l'abeille (et le) philosophe

Publié le 8 Novembre 2015

Bonjour à tous

Et non ! "L'abeille (et le) philosophe" n'est pas le titre d'une fable d'Esope ou de Jean de la Fontaine ! Rythmée par les parenthèses du titre, cette réflexion à deux voix des frères Pierre-Henri et François Tavoillot, l'un philosophe et l'autre apiculteur, tous deux passionnés par nos amies butineuses, nous entraine dans un "étonnant voyage dans la ruche des sages" en portant un double regard sur l'insecte philosophe et sur les rapports qu'abeilles et humains entretiennent depuis la nuit des temps.

L'abeille, "miroir de l'humanité et baromètre de son destin", a en effet servi de modèle à l'homme depuis toujours. Paré de toute les vertus, cet animal social aura inspiré des philosophes grecs, Platon, Aristote, Epicure, Lucrèce puis Saint-Augustin, des auteurs et poètes latins comme Virgile et Pline l'ancien, des penseurs plus modernes comme Fontenelle, Malebranche, Voltaire, Kant ou Adam Smith et parmi nombre de contemporains, Marx, Nietzsche, Comte-Sponville ou Jean-Claude Ameisen.

"Aiguillon de la pensée" et modèle de sagesse, l'abeille apparait pour tous comme travailleuse, économe, disciplinée, prévoyante, savante, géomètre... Lui sont associées toutes les qualités, "talent politique, prudence, sens de la justice et de l'obéissance, respect de la hiérarchie, clémence, virginité, pureté, propreté, innocence, douceur, frugalité, solidarité, dévouement, piété, fidélité, rigueur"... Epicuriens, stoïciens et humanistes y trouveront tour à tour leur bonheur. Pour politiciens et économistes, la ruche, elle, représente une société ordonnée et une cité équilibrée, monarchie pour les uns, démocratie pour les autres, républicaine ou anarchiste, libérale ou socialiste selon sa propre inclination, voire même féministe ou franc-maçonne pour quelques-uns ! Quant aux chefs religieux de toutes les époques, après avoir gommé le symbole païen, ils s'y référeront tous afin de justifier leurs pouvoirs temporel et spirituel. Les scientifiques, enfin, Buffon, Réaumur ou Darwin, poseront autant de questions qu'ils trouveront de réponses en étudiant reines, ouvrières, alvéoles, cire, pollen, propolis, gelée royale, miellées et essaimage !

Toujours passionnant, "L'abeille (et le) philosophe" est un livre érudit au sujet original et illustré de très nombreuses références et anecdotes. Comme dans un inventaire à la Prévert, on y croisera la théorie de la bougonie, les premiers microscopes, le Burj Khalifa, immeuble le plus haut du monde, comme symbole d'ascension vers le divin, Saint Ambroise, patron des apiculteurs, des flacons de parfum décorés d'abeilles griffés Guerlain, une réflexion sur l'art de la statuaire, sans oublier l'empereur Napoléon Ier et la petite et malicieuse Maya qui a fait rêver les plus jeunes d'entre nous !

Si les auteurs démontent une fois pour toute l'origine de la phrase attribuée à Albert Einstein concernant la disparition des abeilles, il est clairement démontré que l'abeille est un insecte social sur lequel sont transférées toutes les peurs humaines, y compris par analogie celle de notre propre mort. Grâce à la métaphore de Sénèque rapprochant le butinage nécessaire à la production du miel et la lecture comme aliment de la pensée, on comprendra que l'abeille soit à la source de si nombreux mythes, symboles, allégories et paraboles. On relèvera également les abeilles égoïstes et intéressées dans la parabole pragmatique de Mandeville pour qui "les vices des particuliers contribuent à la félicité publique" et pour qui la ruche humaine ne survit que grâce à ses nombreux désordres, défauts, passions et excès... Machiavélisme et cynisme qui seront vivement combattus par Voltaire 50 ans plus tard. Enfin, en ce début de XXIe siècle, l'abeille sert toujours de référence dans tous les domaines : réflexion collective, intelligence en réseau ou en essaim, systèmes dynamiques ouverts, citoyenneté participative, capitalisme pollinisateur, développement durable, respect de l'environnement...

Morale de la fable ? Avec un besoin vital de mystères et d'illusions, l'Homme fragile et passionné ne cesse de s'interroger, de rêver ou d'écrire des fables. L'abeille, elle, infatigable et pragmatique, sans peur ni espoir ni attente, continue de butiner et de produire son miel sans se soucier ni de garder les secrets du cosmos ni de nourrir la réflexion des hommes en général ou celle des philosophes en particulier.

Tonton Daniel

"Aujourd'hui c'est la Toussaint, c'est la fête de tout l'essaim et j'en profite pour dire bonjour aux abeilles." (Coluche)

http://tontondaniel.over-blog.com/article-les-abeilles-114412703.html

http://tontondaniel.over-blog.com/2014/10/les-abeilles-et-le-tilleul-argente.html

http://tontondaniel.over-blog.com/2015/10/miel-de-manuka.html

l'abeille (et le) philosophe

Rédigé par tonton daniel

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