Publié le 31 Mai 2026

Adieu, roses anciennes, imparfaites, épineuses et sans nom ! Cloitrée à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale dans sa chambre du Palais-Royal à Paris, une femme âgée, grande amoureuse de la Nature et de ses merveilles, se souvient… La grande Colette signe alors son dernier recueil de nouvelles, chacune dédiée à une fleur, un parfum, un moment heureux de sa vie passée. Illustré par Raoul Dufy, "Pour un herbier" nous entraine de Saint-Sauveur-en-Puisaye au Désert de Retz, du jardin de Sido au parc de Bagatelle et de Rambouillet à la Provence à la rencontre de jardins aux mille couleurs, parfums et histoires, dans un temps de contemplation, de lenteur estivale et d'insouciance poétique.

Sous un soleil d'été ou une "pleine lune cheminant parmi une neige d'étoiles", voici un bouquet extraordinaire, le lys et ses "petits marteaux de pollen jaune", l'orchidée, exotique et envoûtante, la glycine, lente, serpentine et meurtrière, et le muguet tueur de faisans ! Voici potagers et forêts, charmilles et cimetières, champs et prés où se promènent les abeilles, le cétoine d'or, la coccinelle à sept points et les papillons de nuit… Et voici l'odeur suspecte de la pivoine, la senteur de la violette qui "commence bien et finit mal", le "baume nocturne" du gardénia s'inclinant devant celui de la tubéreuse, et des fétidités naturelles plus attirantes que l'héliotrope "à vomir" et que de très décevants "parfums embouteillés" !

Symbolisant à la fois son époque et la littérature, membre et présidente de l'académie Goncourt, Colette sera la première française à recevoir des obsèques nationales. Nul doute qu'en ce dernier jour, les roses anciennes, les fragiles coquelicots et toutes les fleurs anonymes et silencieuses ont baissé la tête et versé une larme de rosée au passage de leur amie.

Tonton Daniel
 

pour un herbier

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 24 Mai 2026

Au XIIIe siècle,  bien avant l'invention de la parfumerie moderne et des odeurs "construites", seigneurs et courtisans des deux sexes plaçaient sous leurs vêtements et au plus près de leurs parties intimes de petits sachets appelés "coissines" contenant herbes séchées et plantes odoriférantes afin de masquer les relents de la transpiration et se démarquer socialement de la puanteur populaire.

De la Renaissance au 18e siècle, à l'heure de la toilette sèche et des pestilences de Versailles, de petits coussins emplis d'aromates et d'épices furent ensuite cousus directement à l'intérieur des vêtements ou placés dans les doublures des bonnets afin d'absorber les "mauvaises odeurs" corporelles, accessoires remplacés au sein de la noblesse par des "boules de senteur" en métal précieux nommées pommes d'ambre ou "pomanders", bijoux contenant matières odorantes ou parfums "solides", musc, civette ou ambre gris.

Plus tard, à la Restauration, de petits étuis contenant racines de vétiver ou d'iris seront eux aussi dissimulés sous les habits, comme les "peaux d'Espagne", petits carrés de peaux tannées animales (cuirs de veaux ou d'ânes), imprégnés d'huiles parfumées, de crèmes ou de pâtes aux fragrances capiteuses, toutes condamnées par l'Eglise et par la bourgeoisie naissante.

Au XXe siècle qui vit enfin le retour de senteurs plus évocatrices que sensuelles, légères, discrètes et florales, le génial et superstitieux couturier Christian Dior connaissait-il toutes ces pratiques du temps passé quand il demandait à ses ouvrières de coudre quelques brins de muguet dans les ourlets de ses premières créations ?

Sources : "Le parfum à travers les siècles" - Brigitte Munier - Ed. du Félin - 2003 / Wikipédia

Tonton Daniel
 

coissines et peaux d'espagne

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 20 Mai 2026

Considéré aujourd'hui comme l'œuvre majeure de la romancière anglaise Virginia Woolf, "Mrs Dalloway" dressait à l'issue de la première Guerre Mondiale le portrait peu reluisant d'une société britannique conservatrice, imbécile et sclérosée, satire au vitriol incarnée par une mosaïque de personnages tous malheureux, frustrés, neurasthéniques, mélancoliques, incultes, médiocres ou snobs, illustrant les multiples facettes d'une humanité londonienne hypocrite, vaniteuse et laide et gravitant à plus ou moins grande distance autour de Mrs Clarissa Dalloway, femme de diplomate romantique, frustrée et tourmentée.

Tiraillée entre une nature passionnée et le respect des traditions, Mrs Dalloway choisira très tôt la sécurité d'un mariage de raison aux dépens de ses rêves d'évasion, d'indépendance et de liberté. Soumise à l'ennui, au regard et au jugement des autres, à la vacuité d'une existence morne et fade, elle renoncera pour toujours à sa personnalité et à ses sentiments, au bonheur et aux histoires d'amour. Froide et distante en apparence, "elle n'était pas Clarissa mais Mrs. Richard Dalloway". Devenue simple objet sans âme ni intelligence, elle finira une fois pour toutes par accepter le temps qui passe, implacable, et son futur destin. "Juste, elle était là."

Quatre ans avant la parution de son récit "Une chambre à soi" revendiquant pour les femmes émancipation, indépendance financière, liberté intellectuelle et accès aux bibliothèques universitaires, Virginia Woolf signait le récit sombre et désespérant d'une journée emplie d'évocations, de rappels du passé et de questionnements existentiels dans un style narratif novateur et libre, sans aucun chapitre ni aucune respiration.

Contrairement à son personnage soumis et passif, Virginia Woolf, elle aussi mal dans son temps et ses convictions, choisira de se donner la mort par noyade après avoir enchainé dépressions et tentatives de suicide tout au long de sa vie.

Tonton Daniel
 

mrs dalloway

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 6 Mai 2026

Sept ans après "L'apocalypse n'est pas pour demain" du politologue français Bruno Tertrais, le très influent psycholinguiste canado-américain Steven Pinker signe en 2018 "Le Triomphe des Lumières" ("Enlightenment Now"), essai sociologique développant exactement le même propos : depuis le XVIIIe siècle, santé, prospérité, sécurité, paix et bonheur se sont considérablement et globalement améliorés pour la majorité des Humains. Tous les deux ont évoqué l'espérance de vie, le nombre de démocraties, la condition féminine, l'alphabétisation, l'instruction, les droits des minorités et les libertés publiques et individuelles ainsi que la mortalité infantile, l'extrême pauvreté, la sous-alimentation, l'abolition de la peine de mort, les guerres civiles et internationales.

Si Bruno Tertrais ne s'appuyait que sur des statistiques et des études scientifiques pour illustrer son propos, Steven Pinker explique aussi ce progrès mondial grâce aux valeurs et idéaux du siècle des Lumières : raison, science et humanisme, complétés par les concepts modernes d'entropie, d'évolution et d'information.

S'il est difficile de croire à ce discours dans la période actuelle, l'auteur est formel : l'homme déraisonne car il est à la fois embarrassé de biais cognitifs qui l'empêchent de voir la vérité et mal informé par des médias et réseaux sociaux amplifiant et déformant des évènements de plus en plus rares. Et si les hommes se sentent aujourd'hui malheureux, stressés ou anxieux, c'est parce qu'ils vivent dans un temps court, à échelle humaine, incapables de se projeter dans un temps long et un espace lointain.

Accusant Donald Trump d'être un promoteur obscène, misogyne et méprisant, Steven Pinker dénonce aussi aprioris, idées préconçues et lieux communs, il désamorce la "bombe démographique" annoncée par Paul Ehrlich, pointe les erreurs de prévisions du rapport Meadows ("Limites à la croissance"), souligne que le terrorisme était bien plus important en Europe dans les années 1970-80, note une élévation générale du quotient intellectuel (contrairement au scénario du film Idiocracy...), présente "l'horloge de la fin du monde" comme un coup de propagande "destiné à faire peur aux hommes", affirme que "la religion qui croît le plus rapidement est l'absence de religion", balaye enfin les arguments environnementalistes au profit d'un scientisme assumé et d'un "écologisme éclairé, pragmatique et humaniste".

Rien n'est cependant parfait et la vigilance reste de rigueur. Idéologies, valeurs menaçantes et "contre-Lumières" émergent ou ressurgissent fréquemment : fondamentalisme religieux, écologisme radical, nationalisme, militarisme, masculinisme, populisme "régressif, autoritaire et tribaliste" ou même romantisme passionné, mouvements alimentés par une nature humaine émotive, fainéante, égoïste, violente et irrationnelle.

Parfois dénoncé comme simpliste, caricatural et trop centré sur la société étatsunienne, "Le Triomphe des Lumières" reste malgré tout une somme phénoménale d'érudition, de bon sens et de pragmatisme, résolument optimiste à long terme et accompagnée de cent vingt pages de notes et de références. Le message de Steven Pinker est clair. Malgré les soubresauts de l'Histoire, les Lumières ne s'éteindront plus jamais !

Tonton Daniel

Pour retrouver quelques thèmes abordés dans l'ouvrage :
 

le triomphe des lumières

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 4 Mai 2026


Bavard, lénifiant, superficiel...
Personnages et histoire inintéressants...
Dialogues invraisemblables et frisant le ridicule...

"Deux gimlets sur la 5ème avenue", dernier roman du journaliste, écrivain et réalisateur Philippe Labro disparu en 2025, raconte la séparation à Paris d'un homme et d'une femme dans les années 60 puis leurs retrouvailles à New-York quarante ans plus tard autour des cendres du 11 septembre et de deux gimlets, cocktail à base de gin et de jus de citron vert...

Ce qui aurait pu être une chronique légère et nostalgique sur le temps qui passe ou le testament d'un auteur vieillissant fasciné et influencé depuis toujours par les Etats-Unis d'Amérique ne propose qu'ennui, soupirs et lecture fastidieuse...

A éviter sans aucun scrupule.

Tonton Daniel
 

deux gimlets sur la 5e avenue

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Rédigé par tonton daniel

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