Publié le 28 Octobre 2024

Qui est donc "Monsieur Teste", cet homme secret, hors du commun, à la "réputation de bizarreries", que personne n'a jamais vu sourire et qui confie n'avoir "aucun besoin des sentiments d'autrui" ?

A priori asocial et misanthrope, Monsieur Teste est en réalité d'une nature différente de celle de ses semblables, un esprit singulier, un solitaire omniscient, esclave de son intelligence et d'un "degré de conscience plus élevé". En recherche permanente de Vérité métaphysique, de connaissance du monde et de compréhension de l'être humain, il se sait dans une autre dimension, reste indifférent à la fureur des hommes et n'éprouve ni peur ni faiblesse ni souffrance. Machine froide, silencieuse et incapable de sentiments, de compassion ou d'altruisme, il observe la superficialité des choses, "le troupeau des sots et des faibles", les incohérences de l'âme humaine, considère passions et émotions comme irrationnelles et inutiles, et se retrouve condamné par nature à la solitude, à la divinité ou à la damnation.

Esquissé entre 1896 et 1926 par l'écrivain, philosophe et académicien Paul Valéry dans un essai éponyme, le portrait de Monsieur Teste apparait peu à peu au fil des pages comme celui d'un reflet narcissique de son auteur, créature détachée des contingences matérielles, capable de dédaigner les conventions sociales de son temps et de mépriser l'arrogant microcosme intellectuel parisien. Souvent indissociables, un romancier et son personnage se confondent parfois en un seul monstre...

Tonton Daniel
 

monsieur teste

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

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Publié le 20 Octobre 2024

Aujourd'hui âgé de 85 ans, l'écrivain et humoriste Jean-Louis Fournier, ancien complice de Pierre Desproges et réalisateur en 1982 de "La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède", signe ce mois-ci un irrésistible recueil intitulé "Il y a encore de la lumière sous mon chapeau" qu'il résume lui-même d'une seule assertion : "Plus c'est vieux, plus c'est mieux" !

"Jeune con" est pour lui un pléonasme et "vieux con" un oxymore, beaucoup de grands artistes ayant atteint le sommet de leur art en fin de carrière. Mais hélas, celui qui se compare à un phare allumé aux fondations rongées par le sel marin regarde de plus en plus souvent dans le rétroviseur et reconnait que les temps changent. Les jeunes cons à trottinette bousculent leurs aînés sur les trottoirs, écoutent des chansons débiles sur leurs téléphones et restent sourds à tout commentaire à cause de leurs écouteurs rivés sur le crâne ! Dialogue interrompu et partage impossible, inculture, stupidité, vulgarité et violence… la société des hommes mérite ses enfants et l'auteur remarque avec malice que "les grands chênes donnent aussi des glands"... 

Néanmoins, pour l'épicurien qui rappelle que "l'humour est un antalgique" et qui regrette que les chiffres remplacent désormais les lettres et le verbe d'antan chanté par Jacques Brel, tout est prétexte au sourire et aux éclats de rire, le jeunisme hystérique, la vieillophobie ambiante, la retraite forcée, les programmes télé, la chirurgie esthétique ou les publicités envoyées par les entreprises de pompes funèbres. Avec le grand âge, la bonne humeur laisse aussi place à un temps long, au doute bienfaisant et à une certaine forme de sagesse. La pendule d'argent qui ronronne au salon attendra donc encore un peu…

Mélange d'humour (noir), d'intelligence et de de mauvaise foi assumée mais aussi de nostalgie, de poésie et d'amertume, ce livre-testament foisonnant de réflexions, d'anecdotes, de souvenirs, de pensées et d'aphorismes nous ferait presque croire que c'était mieux avant ! Alors, M.Fournier, afin d'éviter que "la désespérance de vie" augmente chaque jour un peu plus, merci de laisser la lumière briller longtemps sous votre chapeau !

Tonton Daniel

P.S. : retrouvez l'entretien de Jean-Louis Fournier et Antoine de Caunes dans le 2e numéro du formidable magazine "Vieux" de septembre 2024.
 

de la lumière sous mon chapeau

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #humour, #le temps qui passe

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Publié le 13 Octobre 2024

"Je me souviens… Je me souviens… Je me souviens…" répétait à 480 reprises le romancier Georges Perec en 1978 dans un recueil du même titre évoquant les fantômes de sa jeunesse… Publicités obscures, expressions démodées, anecdotes anciennes, adresses parisiennes oubliées, émissions de radio perdues, photos de magazines en noir et blanc… tout un univers de vestiges "inessentiels" et communs, inutiles, encombrants, conservés par erreur ou sans raison logique, traces involontaires et indélébiles de la culture populaire des années d'après-guerre.

Au fil du "récit", aucune date, aucune émotion, aucune gravité, juste une "impalpable petite nostalgie", une légère pointe d'humour et parfois le doute inhérent à une mémoire défaillante, le constat que le quotidien n'était pas forcément "mieux avant" mais simplement différent. Curieusement, dans cette extraordinaire autobiographie en forme de liste exhaustive, Perec n'évoque aucun souvenir olfactif, aucun parfum, aucune odeur, aucune madeleine susceptible de réveiller sa mémoire. En revanche, au détour d'une page se dévoile un souvenir commun à l'auteur et à son lecteur, encore perceptible de tous à la manière d'une vieille publicité peinte et presque effacée sur le mur d'une maison abandonnée.

Ombres d'hier, ombres du passé… Avez-vous toutes disparu ?

Tonton Daniel
 

je me souviens

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #le temps qui passe

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Publié le 9 Octobre 2024

Popularisée par le cinéma de science-fiction depuis les années 50, la colonisation de la planète Mars par l'être humain ne fait aujourd'hui aucun doute pour beaucoup de terriens ! Hélas pour eux, si quelques voyageurs atteindront peut-être un jour la Planète rouge, "nous ne vivrons pas sur Mars ni ailleurs" comme l'explique très bien l'astrophysicienne suèdoise Sylvia Ekström dans son best-seller du même titre paru en 2020 et préfacé par Michel Mayor, prix Nobel de physique 2019. Spécialiste en physique stellaire et astronome à l'Université de Genève, l'auteure, secondée par le graphiste Javier G. Nombela, dresse au fil des pages la liste de tous les problèmes, fantasmes et impossibilités techniques, matérielles, humaines et financières qu'un tel projet suscite.

Ecueil principal, la distance faramineuse, dont découle la majorité des autres problèmes. Un temps de voyage aller-retour de deux ans au minimum implique en effet une logistique complexe, des coûts astronomiques, des dangers en surnombre, des contraintes physiques, médicales, alimentaires, sanitaires et hygiéniques invraisemblables. Apesanteur, radiations, isolement et micrométéorites durant le trajet. Absence de champ magnétique, microgravité, faible pression atmosphérique, températures extrêmes, poussière et tempêtes à destination. Sans oublier la nécessité vitale et très controversée d'une source d'énergie nucléaire in situ afin de survivre, se chauffer, s'éclairer, se déplacer ou communiquer avec la Terre. Autant de difficultés que ni les séjours sur la Station Spatiale Internationale ni les expériences d'isolement volontaire ne permettront jamais de résoudre.

Imaginés par quelques milliardaires excentriques, les projets farfelus, irréalistes et fantaisistes de tourisme spatial à grande échelle et de "terraformation" sont uniquement destinés à attirer l'attention, les crédits et les contrats commerciaux. Oublions donc les scénarios de "Total Recall" et de "Seul sur Mars" : pas d'oxygène dans l'atmosphère sans cyanobactéries et pas d'agriculture sans champignons, vers de terre et insectes ! Ceux qui voudraient fuir la Terre et implanter des colonies extraterrestres devraient plutôt se préoccuper de problèmes certes complexes mais bien plus urgents sur notre petite Planète bleue, surconsommation d'énergies fossiles, surexploitation des matières premières, dégradations climatiques, pollutions diverses, épuisement des sols, déforestation, effondrement de la biodiversité ou démographie en croissance exponentielle.

En résumé, nous vivons dans un monde fini et "il n'y a pas de planète B". Malgré notre curiosité et notre besoin d'exploration, il faut nous résoudre immédiatement à l'humilité, comprendre que l'utilité d'une présence humaine sur Mars est quasi nulle, reconnaitre que nous sommes "biologiquement indissociables" de la Nature dont nous sommes issus et admettre que la vie est un phénomène "indissociable de l'environnement où elle se développe". Voici un extraordinaire et très pragmatique ouvrage de vulgarisation, passionnant, salutaire, indispensable et à diffuser largement. Quant aux rêveurs et adeptes de mondes virtuels, il leur restera toujours les salles de cinéma : "Laissons à Hollywood ce qui appartient à Hollywood" !

Tonton Daniel
 

nous ne vivrons pas sur mars

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #astronomie et espace, #environnement

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Publié le 2 Octobre 2024

En 1857, trois ans après l'introduction des premiers Sequoia sempervirens au Royaume-uni, de jeunes exemplaires de "Coast Redwood" sont amenés de Californie afin d'être plantés sur un domaine de douze hectares à Leighton, dans la province du Montgomeryshire au Pays de Galles. John Naylor, banquier et industriel de Liverpool, fait le pari d'y exploiter le plus vaste ensemble européen de ces géants plus fins et plus élancés que le Séquoia géant (Sequoiadendron giganteum) mais dont le bois, léger, imputrescible, résistant aux insectes et aux incendies, est connu pour son excellente qualité. Malgré le vent, le froid, le manque de soleil et des précipitations très variables, le pari est réussi, les arbres prennent facilement racine et la parcelle se couvre rapidement de conifères dont la famille donne régulièrement des exemplaires hauts de plus de cent mètres sur son continent d'origine.

Alors que la longévité de l'espèce est réputée comme l'une des plus grandes du monde végétal avec des exemplaires estimés à environ 2000 ans, l'un des arbres acclimatés à Leighton, âgé de 79 ans, s'effondre néanmoins en 1936 pour une raison inconnue et ne sera jamais inquiété par les bûcherons. Condamné logiquement à un long déclin, le séquoia tombé à terre va au contraire reprendre vie pour un destin hors du commun. Grâce à une forme de recépage naturel, de nouvelles racines se développent sur toute la longueur du tronc et chacune des branches verticales principales va se métamorphoser peu à peu jusqu'à devenir un arbre à part entière !

Avec ses troncs alignés, celui qu'on surnomme aujourd'hui "le Phénix" (The Phoenix Tree) ou encore "the Mother Tree" est devenu un extraordinaire symbole de résilience et un miracle de la Nature. Le phénomène est en effet relativement fréquent chez d'autres essences comme le chêne, le frêne ou le noisetier mais reste exceptionnel pour un conifère.

Le site est cédé à la Royal Forestry Society en 1958 par Charles Ackers, son propriétaire depuis 1931, et la parcelle de Redwood Grove est maintenant inaccessible au public sans rendez-vous. Issu de ses cendres et défiant la mort, le fabuleux phénix peut désormais reposer en paix et ses "rejets" s'élancer vigoureusement vers les nuages !

Sources : "Les cinq vies de la Terre" - France 5 - 26.09.2024 / Internet

Tonton Daniel
 

le séquoia phénix
le séquoia phénix

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #arbres

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