les dépossédés
Publié le 16 Septembre 2020
Bonjour à tous
Loin de la planète Terre, surpeuplée, ruinée et "gaspillée par la race humaine", deux planètes jumelles gravitant l'une autour de l'autre dans le système de Tau-Ceti forment le décor imaginaire du roman "Les dépossédés" (The Dispossessed) que l'écrivaine américaine Ursula K. Le Guin fit paraitre en 1974.
Sur Anarres, lune minière de la planète Urras, tout n'est que désolation, nature hostile, habitats communautaires, bureaucratie invisible et pesante, syndicats dotés de pouvoirs démesurés, négation de l'individu, peuple endoctriné, obéissant et incapable de réfléchir. Sur Urras, berceau des exilés d'Anarres, un environnement paradisiaque masque en revanche une société hiérarchisée, matérialiste et désunie.
Entre être et avoir, tout oppose ces deux mondes. Si Anarres rappelle de manière à peine voilée le totalitarisme, le communisme et le collectivisme soviétiques pendant la Guerre Froide, Urras, elle, semble le reflet parfait de la société capitaliste et inégalitaire des Etats-Unis pendant la même période. Ici, les banques, le commerce et le consumérisme reposent sur "cupidité, paresse et jalousie" pour le plus grand bonheur des classes supérieures et au détriment d'une majorité silencieuse et opprimée. Entre les deux mondes, un mur symbolique d'incompréhension, de peur, de mépris, d'ignorance et d'orgueil, bien plus difficile à traverser que l'espace interplanétaire.
Censure, répression des idées, fraternité par la souffrance et "liberté par la pauvreté" d'une part, illusion du vote démocratique et liberté factice de l'autre, les deux systèmes se révèlent bien fragiles et finiront par se fissurer grâce à l'obstination d'un scientifique, transfuge spatial qui porte en lui l'esprit de la révolution permanente menant à la résistance et à la révolte. Avide de savoir, de vérité et de connaissance, celui qui rêve de modifier le futur grâce à une "théorie temporelle générale" et un principe de "simultanéité" n'a en effet qu'une ambition, abattre les murs, refermer le "cercle du temps" et oeuvrer pour le bien commun des "neuf mondes connus" dont fait partie notre Terre.
Loin d'être un simple roman de science-fiction récompensé par de nombreux prix, l'oeuvre alimente aussi une réflexion philosophique passionnante sur la condition humaine, le sens de la vie ou la place de l'Homme dans l'Univers. En fin de récit, la parabole écologique visionnaire évoquant la surexploitation des ressources naturelles et la surpopulation humaine sur la bien réelle planète Terre fait frémir... Méconnue aujourd'hui mais néanmoins pressentie de son vivant pour le prix Nobel de littérature, Ursula Le Guin nous aura prévenu : sans ouvrir les yeux et notre esprit, nous qui sommes des "enfants du temps" comme les habitants d'Urras et d'Anarres pourrions bien à notre tour finir tous dépossédés !
Tonton Daniel
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