Popularisée par le cinéma de science-fiction depuis les années 50, la colonisation de la planète Mars par l'être humain ne fait aujourd'hui aucun doute pour beaucoup de terriens ! Hélas pour eux, si quelques voyageurs atteindront peut-être un jour la Planète rouge, "nous ne vivrons pas sur Mars ni ailleurs" comme l'explique très bien l'astrophysicienne suèdoise Sylvia Ekström dans son best-seller du même titre paru en 2020 et préfacé par Michel Mayor, prix Nobel de physique 2019. Spécialiste en physique stellaire et astronome à l'Université de Genève, l'auteure, secondée par le graphiste Javier G. Nombela, dresse au fil des pages la liste de tous les problèmes, fantasmes et impossibilités techniques, matérielles, humaines et financières qu'un tel projet suscite.
Ecueil principal, la distance faramineuse, dont découle la majorité des autres problèmes. Un temps de voyage aller-retour de deux ans au minimum implique en effet une logistique complexe, des coûts astronomiques, des dangers en surnombre, des contraintes physiques, médicales, alimentaires, sanitaires et hygiéniques invraisemblables. Apesanteur, radiations, isolement et micrométéorites durant le trajet. Absence de champ magnétique, microgravité, faible pression atmosphérique, températures extrêmes, poussière et tempêtes à destination. Sans oublier la nécessité vitale et très controversée d'une source d'énergie nucléaire in situ afin de survivre, se chauffer, s'éclairer, se déplacer ou communiquer avec la Terre. Autant de difficultés que ni les séjours sur la Station Spatiale Internationale ni les expériences d'isolement volontaire ne permettront jamais de résoudre.
Imaginés par quelques milliardaires excentriques, les projets farfelus, irréalistes et fantaisistes de tourisme spatial à grande échelle et de "terraformation" sont uniquement destinés à attirer l'attention, les crédits et les contrats commerciaux. Oublions donc les scénarios de "Total Recall" et de "Seul sur Mars" : pas d'oxygène dans l'atmosphère sans cyanobactéries et pas d'agriculture sans champignons, vers de terre et insectes ! Ceux qui voudraient fuir la Terre et implanter des colonies extraterrestres devraient plutôt se préoccuper de problèmes certes complexes mais bien plus urgents sur notre petite Planète bleue, surconsommation d'énergies fossiles, surexploitation des matières premières, dégradations climatiques, pollutions diverses, épuisement des sols, déforestation, effondrement de la biodiversité ou démographie en croissance exponentielle.
En résumé, nous vivons dans un monde fini et "il n'y a pas de planète B". Malgré notre curiosité et notre besoin d'exploration, il faut nous résoudre immédiatement à l'humilité, comprendre que l'utilité d'une présence humaine sur Mars est quasi nulle, reconnaitre que nous sommes "biologiquement indissociables" de la Nature dont nous sommes issus et admettre que la vie est un phénomène "indissociable de l'environnement où elle se développe". Voici un extraordinaire et très pragmatique ouvrage de vulgarisation, passionnant, salutaire, indispensable et à diffuser largement. Quant aux rêveurs et adeptes de mondes virtuels, il leur restera toujours les salles de cinéma : "Laissons à Hollywood ce qui appartient à Hollywood" !
Tonton Daniel