Publié le 30 Juin 2014

Bonjour à tous

En 1612 à Paris, trois artistes peintres sont réunis dans l'atelier de l'un d'entre eux et dissertent sur la finalité de leur art en évoquant Rembrandt, Titien, Dürer, Véronèse et Raphaël. Deux d'entre eux, Nicolas Poussin et Frans Pourbus, ont réellement vécu. Le troisième, nommé Frenhofer, est une pure invention du romancier Honoré de Balzac qui en fait en 1831 la figure principale de sa nouvelle "Le chef-d'oeuvre inconnu". Le ton rappelle à la fois "Le Portrait de Dorian Gray" d'Oscar Wilde, l'ambiance fantastique des récits d'Edgar Allan Poe et celle des contes d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann dont elle est probablement inspirée. Les deux autres personnages du récit sont Gillette, modèle vivant et femme-objet amoureuse de Poussin, et un mystérieux tableau commencé dix ans auparavant par le maitre Frenhofer que personne n'a jamais contemplé et qu'il affirme être son chef-d'oeuvre. Le chef-d'oeuvre inconnu...

Hélas, malgré son talent professoral et devant l'incompréhension des plus jeunes devant son "chef-d'oeuvre" subjectif, le maitre va comprendre que la perfection est inaccessible et que son insatisfaction permanente révèle son incapacité à s'exprimer. Nouveau Pygmalion amoureux de son oeuvre immortelle, il lui a prêté vie et âme avant de sombrer peu à peu dans la folie et dans la mort...

Bien que de trois générations différentes, les trois hommes se sont accordés sur le principe énoncé par Frenhofer que le trait, le contour, la forme et les apparences du dessin doivent laisser place à la lumière, à la couleur, au dégradé et à la poésie, qu'une oeuvre d'art doit provoquer idées, visions et sensations plutôt que de se révéler conforme à la réalité du modèle ou du paysage original : "La mission de l'art n'est pas de copier la nature, mais de l'exprimer !" Un bon peintre ne fait pas forcément un artiste ! Un vrai manifeste d'avant-garde signé Balzac que n'auraient pas renier impressionnistes et pointillistes !

Tonton Daniel

le chef-d'oeuvre inconnu

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Publié le 28 Juin 2014

Bonjour à tous

Une page se tourne ! Comment ne pas rendre hommage aujourd'hui à Philippe Bouvard dont la dernière émission "Les grosses têtes" a été diffusée hier après 37 ans de questions saugrenues, de bonne humeur, d'histoires drôles, de piques acides, de bons mots, de chansons paillardes, de citations improbables et de fous rires ?

Comment ne pas se souvenir de cet enregistrement dans le grand studio de RTL rue Bayard à Paris au début des années 80 avec pour invités Sim, Sacha distel, Christine Fabréga et le compositeur Charles Level ? Certaines des blagues les plus osées furent coupées au montage et jamais diffusées !

Comment ne pas remercier toutes les personnalités et les témoins qui ont fait les beaux jours de l'émission grâce à leur esprit, leur culture et leur à-propos ? Alice Sapritch, Amanda Lear, Claude Sarraute, Darie Boutboul, Éric Laugérias, Isabelle Mergault, Jacques Martin, Jane Birkin, Jean Dutourd, Jean-Jacques Peroni, Jean Yanne, Jean-Pierre Coffe, Léon Zitrone, Macha Méril, Marie-Claude Bomsel, Marie-Pierre Casey, Olivier de Kersauson, Philippe Castelli, Pierre Bellemare... Et Sim qui demandait un jour avec malice pourquoi "Les grosses têtes" n'étaient pas remboursées par la Sécurité Sociale en regard des économies qu'elles lui faisaient faire ?

Institution vieillissante comme le sont désormais les départements, la famille, le gaullisme et la messe du dimanche, l'émission donnait une certaine idée de la France, conservatrice et bourgeoise, souvent intelligente, parfois gauloise, jamais ennuyeuse, toujours drôle. Aujourd'hui, les chansonniers ont laissé la place aux téléphones mobiles... Le souffle du temps qui passe a tourné la page ! Bon vent !

Tonton Daniel

les grosses têtes

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Publié le 26 Juin 2014

Bonjour à tous

Je vous emmène aujourd'hui dans le 9e arrondissement de la Capitale, quartier bourgeois et branché où les bobos ont désormais remplacé les innombrables artistes de la Nouvelle Athènes au XIXe siècle. Depuis peu rebaptisé "SoPi", contraction ridicule de "South Pigalle" construite sur le modèle de "SoHo" à New-York, le quartier propose toujours hôtels particuliers, cours cachées, jardinets discrets, enclaves romantiques et fontaines murmurantes... à l'exception de certains endroits pleins de charme devenus inaccessibles par de redoutables et prétentieux digicodes... De la villa Ballu au square d'Orléans, de la place Gustave Toudouze à l'église de Notre-Dame de Lorette et au passage Jouffroy, partons sur les traces de George Sand, de Vincent Van Gogh, d'Alexandre Dumas et de la sulfureuse Païva...

Tonton Daniel

Quelques photos prises ce matin sous un magnifique soleil estival :

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 25 Juin 2014

Bonjour à tous

Reprise par de nombreux artistes depuis 50 ans (Aretha Franklin, Isaac Hayes, The Four Seasons, Gloria Gaynor...), "Walk on By" a été composée par Burt Bacharach et écrite par Hal David pour Dionne Warwick en 1964. Une petite merveille !

Tonton Daniel

Dionne Warwick :

Aretha Franklin :

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Publié le 24 Juin 2014

Bonjour à tous

"Il faut habiter à Paris." Par cette première et sibylline affirmation débute l'histoire d'Arnold Spitzweg, petit fonctionnaire d'âge indéterminé, depuis 30 ans guichetier à la Poste où il a parfois des problèmes avec son ordinateur, personnage principal et quasi unique du roman de Philippe Delerm "Il avait plu tout le dimanche". Le titre à la fois sombre et nostalgique de cet extraordinaire portrait distillé par petites touches à la manière d'un puzzle naïf est emprunté à Georges Simenon et à son "Maigret et l'homme du banc". Marcheur anonyme parmi la foule sous son parapluie et sous un ciel plombé, banale silhouette rappelant un dessin en noir et blanc de Sempé, M. Spitzweg est un simple passant, neutre et médiocre.

Arnold Spitzweg est en effet plutôt rond, plutôt dégarni, falot en apparence et pas très original. Provincial "monté" à Paris il y a bien longtemps, il est toujours resté célibataire, habite un petit deux-pièces dans le XVIIIe arrondissement de la Capitale, à mi-chemin entre "chic froid" et "promiscuité babylonienne", un quartier qui lui ressemble. M. Spitzweg est "un français moyen dans un quartier populaire de Paris", un homme qui "n'aime pas les vacances", pour qui la Dordogne et la Belgique sont des destinations exotiques et la blanquette une folie par rapport au petit salé. M. Spitzweg ne fait pas de grands projets, n'a pas de grandes idées, pas de grandes ambitions, il n'a pas de convictions religieuses ou politiques et ne va sans doute ni prier ni voter. M. Spitzweg vit dans le présent, mène une vie lisse et ne rêve pas d'absolu. Il affirme avec lucidité : "J'ai de la mémoire car je n'ai pas de souvenirs", collectionne les cassettes vidéo, s'achète un nouveau pull chaque automne et pense que "La fête de la musique est devenue fête du bruit". Ne trouvant jamais sa place, M. Spitzweg est un homme passif et résigné.

Mais ne vous y trompez pas, ce portrait d'un homme fondu dans la masse n'est qu'apparence. Sans avoir l'intelligence ou l'élégance du "Hérisson" de Muriel Barbery, cet homme-là a une vie intérieure bien remplie. Il dit lui-même ne pas connaitre le mot "ennui", va dans le métro comme on va au spectacle, "pour rencontrer l'Humanité" dit-il. M. Spitzweg est fier d'être parisien et dans les musées préfère le paysage vu par la fenêtre aux tableaux exposés. M. Spitzweg fume des cigarillos et dine chez Chartier, lit Simenon dans les cafés, a "le lyrisme solitaire" et serait capable de s'asseoir au bord d'une rivière sans pêcher. "M. Spitzweg n'est pas pressé" et profite de petits plaisirs fugaces que lui offre la vie. Le front contre la vitre, M. Spitzweg est un contemplatif épicurien.

Bien sûr, il y a Clémence Dufour, la collègue qui habite Bécon les Bruyères et qu'Arnold fréquentera un moment. Mais loin de ressembler à Amélie Poulain et vivant dans "l'irréductible médiocrité de la banlieue", Clémence Dufour ne pourra pas lutter longtemps contre ce nid, ce cocon protecteur, ce centre du monde en coquille d'escargot qu'est Paris. De la Défense au Palais-Royal, du Parc des Princes au passage Jouffroy, dans le métro et dans les expositions, sur les marchés et sur la Place du Tertre, admirant les marronniers au printemps et jouant avec les voiliers du bassin des Tuileries, Arnold Spitzweg revient toujours vers la Capitale et nous entraine avec lui dans une promenade aussi romantique que pittoresque, dans une ville aussi riche et colorée que lui semble terne et effacé. M. Spitzweg est amoureux de Paris.

Avec son style minimaliste, Philippe Delerm a réalisé autour d'un petit bonhomme sans importance une extraordinaire étude de caractère dans laquelle la sensualité l'emporte de beaucoup sur la mélancolie : plats mijotés, odeur des journaux frais, air d'accordéon dans le métro, "douceur d'un soir d'octobre"... Pour l'auteur de ce petit bijou, "chaque homme est une ile" autour de laquelle le temps qui passe s'écoule lentement... Sans heurt et sans passion, malgré les dimanches pluvieux, Arnold Spitzweg regarde passer les saisons jusqu'à la promesse de la dernière phrase du roman : "Il va neiger dans quelques jours"... Allons ! Il faut habiter à Paris !

Tonton Daniel

il avait plu tout le dimanche

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Rédigé par tonton daniel

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