le clown chocolat

Publié le 18 Décembre 2015

Bonjour à tous

"Monsieur Chocolat, je vais être obligé de vous frapper..."

Né vers 1868 à Cuba d'une famille d'esclaves africains, le tout jeune Rafael Padilla, rapidement devenu orphelin, est vendu enfant comme esclave à un marchand espagnol qui l'emmène avec lui en Europe. Posant son pied sur le Vieux Continent, Rafael devient libre selon la loi, s'émancipe à l'adolescence, vit de petits métiers, danse et se produit sur le port de Bilbao où il est repéré par un clown anglais qui l'engage afin d'en faire son partenaire. Face au clown blanc, son pseudonyme est tout trouvé : il sera le clown Chocolat ! Arrivé à Paris en 1886, il s'associe avec Footit, autre clown blanc avec qui il se produira sur les planches durant vingt ans.

En ce début de XXe siècle, la mode est à l'exotisme. Quelques décennies après l'exhibition de la Vénus hottentote et le développement des "zoos humains" ouverts au grand public, voici le tirailleur sénégalais sur les boites de Banania en 1915, la croisière noire d'André Citroën en 1924, le triomphe de la "Revue nègre" de Joséphine Baker en 1925 et l'inauguration de l'exposition coloniale en 1931. Le succès du duo est immédiat. Chocolat est peint par Toulouse-Lautrec en 1896, il rencontre Marie Grimaldi, blonde normande avec qui il devient publiquement l'un des premiers couples mixtes de la Capitale, les deux clowns sont à l'affiche des Folies-Bergères et des marionnettes sont même créées à leur effigie. Tout semble aller bien à la ville et dans le meilleur des mondes possibles mais évidemment, sur scène, à chacun son rôle. Face au bien nommé clown blanc, Chocolat joue le rôle du souffre-douleur : "Monsieur Chocolat, je vais être obligé de vous frapper..."

Toujours avide de nouveauté, le public finit par se lasser, les deux artistes se séparent en 1910 et de leur numéro ne restera dans les mémoires que l'expression "être chocolat", autrement dit "se faire avoir". Chocolat s'essaiera sans succès au cinéma puis à une carrière en solo, avant de revenir au cirque avec son fils adoptif Eugène. Ce dernier sera le premier clown à venir distraire les enfants dans les hôpitaux. Chocolat, lui, sombrera dans l'alcoolisme malgré le soutien de Marie et finira sa vie dans la misère en 1917. A 49 ans, le clown triste est enterré dans la partie réservée aux indigents d'un petit cimetière de Bordeaux...

Aujourd'hui, le destin extraordinaire de Rafael Padilla a inspiré l'écrivain Gérard Noiriel et le collectif Daja qui réhabilitent enfin sa mémoire grâce à un spectacle, une exposition et plusieurs livres. Le cinéma lui rendra également hommage l'année prochaine quand le comédien Omar Sy se glissera dans la peau de Chocolat pour le film éponyme de Roschdy Zem.

"Chocolat est roi, Chocolat est maitre, vive Chocolat !"

Tonton Daniel

http://tontondaniel.over-blog.com/article-venus-noire-60706233.html

le clown chocolat

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #portraits, #histoire

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christian alix 21/12/2015 11:58

Tout petit, avant "Zavatta ", c'est "Grock" qui m' avait attiré ...Souvent,pourtant, mon père, qui le tenait de son père, me parlait de "Footit et Chocolat "et semblait en avoir le souvenir amusé !!

tonton daniel 21/12/2015 18:58

Moi, c'était les Barios dans "La piste aux étoiles" ! Souvenir, souvenir ! :)