Publié le 28 Mars 2025

Conçus et fabriqués dès le XVIe siècle, les foudres étaient à l'origine des tonneaux géants en bois destinés à stocker le vin perçu par l'impôt. Souvent  ornés de sculptures en bas-reliefs, ils étaient réalisés par des artisans nommés foudriers, tonneliers spécialisés capables d'assurer l’étanchéité des différents éléments de ces cuves de dimensions exceptionnelles, portes, vannes, dégustateurs ou systèmes de contrôle de température par exemple.

En 1871, le vigneron Eugène Mercier décide de faire construire un foudre aux dimensions insolites destiné à l’assemblage de ses vins de Champagne. Mandatés par le négociant, les tonneliers Jolibois et Walter font donc abattre 150 chênes millénaires en Hongrie, le séchage du bois dure 3 ans, le cintrage des douves 7 ans et le montage, commencé à Epernay en 1876, s'achève enfin à Noël 1877.

Les caractéristiques de la citerne sont extraordinaires : un poids à vide de 23 tonnes (dont 3 pour le cerclage métallique), 5.50 mètres de haut, 6.50 mètres de long pour une contenance de 160.000 litres, l’équivalent de 213.000 bouteilles de 75cl. Décoré par le sculpteur châlonnais Gustave Navlet et enregistré chez Mercier en 1881, le foudre sera "abreuvé" l'année suivante (rempli d'eau pour faire gonfler le bois afin de le rendre étanche) avant de recevoir enfin le produit des vendanges de 1883, soit 1600 hectolitres des plus grands crus de la Montagne de Reims.

Fier de son fût, le communicant de génie Eugène Mercier n'a plus qu'une idée : le transporter jusqu'à Paris où va se tenir l’Exposition Universelle de 1889 afin de le présenter au monde entier. Débuté le 17 avril 1889 après vidange complète, le voyage du foudre va durer 14 jours. 24 bœufs de tractage et 18 chevaux de renfort sont nécessaires au remorquage. De nombreux arbres sont abattus, trois ponts sont consolidés et cinq immeubles gênants achetés pour les raser et laisser passer le colosse. Un dernier mur sera même abattu, celui du Palais des Expositions du Champ-de-Mars, afin de laisser entrer cette publicité hors norme au rayon des Produits Alimentaires ! Du 5 mai au 31 octobre, l’Exposition attire 28 millions de visiteurs mais le pari de la notoriété n'est qu'à moitié réussi pour l'homme d'affaires, son foudre demeurant éclipsé par la nouvelle tour de M.Eiffel contre laquelle aucune construction ne peut évidemment rivaliser !

Aujourd'hui exposé au siège de la société à Epernay,  le foudre Mercier reste une fois encore dans l'ombre d'un géant plus grand que lui : à Thuir, dans les Pyrénées-Orientales, le plus grand foudre au monde, propriété des Caves Byrrh, peut en effet contenir 10.000 hectolitres pour un poids de 110 tonnes à vide. Mais, ironie de l'histoire, lui aussi a dû s'incliner pour la même raison car abrité depuis sa fabrication sous une charpente métallique signée d'un certain... Gustave Eiffel ! 

Sources : Magazine Histoires de Paris n°30 - Mars 2025 / Wikipedia

Tonton Daniel
 

le foudre mercier
le foudre mercier

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Publié dans #le saviez-vous

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Publié le 23 Mars 2025

Atteinte d'un cancer incurable qui ne lui laisse ni repos ni espoir, Marie, 80 ans, décide de partir pour la Suisse bénéficier d'une fin de vie assistée, pratique toujours interdite en France aujourd'hui. Avec l'aide d'un auxiliaire de vie un brin paumé, aussi touchant que maladroit, devenu complice et chauffeur malgré lui, la vieille dame embarque donc son fils et sa petite-fille à qui elle est incapable d'annoncer la vérité dans le vieux camping-car familial pour un improbable voyage initiatique, plein de symboles, de rencontres et de rebondissements.

A la lecture d'un scénario aussi simpliste, on pourrait évidemment craindre des facilités, des imperfections, des personnages caricaturaux, un ennui profond ou un sentiment de déjà-vu… Mais le miracle a bien lieu !
"On ira", premier long métrage de la jeune réalisatrice Enya Baroux, est simplement un petit chef-d'œuvre d'intelligence et d'humanité devant lequel on rit, on pleure, on s'extasie, dans une alternance de nuages gris et de ciel bleu, de non-dits et de dialogues savoureux, de violoncelle et de Desireless. La vie, quoi !

Ce film bouleversant, sans pathos et d'une incroyable maturité, doit d'abord beaucoup au regard et au sourire de la toujours extraordinaire Hélène Vincent, ainsi qu'à ses compagnons de voyage, Pierre Lottin, David Ayala et Juliette Gasquet. Il est aussi l'occasion d'une réflexion essentielle et indispensable sur le droit de mourir dans la dignité et sur l'assistance au suicide assisté, sujets d'actualité qu'il est aujourd'hui urgent de ne pas oublier.

Tonton Daniel
 

on ira

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Publié dans #cinéma, #la mort

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Publié le 15 Mars 2025

Malgré son titre dans l'air du temps, "Renoncer aux voyages" de l'universitaire Juliette Morice n'évoque presque jamais le réchauffement climatique ou la pollution de la planète.  Sous-titré "une enquête philosophique", le livre n'aborde le voyage que sous ses aspects historique, économique et sociétal. L'auteure y rappelle que depuis l'Antiquité et la Renaissance "les voyages ont toujours eu un caractère ambigu et polémique", elle ne formule aucune injonction mais interroge certitudes générales, habitudes humaines et désirs individuels. Tout déplacement est-il encore utile ? Et, si oui, peut-on encore prendre la route comme avant ?

Ces questions ne se posent pas pour l'errance subie, l'exil contraint ou la migration forcée ni pour le voyage intérieur et immobile, nourri par les arts et la littérature, et encore moins pour le voyage imaginaire et impossible, odyssée dans l'espace ou promenade au fond des océans !

Le voyage réel, défini comme mouvement dans le temps et dans l'espace, est plus varié et plus complexe. Autrefois motivé par une approche intellectuelle et artistique comme le "Grand Tour", un intérêt scientifique et anthropologique comme les expéditions d'aventuriers vers des terres inconnues, ou une quête humaniste et curieuse comme le vagabondage à la rencontre de l'Autre, le voyage traditionnel a définitivement laissé place au tourisme moderne. Le voyageur en marche, libre, solitaire, désireux "d'habiter le monde" et en recherche de parole et de contacts humains a laissé place à un troupeau de touristes vaniteux, "passagers" muets en recherche de buffets à volonté et de photos pour les réseaux sociaux, consommateurs aliénés à des circuits et à des croisières vendus "comme des besoins".

Aujourd'hui, l'étude des cultures et l'exploration des sociétés humaines se sont évanouies dans un monde connu et fini, le "Grand Tour" et la lenteur ont laissé place au tourisme de masse et à la vitesse, l'expérience du cheminement et la transmission du savoir se sont transformées avec la contraction des distances et la disparition des frontières. Devenus sédentaires en ayant renoncé à tout mouvement, les plus pragmatiques évoquent perte de temps et d'argent, éloignement des amis, fatigue, maladies, risque des transports et syndromes du voyageur. Quant aux idéalistes et aux "voyageurs philosophes" avides de compréhension, de tolérance, d'humilité et de sagesse, ils déplorent désormais le fantasme d'un exotisme romantique, la désillusion de découvrir "traits communs et similitudes entre cultures", l'effacement de toute authenticité, les méfaits environnementaux et le coût écologique du tourisme de masse.

En conclusion, faut-il limiter ses déplacements, voire renoncer aux voyages ? S'éloigner pour renouveler son regard sur les choses et le monde comme le suggérait l'écrivain G.K. Chesterton avec un sentiment "d'estrangement" ? Considérer cette nostalgie égoïste et conservatrice comme relevant à la fois d'un discours élitiste et d'une vision occidentale ? Paru en 2024, l'ouvrage érudit et passionnant de Juliette Morice ne donne pas de réponse ! Enchaîné par l'ennui ou le besoin d'ailleurs, la fuite des autres ou de soi-même, le désir d'action ou d'évasion, chacun se fera sa propre opinion grâce aux "fantômes" de Magellan et de Montaigne, de Kerouac et de Rousseau, de Jules Verne et d'Alexandra David-Néel, de Jack London et de Claude Lévi-Strauss. Ici, "l'espace devient question", la réflexion sur la finalité des voyages se transforme en réflexion sur la nature humaine, le voyage d'agrément évolue en voyage intérieur, éthique et responsable.

Citations sur le voyage :
-"Voyager est le paradis des sots." (Ralph Waldo Emerson - 1841)
-"L'homme ignorant a la faculté de rêver." (Claude Lévi-Strauss - 1974)
-"Le voyage sans rencontre n'est plus qu'un produit touristique." (Philippe Gloaguen - 1973)

Tonton Daniel
 

renoncer aux voyages

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #le voyage

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Publié le 12 Mars 2025

"Inédit : des souris issues de deux pères, sans mère, naissent et deviennent adultes.

En 2018, une équipe de chercheurs chinois a réussi à obtenir des souris bimaternelles viables (à partir de deux mères), c’est ce que l’on appelle la gynogenèse.
Début 2025, l’exploit a été réitéré mais cette fois-ci avec des souris bipaternelles, c’est l’androgenèse. [Synonymes : éphébogenèse ou parthénogenèse mâle]
C'est la première fois que des souris bipaternelles, issues de deux génomes masculins, atteignent l'âge adulte. Il aura fallu 20 modifications génétiques - contre trois pour les bimaternelles - dans des zones précises de l'ADN qui diffèrent selon qu'il provient de la mère ou du père. C'est ce que les chercheurs appellent l'"empreinte parentale".

Pour la première fois, des mammifères conçus à partir de l'ADN de deux mâles ont atteint l'âge adulte. Seules 20 modifications génétiques ont été nécessaires au développement de ces souris (pour pallier la non-complémentarité des deux caryotypes), rapportent des chercheurs de l'Académie des Sciences chinoise à Pékin dans la revue Cell Stem Cell. Les individus ayant atteint l'âge adulte sont en revanche particulièrement touchés par des anomalies et malformations affectant leur durée de vie. (11.8 % des rongeurs génétiquement modifiés étaient viables).

"Nos résultats sont absolument surprenants", commente le biologiste Zhi-Kun Li, premier auteur de ces travaux. En modifiant seulement 20 sites génétiques, l'équipe a réussi à s'affranchir des principales barrières empêchant les mammifères de naître et grandir à partir de chromosomes bipaternels – au lieu d'un exemplaire maternel et un paternel. Contrairement aux grenouilles ou aux oiseaux par exemple, les mammifères ne peuvent en effet pas se contenter du génome maternel pour se reproduire, un phénomène appelé parthénogenèse. "La fécondation normale nécessite la contribution des deux génomes parentaux, chacun apportant des marques d'empreinte parentale distinctes", explique Zhi-Kun Li. L'empreinte parentale désigne l'inactivation de gènes complémentaires sur les ADN maternels et paternels. Pour former un embryon et un placenta fonctionnels, les deux contributions sont donc nécessaires, à la manière d'un texte à trous qui ne serait lisible qu'en combinant deux versions où les blancs seraient placés à des endroits différents."

Source : Magazine Sciences et Avenir n°937 - Mars 2025

Internet précise que la fécondation d'un ovule sans noyau par un spermatozoïde (androgenèse naturelle ou artificielle, végétale ou animale) ne formait pas jusqu'à présent de véritable embryon.

Source : https://svtcolin.blogspot.com/2011/02/fecondation-parthenogenese-gamete.html
 

 

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #zoologie, #sexualité

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Publié le 2 Mars 2025

Assis à la terrasse d'un café parisien, un homme repère sur le trottoir opposé les allées et venues mystérieuses d'un curieux personnage au comportement étrange et à l'air triste et misérable. Très vite s'impose le petit jeu des hypothèses et des devinettes. Qui est-il ? Que fait-il ? Que cherche-t-il ? Que signifient ce vêtement usé, ce regard fuyant, ces incertitudes ? Est-il un mendiant ? Un policier déguisé ? Un pauvre d'esprit ? Après un long moment, l'intuition dissipera les conclusions trop hâtives et fera comprendre à l'observateur que l'homme est en réalité un pickpocket, un as du "vol à la tire" ! Mais un métier n'est pas une profession. Que faire ? Continuer à observer ? Agir ? Le dénoncer ? Le laisser faire ? Devenir son complice muet et silencieux ? L'aborder et lui faire entendre raison ?

Publiée en 1935, la nouvelle de Stefan Zweig "Découverte inopinée d'un vrai métier" repose sur un simple fait divers, évènement fortuit et silencieux devenu à la fois aventure existentielle et réflexion philosophique sur la nature humaine, le destin, le hasard, la liberté, la justice aveugle. Avant toute condamnation, l'auteur insiste ici sur la nécessité de comprendre ce qui pousse un homme à agir afin de lui accorder d'éventuelles circonstances atténuantes.  Mais le simple regard d'un homme désespéré pourra-t-il jamais inciter ses juges à la clémence ?

Tonton Daniel
 

découverte inopinée d'un vrai métier

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

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