Bonjour à tous
Dans l'univers de la parfumerie, en dehors de la création artistique, le flacon d'un parfum a souvent autant d'importance que le jus ou le nom du produit. Peu importe que la composition soit réussie, si le contenant est raté, le contenu sera invendable. Exemples d'échecs marketing, les parfums Bic en 1988 et "C'est la vie" de Christian Lacroix en 1990 qui restent dans toutes les mémoires. Pour sa fragrance, Lacroix avait imaginé une fiole en forme de coeur humain avec une crosse aortique pour bouchon, un résultat ni très romantique ni très raffiné ! Souvent associés au rêve, aux fleurs, aux voyages, à l'exotisme, au luxe ou à la mode, les flacons copient aussi parfois les courbes féminines avec plus ou moins de pudeur, comme le sensuel "Shocking" de Schiaparelli en 1937 ou le buste suggestif de Jean-Paul Gaultier en 1993.
Au fil du temps, au gré de la concurrence, de la mondialisation et de l'évolution des moeurs, les héritiers de Lalique et de Baccarat sont passés à l'étape suivante. La très ancienne et respectable maison Fabergé a été l'une des premières dès 1964 a lancé pour "Brut" un flacon viril, très stylisé et discrètement phallique, aujourd'hui remplacé par un récipient moderne aux lignes beaucoup plus géométriques. Des sexes masculins en érection ? Les plus pudiques et les plus incrédules refusent souvent de reconnaitre l'imagination de certains créateurs alors qu'il suffit de feuilleter les magazines de mode pour s'en convaincre. Témoins les flacons provocateurs assumés et revendiqués, "L'homme" signé Jean Nouvel pour Yves Saint-Laurent en 2008, le porno-chic "For men" de Tom Ford, les flacons imbriqués "Il et Elle" d'Armani en 2007 ou les bien nommés "Avant l'amour" et "Après l'amour" de Namara. Enfin, comment ne pas nommer la sulfureuse styliste américaine Donna Karan dont les bouteilles dans l'air du temps, masculines ou féminines, sont on ne peut plus réalistes et à côté desquelles l'enveloppe de "Brut" parait bien sage aujourd'hui ?
Phares (Alain Delon), colonnes (D'Orsay ou Laura Biagiotti), totems (Thierry Mugler), obélisques (Lubin ou Bichara), amphores (Christian Dior), gratte-ciels (Worth), fusées (Rochas), serpents (Nikki de Saint-Phalle), les exemples phalliques ne manquent pas en parfumerie. Sans être particulièrement obsédé, on trouvera facilement quelques ressemblances verticales dans "Pharos" griffé Alain Delon, "Cologne homme" de Pierre Cardin ou "L'eau noir absolu" d'Issey Miyaké. D'autres bouteilles, beaucoup plus stylisées comme celles de "Decibel" d'Azzaro, "Eau Torride" de Givenchy ou, plus surprenantes, "Féminité du Bois" de Shiseido ou "Coriolan" de Guerlain, sont parfois associées à des campagnes de publicité agressives, des corps dénudés, des positions lascives voire lubriques et sans équivoque.
Que dire enfin de l'eau de toilette "SAS Prince Malko" commercialisée en 1983 par Gérard de Villiers dans un flacon en forme de balle de fusil ? Plus viril, tu meurs !
"Madame rêve d'atomiseurs
Et de cylindres si longs
Qu'ils sont les seuls
Qui la remplissent de bonheur
Madame rêve d'artifices,
De formes oblongues
Et de totems qui la punissent..."
(Alain Bashung - 1991)
Tonton Daniel