splendeur pudique et fière de l’idée
Qui fuit l’argile et peut se passer du soleil !

Ainsi, je garderai ma compagne et ma race
Soustraites, en moi-même, aux cruautés du sort,
Et, s’il est vain d’aimer pour qui jamais n’embrasse,
Du moins, exempts du deuil, nous n’aurons qu’une mort !"

(Recueil Les vaines tendresses - 1875)

 

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Rédigé par tonton daniel

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