une maison pour un dollar

Publié le 10 Septembre 2008


Bonjour à tous


Nouvelle pièce au dossier sur l'"Amérique pauvre", cet article incroyable de Rupert Cornwell paru dans The Independent et repris dans Courrier International n° 930 du 28 août 2008 :


"La ville de toutes les catastrophes. La décrépitude de Detroit, berceau de l’industrie automobile, symbolise les difficultés actuelles de l’économie américaine. Une page se tourne dans l’histoire du pays.


La principale industrie de la ville est en train de s’effondrer. Son maire, acclamé il y a encore sept ans comme son sauveur mais aujourd’hui inculpé d’une dizaine de délits graves, est la risée du pays. Et une maison vient de s’y vendre pour la somme symbolique de 1 dollar, pas plus qu’un cheeseburger chez McDonald’s. Et encore a-t-il fallu trois semaines pour lui trouver un acquéreur. Quel pire affront pourrait connaître une grande ville américaine ? Le lecteur aura probablement compris qu’il s’agit de Detroit, dans le Michigan, une ville dont le nom incarne à lui seul la crise de l’industrie automobile américaine.
Un habitant sur trois y vit aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté. Sa population, qui a diminué de moitié depuis 1950, ne dépasse pas 900 000 habitants. Même les morts quittent la ville : The Detroit News vient de rapporter que l’on compte un défunt pour 30 vivants qui partent. Car les familles redoutent de se rendre dans les cimetières, situés dans des quartiers où la criminalité est très élevée, et préfèrent enterrer leurs morts dans des banlieues majoritairement blanches, plus sûres.
A-t-on déjà vu une grande ville américaine connaître un tel déclin en si peu de temps ? Car, ne nous y trompons pas, Detroit est encore une grande ville. Lorsqu’on s’y promène, on sent l’Histoire à chaque coin de rue. Detroit est le berceau de la révolution industrielle américaine, mais pourrait aussi devenir son tombeau. Elle a été le point de convergence de vastes flux migratoires – d’Européens puis de Noirs, qui s’y sont installés avant de la quitter –, des flux qui ont symbolisé les changements de grande ampleur survenus dans la so­ciété américaine au cours du siècle dernier. Detroit porte les séquelles d’émeutes raciales, mais elle est aussi le lieu de naissance de la musique Motown [dont la figure de proue est le chanteur Marvin Gaye. Motown est une contraction des mots motor et town, signifiant “la ville du moteur”. C’est à la fois un surnom accordé à Detroit, le nom d’un type de musique et du label qui l’a popularisée]. Cette ville est synonyme de dégradation du tissu urbain. Entre les boulevards et les gratte-ciel du centre-ville, il existe un autre Detroit, beaucoup plus étendu, qui est pris dans le cercle vicieux du déclin démographique et de la baisse des revenus, et qui, avec la suppression de services vitaux qui en résulte, connaît un exode encore plus important. Ce Detroit-là connaît un taux de pauvreté de 28,5 %, le plus élevé du pays, et le second taux de saisie de biens hypothéqués.
Comme beaucoup de choses à Detroit, la vente de la maison à 1 dollar est un exemple extrême de la tendance nationale. Cette maison avait été achetée en novembre 2006 pour 65 000 dollars, après quoi elle a été saisie et condamnée avant d’être pillée. En janvier dernier, pour tenter d’éponger un important montant d’impayés en impôts et en factures de gaz et d’électricité, la banque qui l’avait rachetée a ramené son prix à 1 100 dollars.
Mais, comme elle ne trouvait toujours pas d’acquéreur, elle a fini par la brader à 1 dollar, prix auquel une habitante de Detroit l’a achetée en guise d’investissement. Certes, toute la ville n’est pas dans cet état. Mais le pire ennemi de Detroit pourrait bien être sa tendance à l’autodestruction. A l’occasion du Super Bowl de février 2006 [finale du championnat de football américain], la municipalité a fait raser les anciens locaux du label de musique Motown pour construire un parking. N’aurait-il pas été préférable d’en faire un musée ?
Pour ce qui est de causer sa propre perte, rien ne saurait égaler le record de Kwame Kilpatrick, élu en 2001. “Je me présente à vous en tant que fils de Detroit”, a déclaré le charismatique maire dans un discours d’investiture enflammé. Mais le fils en question s’est avéré prodigue en casseroles, impliqué dans une série invraisemblable d’affaires de mœurs, de corruption, de parjure et de voies de fait. En mars dernier, après avoir été inculpé pour douze infractions graves, M. Kilpatrick a été placé en liberté surveillée, mais, ayant violé les règles de la liberté conditionnelle en s’étant rendu à Windsor, dans l’Ontario, il a dû passer une nuit en prison. Le lendemain, il a demandé qu’on lui retire son bracelet électronique pour pouvoir assister à la Convention démocrate. Le 14 août, un juge de l’Etat l’a dispensé de l’obligation de port du bracelet, mais un juge fédéral a aussitôt rétabli cette obligation. Si le feuilleton politique de Detroit se prolonge, il pourrait mettre Barack Obama en difficulté. La ville, très largement démocrate, représente la plus grande concentration d’électeurs noirs du pays. Cependant, les quatre cents coups du maire ont entamé la réputation de la branche locale du parti. Le conseil municipal a déjà demandé à Jennifer Granholm, la gouverneure du Michigan, de destituer M. Kilpatrick. Mais son remplacement ne suffira pas à sauver la ville. Lors de ma première visite à Detroit, en 1993, j’ai acheté pour mon jeune fils un tee-shirt qui portait l’inscription : “M’emmerde pas, j’ai des potes à Detroit”. Déjà à l’époque, la ville était dans une passe difficile, mais elle conservait des relents du machisme d’antan. Quinze ans plus tard, un autre tee-shirt ne reflète qu’un sentiment de désespoir : “On ne laisse pas ses amis vivre à Detroit.” 


Quel que soit le futur président des Etats-Unis, il aura fort à faire pour résoudre la crise économique, immobilière et financière dans son pays. Suite à la "nationalisation" déguisée et à la recapitalisation des deux agences de refinancement hypothécaires Fanny Mae et Freddy Mac, le déficit budgétaire des Etats-Unis atteindrait désormais le chiffre hallucinant de 490 milliards de dollars ! D'après le magazine Capital de septembre 2008, l'inflation vient également d'y atteindre un nouveau record avec 5 % sur les douze derniers mois. Quant au chômage américain, il bat lui aussi des records avec un taux de 5.7 % en hausse de 23 % sur un an !
Et pour finir, un mot sur la durée légale du travail : d'après le site L'express.fr, "le nombre hebdomadaire d'heures travaillées (aux Etats-Unis) a reculé à 33,6 en juillet contre 33,7 en juin"... (confirmation sur http://travail-chomage.site.voila.fr/us/us_duree_travail.htm - texte de 2007 ou sur http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43071 - texte de 2008). Moins que nos fameuses 35 heures... Conclusion : les américains consomment mais ne travaillent plus, ils sont donc obligés de vivre à crédit, et quand la machine s'emballe et se dérègle, c'est la crise !


http://tontondaniel.over-blog.com/article-14020769.html


Tonton Daniel


Rédigé par tonton daniel

Publié dans #USA

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