Bonjour à tous
J'ai trouvé en fouillant sur le net un article du journaliste Luke Anthony Patey pour Enjeux Internationaux qui éclaire d'un jour réaliste mais hélas sans surprise les conflits actuels en Afrique
et au Soudan en général, et au Darfour en particulier :
"Darfour - Khartoum s’offre la protection de Pékin - 27.03.2007 :
Premier importateur du pétrole soudanais, la Chine soutient sans réserve le régime d’Omar El-Béchir, mis au ban de la communauté internationale. Ni la situation au Darfour ni les violations des
droits de l’homme n’ont le moindre effet sur l’attitude des autorités chinoises.
Depuis les premières découvertes réalisées par l’américain Chevron au début des années 1980, le pétrole joue un rôle crucial dans la dynamique interne des conflits soudanais. Conscient de
l’importance des gisements, le président de l’époque, Nemeiri, avait modifié les frontières des Etats du Sud afin de garantir au Nord un accès aux futurs profits générés par l’or noir. Cette
nouvelle injustice poussa le Sud à se rebeller sous la bannière de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). En 1983, la guerre civile embrasa le pays.
Cela conduisit Chevron à suspendre ses opérations en 1984, avant de se retirer complètement, en 1992. Le nouveau gouvernement islamiste, dirigé par le président Omar El-Béchir, cherchait alors
ardemment des financements afin d’intensifier sa lutte contre la SPLA et de parrainer un audacieux projet d’islamisation du pays tout entier. Mais les compagnies intéressées par l’exploitation
des ressources pétrolières du pays ne se bousculaient pas au portillon. De surcroît, les relations entre le Soudan et les Etats-Unis se sont rapidement dégradées. Les déclarations de soutien à
l’Irak lors de la guerre du Golfe, les violations flagrantes des droits de l’homme et l’octroi de l’asile à des terroristes internationaux, dont Oussama Ben Laden, ont avivé les tensions entre
les deux pays et conduit Washington à appliquer des sanctions économiques.
En conséquence, le Soudan s’est retrouvé forcé de dépendre de petites compagnies inexpérimentées pour exploiter ses champs pétrolifères (jusqu'en) 1995, avec l’arrivée de la China National
Petroleum Corporation (CNPC) et de l’entreprise malaisienne Petronas, deux compagnies pétrolières publiques. (...)
Un oléoduc de 1 600 kilomètres reliant les champs pétrolifères du Sud à Port-Soudan, sur la mer Rouge, a rapidement été construit par les Chinois. Les exportations ont débuté en 1999. Khartoum a
tiré les leçons du départ de Chevron. La protection des champs d’or noir est devenue essentielle pour le développement de l’industrie pétrolière et, par voie de conséquence, pour la survie du
régime. Le président El-Béchir a donc fait appel à une tactique classique pour « sécuriser » les régions riches en pétrole. Dans le but d’attiser les tensions ethniques, il a fourni des armes aux
tribus nomades arabes et leur a permis officieusement de piller et de détruire les communautés d’éleveurs tout le long de la frontière traditionnelle entre le Nord et le Sud, là où des gisements
de pétrole avaient été découverts.
Bien que les rebelles du Sud eux-mêmes soient loin d’être des novices en matière de pillage de populations innocentes, ils ont aisément trouvé de nouvelles recrues. La stratégie gouvernementale
du « diviser pour régner » a fini par créer des conflits locaux entre des groupes qui, au départ, étaient complètement étrangers à l’opposition idéologique entre le Nord et le Sud. Le pétrole
alimente ainsi le cycle de violence.
Les revenus du pétrole permettent à Khartoum de renforcer ses capacités militaires en achetant des armes à la Russie et à la Chine, notamment des bombardiers Antonov et des hélicoptères de
combat, utilisés pour raser les villages du Sud et garantir la circulation ininterrompue du pétrole. (...)
Grâce aux investissements asiatiques, les revenus économiques de Khartoum sont restés intacts. La Chine, en particulier, domine l’industrie pétrolière au Soudan. En 2005, ce colosse économique en
pleine croissance couvrait environ 7 % de ses besoins en pétrole grâce à l’or noir soudanais. Ironie de l’histoire, bien qu’elles aient abouti au retrait des compagnies pétrolières occidentales,
les campagnes de désinvestissement n’ont pas réussi à affaiblir le gouvernement de Khartoum ni à modifier sa tactique militaire. Elles ont en effet laissé le champ libre à des entreprises
asiatiques qui n’ont pas à se préoccuper de pressions de leurs opinions publiques en matière de droits de l’homme. (...)
Soucieuse de s’assurer une part suffisante des réserves pétrolières mondiales pour soutenir son économie en pleine croissance, la Chine conjugue ses activités pétrolières au Soudan avec son droit
de veto en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, ce qui limite sérieusement l’influence de l’ONU sur Khartoum.
Bien que la Chine ne souhaite pas mettre en péril ses relations commerciales avec les Etats-Unis en passant pour complice d’une répression au Darfour que Washington a qualifiée de génocide, elle
est clairement opposée à l’idée d’une « obligation de protéger » qui forcerait les Nations unies à intervenir. Le conflit au Darfour marque ainsi un tournant crucial pour la Chine en sa qualité
de puissance mondiale émergente."
Pouvoir politique, conflits inter-ethniques, ventes d'armes, violence, corruption et intérêts économiques sont ici plus qu'ailleurs étroitement liés : l'Afrique subit et concentre une fois encore
l'avidité et la convoitise du reste du monde...
Tonton Daniel