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Bonjour à tous
L'Allemagne, censée être la locomotive de l'Europe et l'un des pays les plus productifs de la planète, héberge comme tous les pays occidentaux son lot de pauvreté et de miséreux. L'article
suivant, écrit par Heribert Prantl dans le Süddeutsche Zeitung, et prélevé dans Courrier International n° 917 du 29 mai 2008, rappelle la dépêche du 23 novembre 2007 (http://tontondaniel.over-blog.com/article-14020769.html) et mon article du 24 octobre 2006 à propos de l'Amérique pauvre : http://tontondaniel.over-blog.com/article-4292657.html. Le constat pourrait bien entendu s'appliquer à la France où le chômage n'a
jamais été aussi faible depuis 25 ans mais où de plus en plus de travailleurs précaires sont aujourd'hui SDF (http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/brouillard/fiche.php?diffusion_id=39400).
"Pauvre comme un Allemand :
Un Allemand sur huit est pauvre. Sans les aides sociales, ils seraient un sur quatre. Un récent rapport gouvernemental a jeté un froid en Allemagne. Comment peut-on être pauvre, dans un pays qui
s’impose comme la locomotive européenne en termes de croissance ? De jeunes enfants sont morts de faim en Allemagne cet hiver. Jessica, Lea-Sophie et Dennis ne sont cependant pas morts parce que
leurs parents ne pouvaient pas leur acheter à manger. Ils sont morts par négligence.
La pauvreté, ici, n’est pas une question de calories. L’Allemagne est un pays riche. La pauvreté existe, pourtant – même s’il est vrai que les pauvres d’ici seraient des Crésus à Calcutta, Lagos,
Khartoum ou Dacca.
On compte chez nous plusieurs millions de personnes qui vivent en marge de la société. C’est d’elles que parle le “Rapport sur la pauvreté et la richesse” [fondé sur des statistiques de 2005, et
rendu public le 19 mai par le gouvernement fédéral]. Ces millions de personnes ne meurent pas de faim ; elles ne mendient pas dans les zones piétonnes, mais elles sont quand même pauvres parce
qu’elles sont exclues d’une société qui ne s’offre qu’aux plus favorisés.
Leur pauvreté n’est que relative. Mais c’est bien là le drame pour les défavorisés de ce pays. On a oublié qu’ils étaient dans le besoin. Voilà pourquoi on accuse l’aide sociale d’entretenir des
parasites. Voilà pourquoi on fait comme si les chômeurs de longue durée étaient les premiers responsables de leur situation. Voilà pourquoi les gens concernés par les réformes Hartz IV [réforme
des allocations-chômage mise en œuvre sous le gouvernement de Gerhard Schröder] doivent désormais se débrouiller avec 347 euros par mois.
Un autre constat du rapport est que l’écart entre pauvres et riches ne cesse de se creuser. Cela menace la cohésion de la société. On peut supporter d’être pauvre parmi les pauvres, mais être
pauvre au milieu de très riches, c’est insupportable.
En 2005 étaient considérées comme pauvres les personnes qui disposaient de moins de 983 euros net par mois ; aujourd’hui, la pauvreté commence au-dessous de 781 euros. Cela s’explique par le fait
que le revenu médian a baissé [pour Eurostat, est pauvre celui dont les revenus ne dépassent pas 60 % du revenu médian]. Cette baisse est en partie due au contexte allemand – une classe
politique qui a cherché son salut dans les bas salaires et la réduction des prestations sociales.
Ce qui est grave dans le fait que beaucoup de gens vivent mal, ce n’est pas que d’autres vivent très bien. En revanche, il est souhaitable qu’on aide ceux qui vivent mal (y compris en sollicitant
ceux qui vivent très bien). Et ce rapport sur la pauvreté a le mérite de lancer la discussion sur la façon d’y parvenir. D’autres indications figurent dans la Constitution allemande. “Propriété
oblige”, proclame le texte [chapitre Ier, article 14, alinéa 2]. “Son usage doit dans le même temps contribuer au bien de la collectivité.” Il est bien que l’on puisse à nouveau citer ce passage
sans être pris pour un communiste.
Le “Rapport sur la pauvreté et la richesse” est un rapport sur l’état de la démocratie. Une démocratie dans laquelle un nombre croissant de personnes vivent en marge de la société ne peut pas
fonctionner correctement. Ce rapport est aussi un défi lancé à l’Etat social : une bonne politique sociale ne consiste pas à prendre en charge les pauvres, mais à supprimer les causes
structurelles de leur pauvreté. Une politique sociale ? C’est une politique qui permet à chaque personne d’être un citoyen à part entière."
http://www.actuchomage.org/modules.php?op=modload&name=News&file=article&sid=2192
Tonton Daniel