interdiction de fumer
Publié le 15 Avril 2008
Bonjour à tous
Moi qui ne suis pas fumeur, je dois dire que le texte suivant, plein d'humour et d'humanité, extrait de Courrier International du 27 mars 2008, m'a fait à la fois beaucoup rire et réfléchir ! A
la veille de mai 08, il est à nouveau "interdit d'interdire !"
"La cigarette ? Un moindre mal :
Bien sûr, fumer est stupide et nuit à la santé. Et en plus, ça pue ! Comme l’industrie pétrochimique, d’ailleurs, qui fabrique des tonnes de plastique destinées à la conception de milliers
d’objets inutiles – comme les papetiers qui fournissent la matière première à la presse people, sans parler des voitures...
La fumée de cigarette envahit les cafés, les restaurants et d’autres espaces publics, tout comme la musique sans âme, insipide, omniprésente et si forte qu’elle empêche d’entendre ses voisins de
table. Selon les médecins, le bruit est aussi nuisible que le goudron et la nicotine.
Fumer est une drogue au même titre que des centaines d’autres activités poussant l’homme vers une dépendance asservissante, comme la télévision, le cinéma, la publicité, les discours
manipulateurs des hommes politiques, une certaine pratique du sport... L’argument selon lequel les fumeurs contraignent les autres à fumer passivement est certes très légitime, mais qu’en est-il
de la musique retentissant dans les supermarchés, des films imposés dans les autocars, des radios allumées dans les bureaux, de l’écoute passive des lecteurs MP3, des sonneries de téléphone
portable ?
Considérons également les ondes invisibles émanant des ordinateurs, des téléphones et des appareils électroniques, les vêtements de mauvais goût, les odeurs de déodorant, l’architecture
répugnante et, enfin, les discussions imbéciles dans les lieux publics. Toutes ces agressions, choisies au hasard, ne nuisent-elles pas à ma santé mentale et physique ? Ne suis-je pas leur
consommateur passif ?
Réfléchissons plutôt à tout ce que l’on perd avec ces interdits envahissants contre les fumeurs et aux conséquences que cela peut avoir. La culture des cafés et le folklore urbain vont
indéniablement disparaître, mais, pour comprendre ce que représente une petite cigarette, il faut chercher plus loin. Il y a quelques années, j’ai travaillé dans une société qui avait opté pour
le modèle américain (et désormais européen) d’organisation du travail : pour optimiser l’efficacité du travail tout en restant “politiquement correcte”, elle a poussé ses fumeurs hors des
bureaux, puis hors des couloirs et, enfin, hors du bâtiment. Or, pour les journalistes fumeurs, dont j’étais, la cigarette représentait autre chose qu’un simple ravitaillement en nicotine. La
pause cigarette était un rituel, une décompression salutaire, un moment permettant de libérer des idées encastrées dans une voie sans issue, une révolte inconsciente contre le temps physique, où
l’on revenait à soi, à sa dignité humaine, tout en expirant et en inspirant.
Tant que l’on ne comprendra pas la signification culturelle de la cigarette, cette petite folie malsaine, on aura tendance à vivre et à travailler plus sainement, plus rationnellement et plus
efficacement, mais on aura oublié la dimension humaine de la vie. C’est pourquoi je me dis que l’on devrait conserver soigneusement certains vices. Bref, savoir évaluer le moindre mal.
(Je déclare sur l’honneur qu’aucune cigarette n’a été fumée au cours de la rédaction de cet article.)"
Auteur : Tomás Vystrcil pour Lidové Noviny
Tonton Daniel