la fable des abeilles

Publié le 9 Décembre 2015

Bonjour à tous

Parue en 1705, la très courte "Fable des abeilles" de l'écrivain anglo-néerlandais Bernard Mandeville compare dans une vision sombre et cynique la société humaine à une ruche ou à un essaim, système paradoxal et anthropomorphe dans lequel les vices individuels sont moteurs de progrès et permettent la survie de la collectivité. En affirmant que le vice aiguillonne l'Etat comme la faim "nécessaire pour nous obliger à manger", et bien que justifiant par sa parabole les différences sociales du XVIIe siècle, Mandeville est devenu un auteur aussi dérangeant pour la Société et pour ses contemporains que le furent avant lui l'italien Nicolas Machiavel et l'anglais Thomas Hobbes.

Pour appuyer sa thèse, Mandeville propose d'imaginer un monde sans vices ni passions, débarrassé de tous les "fripons", parasites et fainéants. Adieu, envie, vanité, corruption, excès et avarice ! Adieu, mauvais médecins, faux dévots, ministres corrompus, héros de guerre prétentieux, épiciers voleurs et juges partiaux ! Selon lui, dans ce modèle social utopique de vertu, d'honnêteté, de probité, de simplicité, de modération, d'altruisme et de bénévolat, travail, industrie, art, commerce et luxe disparaitraient du jour au lendemain, remplacés par misère, mendicité, ignorance et chômage ! Jusqu'au jardin qui ne produirait plus que des fruits et des légumes de saison ! Plus de besoin ni d'envies, plus de projection vers l'avenir mais une vie frugale, vécue au jour le jour, un modèle de décroissance bien avant l'heure...

De récentes découvertes scientifiques tendraient à ratifier le rapprochement fait par Mandeville avec les insectes sociaux : il existerait au sein de chaque colonie de fourmis (ainsi que chez les rats, et peut-être chez les abeilles et les termites) une forte proportion d'individus inutiles, improductifs, consommant les ressources de la communauté, a priori nuisibles mais dont l'utilité est encore à découvrir s'il ne s'agit pas de simples variations naturelles génétiques : émulation des autres travailleurs, réserve de main d'oeuvre, guerrières en attente de conflit, attribution des tâches les plus risquées aux individus les plus âgés...

Morale de la fable de Mandeville ? L'Homme n'est pas un animal social comme le pensait Aristote, il est individualiste, égocentrique, asocial, égoïste, immoral et imparfait de nature. Critiqué par Voltaire, Mandeville représente néanmoins pour beaucoup de penseurs, de philosophes et d'économistes le triomphe du pragmatisme victorieux sur une idéologie trop naïve. Les exemples sont nombreux. Impatient, faible et fainéant par nature, l'Homme n'a-t-il pas inventé la roue, le moulin et l'outil afin de se faciliter la vie et fait évoluer involontairement la Société dans le même élan ? Poussé par son intérêt personnel, le paysan n'est-il pas plus productif à cultiver son lopin privé qu'à travailler pour un petit groupe et donc plus rentable pour la collectivité ?

Tonton Daniel

http://tontondaniel.over-blog.com/2015/11/l-abeille-et-le-philosophe.html

la fable des abeilles

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

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