Publié le 28 Avril 2021


Bonjour à tous

Il était une fois, dans un temps et un lieu fort lointains, deux hommes de conditions inégales, un conteur, le vénitien Marco Polo, et un empereur, le mongol Kublai Khan. Sous la plume de l'écrivain italien Italo Calvino est né un dialogue imaginaire entre le voyageur qui évoque "les villes invisibles" qu'il prétend avoir traversé et le petit-fils de Gengis Khan qui remet en question sa gloire, son pouvoir sur les hommes et la véracité du récit de son visiteur... Songes, souvenirs, inventions poétiques, constructions de l'esprit, voyage dans la mémoire, nostalgie d'une cité natale perdue au bout du monde ?

"Il en est des villes comme des rêves, les villes comme les rêves sont construites de désirs et de peurs, secrètes, absurdes, trompeuses" raconte Marco Polo à son hôte. 
Il est ainsi des endroits qu'on cherche, qu'on découvre, qu'on visite, qu'on ne veut plus quitter ou qu'on veut fuir, des villes-étapes qu'on regrette et d'autres où l'on voudrait revenir...

Il y a des mégapoles peuplées de fantômes, de rois, de marchands, de voyageurs, de femmes mystérieuses, d'oracles, d'astronomes, de princes, de licornes...

Il y a des cités fabuleuses, incompréhensibles, nomades, suspendues, abandonnées, pleines de bruits ou de silence, confuses, labyrinthiques, élancées vers les nuages, reflets du ciel, des étoiles ou de l'agencement cosmique...

Il y a des villages de contes de fées, des villes-joyaux opulentes et grasses, des villes closes derrière de hautes murailles, débordantes de richesses, abritant légendes et jardins exotiques, villes-oasis, villes aux prénoms féminins, entités maternelles rondes et protectrices, perdues dans des déserts hostiles...

Il y a aussi des nécropoles et des métropoles fécales, cauchemardesques, lépreuses, angoissantes, enterrées, immobiles, sans forme, villes anachroniques encore à naître... 

Et parmi toutes ces cités, réelles, magnifiées, sublimées, imaginaires, fantastiques ou fantasmées, il y a Venise, la Sérénissime, cité des eaux, des masques et des ponts, romantique, fascinante, mystique, sensuelle, unique, éternelle... ville natale de Marco Polo qui est toutes les autres, décor de théâtre, ville-état, ville idéale, ville cachée derrière les façades de ses palais, ville dont l'âme reste invisible à tous ceux qui n'ont pas d'imagination...

Tonton Daniel

 

les villes invisibles

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

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Publié le 25 Avril 2021


Bonjour à tous

Comment se débarrasser efficacement et radicalement de ses parasites internes sans coup férir ? Elysia marginata et Elysia atroviridis, mollusques gastéropodes de l'ordre des sacoglosses ressemblant à des limaces de mer, ont trouvé la réponse en pratiquant l'auto-mutilation et en séparant leur tête du reste de leur corps !

Les biologistes Yoichi Yusa et Sayaka Mitoh de l’université féminine de Nara au Japon ont observé par hasard dans leur laboratoire un specimen pratiquant l'autotomie, processus permettant à un animal de s'amputer volontairement dans certaines conditions et de régénérer la partie sectionnée grâce au pouvoir de différenciation des cellules souches. Pratiqué par beaucoup d'espèces comme les lézards, les holothuries ou certains rongeurs, ce miracle de la nature augmente les chances de survie à long terme mais n'avait jamais été observé pour un corps entier. Selon l'article signé par les deux scientifiques paru le 8 mars 2021 dans la revue scientifique américaine Current Biology, il ne s'agit pas d'un mode de reproduction par parthénogénèse (l'ancien corps abandonné finit par mourir) mais d'une méthode très simple destinée à "larguer" un corps infesté par des parasites internes inhibant croissance et reproduction. 

Chez Elysia, l'autotomie conduit donc à la fabrication à l'arrière de la tête et en trois semaines environ d'un nouveau corps entier avec des organes fonctionnels. La blessure au niveau du cou cicatrise en quelques heures et la tête continue à bouger et à vivre sans coeur ni système digestif ! Elle continue à s'alimenter en absorbant des algues et profite de l'énergie libérée grâce à la photosynthèse par les chloroplastes de ces algues et ce suffisamment longtemps pour faire repousser le corps. D'autres organismes vivants pratiquent tout au long de leur vie ce phénomène symbiotique d'intégration des chloroplastes des algues appelé kleptoplastie.

L’espérance de vie de ces limaces ne dépassant pas un an, des scientifiques ont d'abord imaginé qu'une auto-mutilation serait le moyen de vivre plus longtemps à l'instar de certaines méduses capables de rajeunir leurs cellules. En plus d'être une pratique risquée, l'hypothèse est aujourd'hui écartée par l'observation de sacoglosses plus âgés incapables de se régénérer après décollation, l'âge entrainant la disparition des cellules souches capables de se différencier.

Sources : Internet + Magazine Sciences et Avenir n°890 - Avril 2021

Tonton Daniel
 

une limace qui perd la tête

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #zoologie

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Publié le 14 Avril 2021


Bonjour à tous

Rééditées en 2015, "Les mémoires d'un astronome" de Camille Flammarion furent rédigées en 1911 par un homme déjà âgé mais n'évoquent que les trente premières années du prestigieux créateur de la Société astronomique de France, de sa naissance en 1842 à la guerre franco-prussienne de 1870. Loin de se restreindre à la seule astronomie, cette extraordinaire et passionnante autobiographie nous plonge dans le monde des sciences du XIXe siècle, nous fait revivre un Paris déjà disparu pour son auteur, nous rappelle la petite et la grande Histoire et nous transporte à travers le temps et les étoiles !

Né en province, le jeune Camille se révèle être un "enfant contemplatif", curieux de tout, passionné par le spectacle de la Nature, fasciné par la Vie et révolté par la mort et l'injustice. Entré à seize ans à l'Observatoire de Paris, il découvre à la fois le caractère épouvantable de son célèbre directeur Urbain Le Verrier, "dictateur hautain, dédaigneux et intraitable" et une "astronomie mathématique" décevante, bornée à calculer la seule position des astres sans s'occuper de leur nature. Bourreau de travail et esprit indépendant, cet homme libre rédige alors les premiers ouvrages d'une longue série de publications à but éducatif qui permettront à ce vulgarisateur de génie et brillant conférencier de faire l'éloge de la science et des techniques sa vie durant.

Reconnu très tôt de son vivant comme un homme d'exception, Camille Flammarion renonce dès l'âge de vingt ans aux "mensonges conventionnels de la civilisation", à "la vie mondaine et ambitieuse", à la fréquentation "des rentiers et des inutiles". Affirmant n'avoir "aucune ambition", il refuse d'entrer à l'Académie Française, déclare que la gloire est un esclavage et confie que "le comble du bonheur et de l'indépendance (lui) paraitrait d'être jardinier et inconnu" !

Cherchant des réponses à toutes les questions, la vie de celui pour qui "les livres sont de bons amis" sera constamment dédiée à "la recherche de l'explication des phénomènes" et dictée par la simple observation du monde. Indissociable de la philosophie, l'astronomie est pour lui une discipline au-delà de la politique et des passions humaines, source de vérité qui lui enseigne que Dieu est une "invention humaine" et l'homme un "atome pensant", que le dogme religieux est une "pure fiction" et le christianisme une "doctrine invraisemblable et inadmissible" dont "les principes sont absolument faux". A mi-chemin entre le matérialisme de Diderot et le déisme de Voltaire, il considère néanmoins la religion comme "oeuvre d'utilité sociale", affirme que l'Univers a été organisé par un esprit supérieur afin d'y recevoir la Vie, se dit "spiritualiste" et reste convaincu de l'existence de "forces psychiques" qui lui feront un temps fréquenter les milieux spirites d'Allan Kardek.

Pacifiste et idéaliste, cet homme qui se définissait comme altruiste a toujours été révolté par la division des hommes en nations et finira par avouer sa déception face à une espèce capable des pires erreurs collectives. "L'humanité n'est pas belle" écrira cet observateur de "la comédie humaine" qui lutta toute sa vie contre les préjugés et les idées préconçues. L'Homme est faible, violent et sot, "l'Humanité a besoin de croyances", le Monde devrait se couvrir de lunettes astronomiques plutôt que de baïonnettes... Dans sa conclusion pleine de confiance et d'espoir, l'ouvrage prophétise malgré tout le triomphe de la culture scientifique, "la suppression de la guerre entre les peuples" et "l'affranchissement de la pensée humaine vers la lumière et la liberté" !

Remarquable d'érudition, de bon sens et de sagesse, "Les mémoires d'un astronome" est un livre indispensable à redécouvrir d'urgence même si l'on n'adhère pas aux convictions spiritualistes de son auteur. Face aux "choses vulgaires de la Terre", face aux ruines qui évoquent la vanité des hommes et le temps qui passe, Camille Flammarion nous suggère de lever les yeux et de contempler le spectacle infini des cieux, mystérieux, poétique, insondable... et révélateur de l'insignifiance humaine !

Tonton Daniel
 

les mémoires d'un astronome

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #astronomie et espace, #portraits, #religion, #histoire

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Publié le 1 Avril 2021


Bonjour à tous

Surréaliste et amusant pour certains, érudit et génial pour d'autres, pédant et insupportable pour d'autres encore (1), "La mezzanine" de l'écrivain américain Nicholson Baker a fait sensation lors de sa parution en 1986. Ce récit sans dialogue ni action (2) se caractérise par un procédé d'écriture très particulier (3), une narration concentrée volontairement dans les notes de bas de page obligeant à de fréquents retours en arrière pour retrouver le fil d'une histoire principale devenue de fait simple support anecdotique (4).

Au bout de dix chapitres, sept minutes seulement se sont écoulées lors du "voyage" en escalator d'un jeune employé de bureau (5), concentré de temps qui aura permis à notre personnage une analyse de différents processus industriels (6) ou la dissection méticuleuse de gestes insignifiants et anodins (7) et donné l'occasion à l'auteur de critiquer les travers de la société américaine (8), la complexification de la vie moderne aux dépens de la simplicité et du bon sens, le rythme trépidant des villes ou la stupidité du travail de bureau.

Derrière la chronique d'un lacet, derrière une vie lisse, banale, ennuyeuse, que de mystères, de questions essentielles et importantes ! Les réponses se trouvent quelques fois entre deux étages, sur un escalator ou une mezzanine !

(1) Parfois rébarbatif comme une notice technique ou un ouvrage scientifique spécialisé.

(2) Assemblage des observations, réflexions, pensées, souvenirs, idées et suppositions d'un jeune homme qui se pose des questions existentielles sur les objets du monde quotidien qui l'entourent, les petits gestes mécaniques, les fils invisibles qui relient tous ces objets (a), leur histoire, les détails que les autres ne remarquent pas et auxquels personne ne prête attention.

(3) Exercice de style unissant fond et forme et rappelant avec des phrases parfois très longues les constructions "mathématiques et neuronales" du français Georges Perec.

(4) Le lecteur trouvera même dans les derniers chapitres des notes sur les notes et des notes dans les notes ! Le principe de la digression anticipe évidemment le phénomène de navigation sur internet.

(5) L'escalier mécanique, "système de transport fixe", conduit à la mezzanine, lieu public incertain coincé entre ciel et terre, entre imaginaire et réel, où se trouve le bureau du personnage principal.

(6) Problème de la paille flottante, conception des protège-tympans, abandon du verre au profit du carton pour les emballages de lait, évolution du design des agrafeuses, fonctionnalité des distributeurs automatiques de boissons, de cigarettes ou de journaux, comparaison du sèche-mains électrique et du distributeur de serviettes en papier et leur impact écologique...

(7) Une page est consacrée au boutonnage de sa chemise et un chapitre entier au laçage de ses chaussures.

(8) Hyperconsommation, gaspillage à outrance, invasion publicitaire, stupidité et inutilité de certaines parutions scientifiques...

(a) Objets engendrant à leur tour un "muet folklore d'inventions comportementales" sans lien avec leur première destination.

Tonton Daniel
 

la mezzanine

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

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