microcrédit
Publié le 17 Octobre 2006
Bonjour à tous
Aujourd'hui, retranscription intégrale de la rubrique matinale de Bernard Maris sur France Inter et
que j'ai trouvé si juste et pleine de bon sens que je voulais vous la faire partager :
"Retour sur le prix Nobel de la Paix décerné à un économiste Mohammed Yunus, fondateur de la Grameen Bank.
Est-il logique de décerner le Nobel de la paix à un économiste ?
Oui, la logique est totale. Car, pour les économistes, en principe le commerce rend les gens pacifiques.
Quel serait l’intérêt de nations pratiquant le commerce de se faire la guerre ? Aucun.
Montesquieu parlait du « doux commerce ». Il disait que les nations commerçantes ont les mœurs douces.
Il pensait à l’Angleterre. Ce n’est pas très vrai, hélas : l’histoire de l’Angleterre ne montre pas
une très grande douceur. Et puis la France et l’Allemagne, nations dont le commerce n’a cessé de croître
depuis Waterloo se sont étripées en 14 et ont remis ça en 40.
Et aujourd’hui la mondialisation ne rend pas le monde plus doux et plus calme.
Mais l’idée de Mohammed Yunus, le prix Nobel, est beaucoup plus simple : il faut que les plus humbles,
les plus malheureux, les plus pauvres puissent s’en sortir, et la prospérité adoucit les mœurs.
Mais comment s’en sortir quand on n'a rien ? Moins de deux dollars par jour, comme plus d’un milliard
d’êtres d’humains ? Que l’on est soumis à un terrible apartheid bancaire ?
L’idée c’est le microcrédit, le crédit minuscule, 300 dollars en moyenne, qui est la contrepartie
d’une activité ; d’une microentreprise ; une machine à coudre, un métier à tisser, un vélo
pour porter de la soupe, une vache pour faire du lait et des yaourts etc.
R : Le microcrédit c’est le contraire de l’assistance et de la charité ?
C’est un crédit fondé sur la confiance et le devoir de rembourser.
Près de 100 millions de personnes bénéficient de microcrédits dans le monde, et 98% remboursent.
Un taux de remboursement plus élevé que dans le crédit classique.
En qui a-t-on confiance ? Dans les femmes, qui sont solidaires entre elles et qui sont
les gestionnaires de base. « Oikos nomos », c’est la gestion de la maison.
« Manager » est un terme qui vient de ménagère (on disait de Sully qu’il était le bon mesnager de la France).
Le microcrédit n’est pas gratuit, mais il brise l’usure. Les taux sont élevés : 20 à 30% par an
(que l’on compare avec les taux du crédit ordinaire qui sont de l’ordre de 2 à 3% aujourd’hui !!),
mais ils sont beaucoup moins élevés que les taux usuraires (de l’ordre de 20 à 30% par mois !!!)
En France il faut évidemment citer Maria Novak, pionnière du microcrédit en France avec son association
l’Adie (association pour le droit à l’initiative économique).
Mais le microcrédit ne représente pas grand chose, au Bengladesh, il représente 1% du PIB.
En France on dénombre 6740 microcrédits ; C’est faible.
Pendant ce temps, les grandes banques regorgent de profits et d’argent, et ne prêtent qu’aux riches.
Et pourtant, curieusement, beaucoup de ces banques sont issues de la culture associative et de l’aide
aux plus pauvres, comme le Crédit agricole, l’une des plus grosses banques du monde."
Tonton Daniel