Publié le 26 Février 2025

Les Deux Pigeons est la deuxième fable du livre IX de Jean de La Fontaine situé dans le second recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1678.

Deux Pigeons s’aimaient d’amour tendre.
L’un d’eux s’ennuyant au logis
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.
L’autre lui dit : Qu’allez-vous faire ?
Voulez-vous quitter votre frère ?
L’absence est le plus grand des maux :
Non pas pour vous, cruel. Au moins, que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage,
Changent un peu votre courage.
Encor si la saison s’avançait davantage !
Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau
Tout à l’heure annonçait malheur à quelque oiseau.
Je ne songerai plus que rencontre funeste,
Que Faucons, que réseaux. Hélas, dirai-je, il pleut :
Mon frère a-t-il tout ce qu’il veut,
Bon soupé, bon gîte, et le reste ?

Ce discours ébranla le cœur
De notre imprudent voyageur ;
Mais le désir de voir et l’humeur inquiète
L’emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point :
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;
Je reviendrai dans peu conter de point en point
Mes aventures à mon frère.
Je le désennuierai : quiconque ne voit guère
N’a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
Vous sera d’un plaisir extrême.
Je dirai : J’étais là ; telle chose m’advint ;
Vous y croirez être vous-même.

À ces mots en pleurant ils se dirent adieu.
Le voyageur s’éloigne ; et voilà qu’un nuage
L’oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s’offrit, tel encor que l’orage
Maltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
L’air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche du mieux qu’il peut son corps chargé de pluie,
Dans un champ à l’écart voit du blé répandu,
Voit un pigeon auprès ; cela lui donne envie :
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d’un las,
Les menteurs et traîtres appas.

Le las était usé ! si bien que de son aile,
De ses pieds, de son bec, l’oiseau le rompt enfin.
Quelque plume y périt ; et le pis du destin
Fut qu’un certain Vautour à la serre cruelle
Vit notre malheureux, qui, traînant la ficelle
Et les morceaux du las qui l’avait attrapé,
Semblait un forçat échappé.
Le vautour s’en allait le lier , quand des nues
Fond à son tour un Aigle aux ailes étendues.
Le Pigeon profita du conflit des voleurs,
S’envola, s’abattit auprès d’une masure,
Crut, pour ce coup, que ses malheurs
Finiraient par cette aventure ;
Mais un fripon d’enfant, cet âge est sans pitié,
Prit sa fronde et, du coup, tua plus d’à moitié
La volatile malheureuse,
Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l’aile et tirant le pied,
Demi-morte et demi boiteuse,
Droit au logis s’en retourna.
Que bien, que mal, elle arriva
Sans autre aventure fâcheuse.

Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ;
J’ai quelquefois aimé ! je n’aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
De l’aimable et jeune Bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère,
Je servis, engagé par mes premiers serments.
Hélas ! quand reviendront de semblables moments ?
Faut-il que tant d’objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
Ah ! si mon cœur osait encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus de charme qui m’arrête ?
Ai-je passé le temps d’aimer ?

 

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #le voyage

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Publié le 19 Février 2025

Le saviez-vous ? Parmi les nombreuses attractions proposées aux parisiens dans les années 1900 et parfaitement oubliées aujourd'hui furent créés des "ratodromes", espaces clos où étaient organisés des combats "festifs" entre chiens et rats ! le plus célèbre d'entre eux fut sans conteste celui de la porte Maillot créé par le belge Gustave Xhrouet (ou Krouet), ancien cocher à la Compagnie Parisienne des Omnibus. Confronté à la présence envahissante de rats dans les écuries, il eut l'idée de dresser des chiens à la chasse aux rongeurs dans un souci hygiéniste, puis s'inspira du ratodrome du Vélodrome de Spa, sa ville natale en Belgique, pour créer son propre espace à Neuilly et reprendre la même formule.

Succès immédiat ! Ouvriers, bourgeois et flâneurs du dimanche se bousculèrent jusqu'à la guerre de 1914 pour frissonner devant le spectacle inégal et sanglant de chiens ratiers, fox-terriers, danois ou bergers allemands, croquant des rats en quelques secondes ! Dans une arène ou dans une cage grillagée, un chien était confronté à cinq ou six rats, souvent libres et parfois cachés sous des pots de fleurs, et mettait parfois moins de trente secondes pour tous les tuer. Souvent mordus au sang par les rongeurs, les chiens étaient chronométrés par des juges officiels sous l'oeil de 300 spectateurs et de parieurs hystériques !

Face au succès, Gustave Krouet ouvrira un deuxième ratodrome entre Aubervilliers et Saint-Denis mais l'entrée en guerre en 1914 l'obligera à repenser son activité. D'abord fournisseur en rongeurs de l’Institut Pasteur pour ses laboratoires, il dressera à partir de 1915 jusqu'à 1200 chiens de troupe afin de les lâcher dans les tranchées et dans les magasins généraux d’alimentation de l'armée pour les dératiser. En 1939, âgé de 86 ans et coiffé de son éternel chapeau en poil de rat, le forain arrêtera enfin toute activité avant d'entrer définitivement à l’Hospice Belge de Courbevoie où il s'éteindra quelques mois plus tard.

Quelques historiens murmurent qu'en 1913, pendant quelques semaines et avant qu’un décret n'en interdise la pratique, les chiens furent remplacés dans ces combats à mort par des hommes n'ayant que "leurs dents pour seule arme"...

Sources : Magazine Histoires de Paris n°29 Décembre 2024 / Internet

Citation : "Les baraques et les jardins zoniers se multipliaient, et dans les terrains vagues des énergumènes découvraient les sports. À l'angle de l'avenue de Chaillot, un ratodrome satisfaisait les goûts d'une clientèle de voyous, d'amateurs des chiens et de gens riches." (Raymond Queneau, Pierrot mon ami, 1942)

Tonton Daniel
 

le ratodrome de paris
le ratodrome de paris

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #le saviez-vous, #paris - ile de france, #histoire

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Publié le 15 Février 2025

Quelle déception ! A l'heure où tout accélère, perd son sens et se déglingue, le romancier Philippe Delerm nous invite une nouvelle fois à la réflexion, à la méditation, à la recherche d'instantanés de vie, de moments anodins et de secondes fugitives, "instants suspendus" qu'il dépeint depuis toujours avec talent au rythme des saisons et d'un temps long et lent.

Voici l'automne et des lézardes sur un mur au soleil couchant, un vol d'oies sauvages et une rose tardive "plus qu'une autre exquise"... En hiver, des dessins faits avec le doigt sur une vitre embuée puis, en été, le bourdonnement d'une mouche qui fait "la possible perfection d'une après-midi de rien en plein juillet"... Avec mélancolie, l'auteur vieillissant convoque aussi des souvenirs inhabituels et plus pénibles, la tristesse d'une nature morte, la laideur d'un conteur malheureux, la mort d'un chien fidèle, les trous de mémoire… Avec ses "instants suspendus", la sensualité auquel il nous a habitués laisse désormais place à un raisonnement austère et ennuyeux et à des réflexions philosophiques prétentieuses et navrantes !

A trop regarder les détails, à trop analyser les instants, on finit par se perdre, s'oublier, se renfermer...
Dommage !

Tonton Daniel
 

les instants suspendus

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #le temps qui passe

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Publié le 9 Février 2025

Figure maitresse d'une société du spectacle par nature inconstante et frivole, le peintre et réalisateur américain Andy Warhol prévoyait en 1968 un quart d'heure de célébrité à chaque être humain au cours de sa vie. Un demi-siècle plus tard, avec l'avènement de la télé-réalité et des réseaux sociaux, sa prédiction s'est presque concrétisée mais hélas, ces quinze minutes demeurent très insuffisantes pour tous ceux qui vivent aujourd'hui dans la "terreur de rester anonyme" et que conseille la romancière et prix Goncourt 2014 Lydie Salvayre dans son "Irréfutable essai de successologie", petit manuel paru en 2023 à l'usage des médiocres avides de gloire, de succès et de reconnaissance.

Pour atteindre le nirvana médiatique, l'auteure est formelle : pour vivre heureux, ne vivez pas cachés comme le grillon de la fable de M.Florian ! Fi de la discrétion, de la réserve et de l'effacement ! Avec les puissants, soyez obséquieux, hypocrites, flatteurs, flagorneurs, machiavéliques, opportunistes, calculateurs… Avec le reste du monde, soyez malpolis, menteurs, médisants, venimeux, méprisants, impertinents, odieux… Soyez tour à tour le Tartuffe de Molière et le renard de La Fontaine, intriguez, faites peur, oubliez toute hauteur morale, extériorisez votre fiel et votre ressentiment et "fabriquez-vous, comme Voltaire, votre légende sur mesure" ! Si, après toutes ces recommandations, vous n'arrivez à rien, alors vous n'êtes sans doute qu'un fainéant incurable ou un idiot congénital ! Tant pis pour vous !

On l'aura compris, cette "parodie de traité", comme la décrit elle-même la malicieuse Lydie Salvayre, lui sert de prétexte pour dénoncer en vrac tous les fléaux du moment, le mensonge en politique, les fake news, l'égotisme, les réseaux sociaux, l'abrutissement général, la course au fric et à l'image, la désinformation, la facilité, l'inculture, les imposteurs et, on l'aura compris, les insupportables influenceurs et influenceuses de tous poils ! Associant avec bonheur érudition littéraire et vocabulaire canaille, postulats et aphorismes, l'auteure regrette que le savoir-vivre soit aujourd'hui remplacé par le savoir-réussir, observe que le public a succédé au peuple dans notre société du spectacle et constate que l'arrivisme à l'ancienne se double désormais d'un art nouveau, celui de la successologie. Satire au ton ironique et sarcastique, le livre est intelligent et drôle, irrévérencieux, aussi acide que la voix de l'auteure est douce. A ne manquer sous aucun prétexte !

Petite mise en pratique pour conclure ce billet : amis lecteurs de ce blog, vous êtes les meilleurs, les plus beaux et les plus intelligents… Bref, je vous aime !

Tonton Daniel
 

irréfutable essai de successologie

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #humour

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