Publié le 31 Octobre 2025

Echoués depuis des semaines au milieu des Cinquantièmes hurlants dans la "prison australe" d'un ilot désert de l'Atlantique sud, Louise et son compagnon Ludovic vont finir par se rendre à l'évidence. Aucun secours ne viendra. Face au froid et à la solitude, l'animalité instinctive des deux naufragés va peu à peu remplacer sentiments et conventions, la peur laissant place à la colère et la faim à "la compréhension millénaire de la Nature". Après plusieurs semaines de "non-existence", l'amour, lui aussi, va se changer en haine et Louise devra choisir : "Vivre seule ou mourir à deux ?" Abandonner son compagnon à une mort certaine ou se résigner ensemble à l'inéluctable ?

Revenue seule parmi les siens, Louise sera évidemment confrontée au regard des autres et à l'enfer de la Société des Hommes. Sur son île au bout du monde, ni superficialité ni asservissement social, ni hypocrisie ni politesse. Ici, excitation médiatique, profits financiers, contraintes horaires, gaspillage consumériste, futilité des conversations, formalités administratives... Délaissant le sentiment de culpabilité des rescapés et la vision romantique d'une civilisation idéale, Louise comprendra enfin que "l'altruisme ne vaut que pour les sociétés nanties" et fera le terrifiant constat que la survie dans des conditions extrêmes passe obligatoirement par l'abandon de l'Autre et la disparition de toute Humanité.

Enrichie de son extraordinaire expérience de navigatrice en solitaire, Isabelle Autissier a dressé dans "Soudain, seuls" le portrait d'une femme exceptionnelle capable "d'influencer le destin par sa seule volonté". Ni énième récit de naufragés ni parabole écologiste dénonçant la chasse baleinière ou les "prélèvements abusifs" au sein de la biodiversité, le livre est aussi et surtout une réflexion sur le monde moderne et la place de l'Homme dans son environnement. Malgré le désir de s'échapper, le retour volontaire à la liberté et à la Nature peut-il s'accompagner de raison, de morale ou de valeurs humanistes ?

Tonton Daniel
 

soudain, seuls

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Publié le 24 Octobre 2025

Saviez-vous que les robes de mariées étaient rouges jusqu'au XIXe siècle ? Que nos jeans sont bleus car cette couleur porte les valeurs de sobriété du protestantisme ? Qu'en Orient, le jaune était réservé exclusivement à l'empereur de Chine ? Que le deuil se porte en blanc en Asie mais qu'il se pare de noir en Occident afin d'évoquer le retour à la terre ? Et que le vert est la couleur de l'Islam pour lequel le paradis a forcément l'apparence d'une oasis verdoyante ?

Signé en 2005 par l'anthropologue et "historien des couleurs" Michel Pastoureau en collaboration avec le journaliste Dominique Simonnet, "Le petit livre des couleurs" fourmille d'anecdotes amusantes, de détails surprenants et de références brillantes, explore les "mutations sociales, idéologiques et religieuses" et raconte toute l'Histoire des hommes grâce au prisme de couleurs aux significations variables en fonction des cultures, des époques et des lieux.

Outre la théorie classique des couleurs primaires et complémentaires, l'auteur évoque au fil des pages les mélanges impurs interdits par l'Ancien Testament, les pièces rouges et noires des premiers jeux d'échecs, la polychromie des temples anciens et des cathédrales médiévales, l'importance de la brillance au moyen-âge ou le groupe des innombrables nuances sans aucune valeur symbolique auquel appartiennent pourpre, jade, saumon, ambre ou ivoire...

A l'heure où les couleurs s'évanouissent et se perdent dans l'oubli et la grisaille uniforme, à l'heure de la "chromophobie", des voitures blanches, des habits noirs et des murs gris, Michel Pastoureau nous ramène avec passion vers le pays indispensable des rêves, des lumières et de l'arc-en-ciel. Un voyage irisé à ne manquer sous aucun prétexte !

Tonton Daniel

 

le petit livre des couleurs

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 18 Octobre 2025


Oubliez le titre de cette nouvelle fantastique signée par l'écrivain Pierre Mac Orlan en 1920 ! Contemporaine du Bal nègre de Montparnasse et de la Revue nègre des Folies-Bergère, "Le nègre Léonard et Maitre Jean Mullin" fut éditée à une curieuse époque mélangeant insouciance et nationalisme, orchestres de jazz et colonialisme, négritude revendiquée et racialisme scientifique, époque où le mot n'avait pas du tout la connotation raciste qu'on lui connait un siècle plus tard.

Oubliez aussi le récit très bref d'une nuit de sabbat au clair de lune, "orgie sans joie", ridicule et pitoyable, pendant laquelle le narrateur va croiser de nombreux paysans, une sorcière rousse, un faune attristé et enfin le Grand Bouc en personne, personnage amer et mélancolique, en proie au doute et à la dépression. Les deux diablotins qui l'accompagnent, Léonard et Jean Mullin, ont hérité leurs patronymes des dossiers du tristement célèbre magistrat Pierre de Lancre, responsable au début du XVIIe siècle d'une sanglante chasse aux sorcières au Pays basque.

L'important est ailleurs, dans le message de l'auteur, créateur de la notion de "fantastique social" et homme de lettres fasciné par les techniques de son temps, inquiétantes, aliénantes et inhumaines. Ici, à l'heure du modernisme et du confort, du phonographe et de l'électricité, le Grand Cornu en arrive à douter de son pouvoir et de son avenir. Chaque individu peut "choisir sa folie", tout finit par être corrompu, par disparaitre dans l'oubli, même le sabbat qui devient "réunion d'imbéciles". Une nouvelle dimension de la vie moderne et urbaine, mystérieuse et inquiétante, est-elle appelée à remplacer les anciennes formes du surnaturel ? Satan est-il destiné à être remplacé par une machine comme le suggère Mac Orlan avec le pressentiment des catastrophes à venir ? L'industrialisation et la mondialisation conduiront-elles à "la fin du mal" ?

Tonton Daniel
 

le nègre léonard et maître jean mullin

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 14 Octobre 2025

Diffusé cette semaine sur Arte, le passionnant reportage de Matthieu Maillet "Terre, les forces du vivant" raconte les interactions méconnues entre le monde minéral et le monde vivant depuis les origines de la Planète bleue. Du volcanisme et de la tectonique des plaques jusqu'à la bioérosion engendrée par les vers de terre et les animaux fouisseurs en passant par l'oxygénation de l'atmosphère, le calcaire coquillier du microplancton, le développement des squelettes et des exosquelettes et l'altération des pierres et des récifs par les lichens et les oursins, les exemples d'évolution commune entre les deux milieux sont innombrables avant l'apparition d'Homo sapiens.

Puis vinrent donc les humains, l'âge de la pierre, la maîtrise du feu grâce aux silex, les peintures rupestres, les alignements néolithiques, la métallurgie et la révolution industrielle, la transformation de la matière en énergie, l'exploitation des combustibles non renouvelables, l'extractivisme et la modification du cycle du carbone. Ainsi, avec la création de nouveaux matériaux, béton de ciment, alliages, céramiques, semi-conducteurs, fibres de synthèse, plastiques et radio-isotopes artificiels, l'être humain laissera une empreinte définitive dans son environnement et laissera son nom à une nouvelle ère géologique que certains appellent déjà "Ere de l'Anthropocène".

Hélas, parmi ces influences figure la découverte dès 2006 sur les côtes d'Hawaii de "plastiglomérats", agrégats de micro et nanoplastiques présents dans les océans, lentement fusionnés avec la roche, le sable, les débris coquilliers ou les coraux sous l'effet de la chaleur estivale et de l'action mécanique des vagues. Trouvées aujourd'hui sur de nombreuses côtes, Madère, Méditerranée, Brésil, Japon ou Pérou, ces "roches plastiques" ou "plasticroûtes", composées pour partie de fragments d'origine anthropique, sont considérées à la fois comme roches sédimentaires et roches détritiques.

Les premières alertes et publications scientifiques sur la contamination des milieux marins par les plastiques datent des années 1970. Depuis, la production mondiale, en constante augmentation, a été multipliée par 10, atteignant 460 millions de tonnes en 2024 (Wikipedia) dont 2 à 3%, soit environ 10 tonnes, parviennent chaque année dans les océans (https://www.geolittoral.developpement-durable.gouv.fr/les-dechets-plastiques-a1431.html).

Depuis toujours, cycle de l'eau, cycle des roches et cycle du vivant ont été indissociables. Avec les plastiglomérats, il faut désormais leur adjoindre un "cycle géologique du plastique", désignation politiquement correcte de ce qu'on appelait autrefois "pollution à long terme" !

Tonton Daniel
 

plastiglomérats

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #télévision, #environnement, #déchets et recyclage

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Publié le 10 Octobre 2025


Indifférentes au temps qui passe et au rythme des saisons, couvertes de neige en hiver et cernées de crocus au printemps, la vieille ferme et son étable semblent aujourd'hui abandonnées après avoir abrité plusieurs générations d'une même famille.
Un jour y est né une petite fille, pleine de fougue et de liberté, sauvage, indomptable comme un animal. Entre les vaches, les nids d'hirondelles et les veillées en patois, l'enfant va grandir, rêver puis aimer à son tour, dernier maillon d'une lignée d'individus tous différents mais en réalité faits "du même bois". Celui de l'horloge comtoise fabriquée par le pépé taiseux, celui des bûches se consumant dans la cheminée, celui de l'arbre centenaire qui a vu s'en aller parents et grands-parents vers le cimetière refleuri...

Avec son premier roman paru en 2024, la dessinatrice et auteure de bande dessinée Marion Fayolle a signé un conte simple et magnifique, petite merveille de poésie, de charme et de douceur, chronique sans dialogues mais pleine de rire, de soupirs et de parfums de foin coupé, histoire de transmission, de traditions et d'amour maternel justement illuminée de plusieurs prix et à savourer lentement dans le silence d'un soir d'automne.

Tonton Daniel
 

du même bois

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Rédigé par tonton daniel

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