Publié le 6 Juillet 2026
Planté il y a plus d'un siècle dans le centre historique de la capitale de la République Démocratique du Congo, le dernier baobab de la ville, surnommé "l'âme de Kinshasa", va-t-il résister longtemps à la pression démographique et à l'appétit des promoteurs immobiliers ? Vénérés dans toute l'Afrique comme "arbres de vie", les baobabs y offrent leurs fruits et leurs graines, leur ombre aux marchés et aux lieux de rassemblement, sont considérés depuis toujours comme points d'ancrage écologique et culturel, relient enfin les communautés modernes aux récits historiques et à l'identité locale.
En 2010 pourtant, en raison d'une urbanisation anarchique, les autorités congolaises ont abattu des centaines de grands arbres le long de la principale artère de la capitale. Troisième agglomération d'Afrique par sa population, Kinshasa compte aujourd'hui 18 millions d'habitants et 700.000 de plus chaque année. On estime que 60% d'entre eux n'ont pas d'accès à l'électricité, utilisent du charbon de bois pour cuisiner, ont ainsi décimé leur forêt urbaine et transformé leurs rares espaces verts en décharges officieuses faute d'un véritable système de gestion des déchets.
Depuis un an, opposants politiques et défenseurs de l'environnement accusent l'ONaTra (Office National des Transports) à qui appartient le terrain sur lequel survit le dernier baobab kinois de l'avoir vendu à un promoteur privé. Quand, au mois d'août 2025, les premiers engins de terrassement sont arrivés sur le site et que ce dernier a été interdit d'accès, les militants ont réussi à bloquer les travaux in extremis. Mais pour combien de temps ?
Alors que le bassin du Congo absorbe environ 1,5 milliard de tonnes de dioxyde de carbone par an et que ses tourbières retiennent près de 29 milliards de tonnes de carbone, la RDC a perdu près de 5 millions d'hectares de forêt primaire entre 2000 et 2020. Malgré sa très grande responsabilité climatique, le pays peine à mettre en place un aménagement cohérent de son territoire, subit un des niveaux de pollution les plus élevés de la planète et voit sa biodiversité disparaitre à vue d'oeil.
Symbole et témoin muet d'une déforestation massive et incontrôlée, "l'âme de Kinshasa" est désormais celle d'un peuple tout entier...
Source : Article du Guardian repris dans Courrier International n°1841 - 12 février 2026
Tonton Daniel
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