le temps qui passe

Publié le 10 Avril 2026

Partagé entre lassitude physique et sagesse intellectuelle, le "vieux solitaire" (comme se définissait lui-même le romancier allemand et prix Nobel de littérature Hermann Hesse à l'automne de sa vie) faisait paraitre en 1952, dix ans avant sa mort, un extraordinaire recueil de miscellanées titré malicieusement "Eloge de la vieillesse". Poèmes, portraits, aphorismes et réflexions nous invitent à oublier les photos défraichies, les fleurs fanées, les forces déclinantes et les nuits difficiles, "les incommodités et les souffrances", "l'amenuisement des sens et l'air plus dense à respirer" ainsi que l'arrivée de l'arrière-saison, double rappel du temps qui passe et de la fin qui approche !

Lecteur fatigué, grisonnant et plaintif, la sagesse se trouve souvent dans le silence. Il faut (si possible) t'ouvrir à la contemplation car vivre c'est regarder devant soi, écouter "la mélodie de l'éphémère", respirer le parfum des fleurs, observer les couleurs du ciel, sentir les respirations de la forêt, admirer le vol nocturne des vers luisants, aspirer à un temps long et lent, proche de celui des arbres et de la Nature. Place à la patience, à la tolérance et à la plénitude ! "L'art de savoir mourir" implique enfin la compréhension et l'acceptation nécessaires d'une inévitable transformation, d'un cycle éternel des métamorphoses, d'un "mouvement immobile"...

Un grand merci au magazine "Vieux" pour la découverte de cette merveille d'intelligence, de sensibilité et d'humanité agrémentée parfois d'une inestimable pointe d'humour !

Tonton Daniel
 

éloge de la vieillesse

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #le temps qui passe, #la mort

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Publié le 21 Mai 2025

Qu'est-ce que le temps ? Comment définir de manière scientifique la notion du temps qui passe ? Et comment le mesurer ?

Ouvrage désigné "meilleur livre d'histoire des sciences" en 1999, "L'Empire du temps : Les horloges d'Einstein et les cartes de Poincaré" signé par le physicien américain Peter Galison raconte la bataille oubliée de la synchronisation des horloges à la fin du XIXe siècle, décrit la mise en place d'une heure "mondiale" pour répondre aux intérêts nationaux et militaires, financiers et commerciaux, scientifiques et astronomiques, et dresse les portraits croisés de deux savants aux histoires, méthodes et personnalités très différentes, Henri Poincaré et Albert Einstein.

Suite à l'harmonisation des unités légales et du système métrique en 1875, la nécessité de définir la seconde, et donc le temps, devenait urgente afin de coordonner de façon rationnelle échanges commerciaux, horaires des chemins de fer, transports transfrontaliers et systèmes de communication. Au tournant du XXe siècle, des débats interminables sur "la simultanéité à distance" enflammaient en effet les communautés techniques, industrielles, intellectuelles et scientifiques autour de préoccupations quotidiennes on ne peut plus concrètes.

L'adoption en 1911 des fuseaux horaires calés sur le méridien de Greenwich s'accompagnera enfin d'une heure "électrique et synchronisée", d'un temps local et apparent que le pragmatique Poincaré qualifiera de "conventionnel" et d'utile. Mais à peine quatre ans plus tard, en 1915, Einstein bousculera le nouvel édifice avec sa célèbre théorie de la relativité en affirmant que le temps absolu et "véritable" défini par Newton n'existe pas, que le temps est relatif, peut ralentir et varier en fonction du mouvement des choses, de la même manière que les champs gravitationnels peuvent fluctuer et que l'espace peut se contracter et se courber sous l'influence de la matière-énergie qu'il contient.

Les deux hommes ne se rencontrèrent qu'une seule fois, à Bruxelles, en 1911 et la mémoire collective n'a retenu que le nom du plus jeune. Au fil des pages, Peter Galison, lui, ne cache pas sa préférence et son admiration pour un Poincaré philosophe, sage et respecté, souvent opposé à un Einstein jeune, orgueilleux, irrespectueux pour ses aînés et fier d'être "hérétique". L'auteur assume son parti-pris et suggère sans ambages que le génial Einstein n'était pas seul créateur de la théorie de la relativité, mais le dernier maillon d'une longue chaîne de scientifiques souvent oubliés parmi lesquels Maxwell, Lorentz, Planck, de Broglie ou Hermann Minkowski et son espace-temps à quatre dimensions. Bref, que cette révolution fut l'aboutissement d'une réflexion multiple, plurielle, collégiale, internationale, la suite d'une chaîne d'intuitions, de découvertes, de débats, d'échanges, d'influences et d'ambitions … au fil du temps !

"La coordination des horloges [fut le] point de départ principiel de la relativité" puis de la physique quantique. Une façon de remettre certaines pendules à l'heure ? Dont acte !

Tonton Daniel
 

l'empire du temps

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #le temps qui passe, #astronomie et espace

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Publié le 15 Février 2025

Quelle déception ! A l'heure où tout accélère, perd son sens et se déglingue, le romancier Philippe Delerm nous invite une nouvelle fois à la réflexion, à la méditation, à la recherche d'instantanés de vie, de moments anodins et de secondes fugitives, "instants suspendus" qu'il dépeint depuis toujours avec talent au rythme des saisons et d'un temps long et lent.

Voici l'automne et des lézardes sur un mur au soleil couchant, un vol d'oies sauvages et une rose tardive "plus qu'une autre exquise"... En hiver, des dessins faits avec le doigt sur une vitre embuée puis, en été, le bourdonnement d'une mouche qui fait "la possible perfection d'une après-midi de rien en plein juillet"... Avec mélancolie, l'auteur vieillissant convoque aussi des souvenirs inhabituels et plus pénibles, la tristesse d'une nature morte, la laideur d'un conteur malheureux, la mort d'un chien fidèle, les trous de mémoire… Avec ses "instants suspendus", la sensualité auquel il nous a habitués laisse désormais place à un raisonnement austère et ennuyeux et à des réflexions philosophiques prétentieuses et navrantes !

A trop regarder les détails, à trop analyser les instants, on finit par se perdre, s'oublier, se renfermer...
Dommage !

Tonton Daniel
 

les instants suspendus

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #le temps qui passe

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Publié le 8 Janvier 2025

L'écrivain français Jean Giraudoux écrivait en 1929 que la paix n'était qu'un intervalle séparant deux guerres ! Fil directeur que semble avoir repris l'auteur allemand Günter Grass en 1999 pour son roman "Mon siècle". Le lauréat du prix Nobel de littérature y résume le XXe siècle au travers de 100 courts récits, chroniques étalées de 1900 à 1999, témoignages romancés, détails autobiographiques, érudit mélange de petite et de grande Histoire vécues par le peuple allemand durant trois générations.

Dès le début du XXe siècle, le territoire se couvre de Zeppelin et de casques à pointe, l'industrie de l'armement fait rugir la Grosse Berta et la Grande Guerre de 14-18 fait 10 millions de victimes. Dans les années 20, alors qu'on chante dans les cabarets de Berlin et que la firme Opel commence à produire ses automobiles à la chaîne, un certain "caporal Hitler" est condamné à trois mois de prison pour troubles à l'ordre public... Les années 30 sont marquées par les Jeux Olympiques de Berlin en 1936 et la catastrophe du Hindenburg en 1937 avant de s'achever par la campagne de Pologne faisant basculer l'Europe dans la Seconde Guerre mondiale.

Suivent les années 40, le souvenir des camps de concentration et d'extermination, la bataille de Stalingrad, la destruction du ghetto de Varsovie, le débarquement allié, le travail des déblayeuses de décombres à Berlin et le traumatisme de la partition du pays vaincu. C'est le début de la Guerre Froide et le début de la construction européenne précédant la construction du mur de Berlin en 1961, les attentats à la bombe perpétrés par la bande à Baader en 1972 et le premier choc pétrolier en 1973.

Les années 80 sont marquées par la poignée de main de François Mitterrand et Helmut Kohl à Douaumont en 1984 ainsi que par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986 et s'achèvent avec la chute du mur de Berlin et l'ouverture des archives de la Stasi en 1989. La réunification de la RFA et de la RDA en 1990 posera alors presque autant de problèmes que de solutions, effondrement économique brutal et hausse massive du chômage, retour du libéralisme et de l'individualisme, inquiétude, inégalités, incompréhension, questionnement sur l'identité nationale et, à l'aube du XXIe siècle, rejet de l'immigration ou peur des "islamistes fanatiques". La conclusion revient enfin en 1999 à une vieille femme centenaire qui évoque toutes les guerres qu'elle a traversées dans l'attente de la prochaine...

Au fil des pages de ce bouquin sombre et pessimiste, souvent hermétique en raison de subtilités germano-germaniques, Günter Grass dresse le portrait d'un siècle très marqué par la violence, les guerres et les conflits, évoque les guerres d'Espagne, du Vietnam, des Falkland et du Golfe et présente en alternance les deux visages opposés de la guerre vus par les allemands au gré de leur mémoire, "élan chevaleresque et moral guerrier" contre enfer des tranchées et peur de la mort.
L'Histoire, dit-on, serait un éternel recommencement, un temps tournant en boucle de manière stupide et dérisoire. Peut-être en effet l'alternance naturelle de paix et de guerres inhérente à la nature des Hommes ?

Tonton Daniel
 

mon siècle

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #histoire, #europe, #le temps qui passe

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Publié le 20 Octobre 2024

Aujourd'hui âgé de 85 ans, l'écrivain et humoriste Jean-Louis Fournier, ancien complice de Pierre Desproges et réalisateur en 1982 de "La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède", signe ce mois-ci un irrésistible recueil intitulé "Il y a encore de la lumière sous mon chapeau" qu'il résume lui-même d'une seule assertion : "Plus c'est vieux, plus c'est mieux" !

"Jeune con" est pour lui un pléonasme et "vieux con" un oxymore, beaucoup de grands artistes ayant atteint le sommet de leur art en fin de carrière. Mais hélas, celui qui se compare à un phare allumé aux fondations rongées par le sel marin regarde de plus en plus souvent dans le rétroviseur et reconnait que les temps changent. Les jeunes cons à trottinette bousculent leurs aînés sur les trottoirs, écoutent des chansons débiles sur leurs téléphones et restent sourds à tout commentaire à cause de leurs écouteurs rivés sur le crâne ! Dialogue interrompu et partage impossible, inculture, stupidité, vulgarité et violence… la société des hommes mérite ses enfants et l'auteur remarque avec malice que "les grands chênes donnent aussi des glands"... 

Néanmoins, pour l'épicurien qui rappelle que "l'humour est un antalgique" et qui regrette que les chiffres remplacent désormais les lettres et le verbe d'antan chanté par Jacques Brel, tout est prétexte au sourire et aux éclats de rire, le jeunisme hystérique, la vieillophobie ambiante, la retraite forcée, les programmes télé, la chirurgie esthétique ou les publicités envoyées par les entreprises de pompes funèbres. Avec le grand âge, la bonne humeur laisse aussi place à un temps long, au doute bienfaisant et à une certaine forme de sagesse. La pendule d'argent qui ronronne au salon attendra donc encore un peu…

Mélange d'humour (noir), d'intelligence et de de mauvaise foi assumée mais aussi de nostalgie, de poésie et d'amertume, ce livre-testament foisonnant de réflexions, d'anecdotes, de souvenirs, de pensées et d'aphorismes nous ferait presque croire que c'était mieux avant ! Alors, M.Fournier, afin d'éviter que "la désespérance de vie" augmente chaque jour un peu plus, merci de laisser la lumière briller longtemps sous votre chapeau !

Tonton Daniel

P.S. : retrouvez l'entretien de Jean-Louis Fournier et Antoine de Caunes dans le 2e numéro du formidable magazine "Vieux" de septembre 2024.
 

de la lumière sous mon chapeau

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Rédigé par tonton daniel

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