Publié le 2 Octobre 2026

Qui se cache derrière le masque de Fantômas ? A qui appartiennent les yeux terrifiants figés à jamais sur cette pellicule d'un vieux film muet en noir et blanc ? Le célèbre comédien René Navarre, créateur du rôle à l'écran, une doublure provisoire et oubliée aujourd'hui, un simple figurant anonyme ? Ou l'énigmatique Sudor, silhouette aussi mystérieuse que légendaire au temps du cinématographe ?

Fasciné par ce regard fixe et menaçant surgi du "théâtre d'ombres" des années 1910, un auteur discret et sans envergure, déjà à la recherche de son père disparu et en quête de sa propre identité, va mener une enquête à la fois nostalgique et romantique dans le décor parisien de rues vides, d'appartements déserts et de maisons abandonnées. Afin de découvrir qui se dissimulait sous la cagoule noire de l'Homme aux cent visages, ses investigations le conduiront chez un vieillard impotent, dernier vestige et dernier témoin d'une époque révolue, qui niera cependant jusqu'à son dernier souffle avoir été Sudor et avoir prêté ses yeux au monstrueux Génie du crime. La découverte post mortem d'une étrange petite boite à secret ayant appartenu au défunt pourrait peut-être inciter notre détective à vouloir enfin s'identifier au spectre sanguinaire...

Dans "Faire le mort", formidable roman paru en 2001, l'écrivain Didier Blonde, "nostalgique des images en grisaille", partait une fois de plus à la recherche d'une ombre perdue, nous proposait "un itinéraire sentimental" dans le Paris de Judex et d'Arsène Lupin et nous entrainait comme Maurice Leblanc avant lui sur de fausses pistes, des adresses inexistantes, des références fantaisistes, des fantômes improbables. Couleurs fanées, parfums d'automne, murs lézardés, réverbères blafards, la littérature de Didier Blonde est toujours un enchantement où se mêlent fiction et réalité, souvenirs et pseudonymes, persistance de la mémoire et disparition des lieux anciens.

Les fantômes existent-ils ? Il faut parfois savoir "faire le mort" afin de les rencontrer...

Tonton Daniel
 

faire le mort

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #la mort

Repost0

Publié le 26 Septembre 2026

Quelle déception ! A peine quelques lignes jetées sur deux pages…
"What a man !", monovocalisme en A imaginé par Georges Perec en 1980, se révèle infiniment moins long et moins amusant que ses "Revenentes" parues huit ans plus tôt.

Pour commencer, une dizaine de lignes présentent Andras et Armand, deux personnages aussi violents qu'exaspérants. Puis, par l'artifice d'un "flash-back" providentiel, une minuscule deuxième partie rapporte leur dialogue à coup d'exclamations, d'onomatopées et de passés simples... Enfin, le troisième paragraphe est constitué d'une suite d'assonances, de noms propres et de participes présents sans liens ni logique apparents avec le début du "récit". Le tout est conclu par un "Abracadabra" provocateur et la signature de "Gargas Parac"...

Bref, une curiosité décevante davantage qu'un vrai tour de force, qu'on oubliera rapidement. Relisons plutôt "La Disparition" ou "La vie, mode d'emploi".

Tonton Daniel
 

what a man !

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

Repost0

Publié le 21 Septembre 2026

Trois ans après la publication de "La Disparition", célébrissime lipogramme qui proscrivait l'usage de la lettre "e" et qui assura à Georges Perec une renommée internationale, l'auteur fit paraitre en 1972 un nouvel exercice de style, antithèse du précédent et titré "Les Revenentes", monovocalisme n'utilisant que la seule voyelle "e" et aujourd'hui beaucoup moins connu du grand public. Et pour cause...

Dès le titre, le lecteur est prévenu : il va y avoir des "distorsions", des à-peu-près et des libertés d'écriture dans l'air ! Ce que confirme Perec en début de récit en mentionnant quelques "règles" assez vagues, emploi de synonymes et d'homophones, néologismes et remplacements phonétiques, usage de vocabulaires anglais, italien, allemand ou arabe.
Contre toute attente, malgré ces inventions et ces altérations, une véritable intrigue s'installe au fil des pages, celle d'un braquage de bijoux convoités par des personnages aussi nombreux qu'excentriques, chefs berbères, mafieux londoniens ou membres du clergé. Cette attaque en bande organisée s'achèvera dans une scène d'orgie digne de Sade et de Pasolini chez un évêque libertin adepte du "presque-septente" (!) et durant laquelle moines en rut et autres participants s'adonneront à toutes les perversions sexuelles, inceste, sado-masochisme, zoophilie et scatophilie !

Seulement, l'essentiel est peut-être encore ailleurs, au-delà de la forme et des apparences. Certes, on applaudira l'exercice de style et on sourira beaucoup à la lecture de cette farce énorme et polissonne, histoire aussi farfelue que pornographique, mais qui s'achève néanmoins sur l'évocation capitale de "lettres menqentes"... Et sur le choix d'une évidence comme celui de la meilleure des cachettes possible… Lettres manquantes, disparitions, silences…, auriez-vous donc un sens caché, chant funèbre, gémissement lugubre ou invocation de fantômes et de parents non revenus des camps de la mort ? 

Tonton Daniel
 

les revenentes

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

Repost0

Publié le 19 Septembre 2026


A l'occasion des Journées européennes du patrimoine 2026, visite du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux, lieu méconnu et chargé d'histoire, havre de paix et de sérénité aux portes de Paris et voisin du parc Jean-Paul II.

Acheté en 1606 par Marguerite de Valois, la célèbre reine Margot, le domaine abrite dès 1642 le Séminaire Saint-Sulpice et serait le seul grand domaine de l'Ancien Régime ayant survécu jusqu'à nos jours dans toute son étendue. Il a vu passer de nombreuses personnalités parmi lesquelles Saint Jean-Baptiste de La Salle, le Père Dupanloup, Bossuet, Fénelon, Ernest Renan ou le Cardinal André Vingt-trois, archevêque de Paris.
Bâtiments classés ou inscrits au titre des monuments historiques depuis 1996, comme le bâtiment principal du séminaire reconstruit après 1892 ou la grande chapelle construite au XIXe siècle.

Le séminaire accueille toujours aujourd'hui une cinquantaine de séminaristes provenant de divers diocèses français et de l'étranger et vient d'être renommé officiellement et très sérieusement en juillet 2026... Séminaire Universitaire Saint-Sulpice (SUSS) ! Les voies du Seigneur seront toujours impénétrables !

Tonton Daniel
 

le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice
le séminaire saint-sulpice

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #paris - ile de france, #architecture, #religion

Repost0

Publié le 16 Septembre 2026

En 1966, Georges Perec, membre éminent de l'Oulipo, spécialiste des jeux de langage et d'écriture et inventeur qui ne se prenait jamais au sérieux, signait "Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?", court récit dans lequel un groupe de copains cherche à faire réformer l'un des leurs pour lui éviter de partir faire la guerre en Algérie. Une histoire très simple en apparence mais au style passablement déroutant, assemblage hétéroclite et surréaliste d'expressions populaires, de jeux de mots faciles, de néologismes audacieux, de citations savantes et d'inventions linguistiques jubilatoires.

Une lecture à laisser perplexe le plus aguerri des lecteurs... avant qu'il ne découvre l'index en fin d'ouvrage, inventaire malicieux, fantaisiste et volontairement incomplet intitulé sobrement "Index des fleurs et ornements rhétoriques, et, plus précisément, des métaboles et des parataxes que l'auteur croit avoir identifiées dans le texte qu'on vient de lire"...

Au-delà de la langue et des apparences, le lecteur aguerri distinguera peut-être quelques questions en filigrane ? Où sont "liberté, démocratie et idéaux humains" ? Quoi de plus inutile qu'un petit vélo à guidon chromé prisonnier d'une cour fermée ? Ou encore : Et si, chez Perec, le fond avait plus d'importance que la forme ?

Tonton Daniel
 

quel petit vélo à guidon chromé

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

Repost0