grace mugabe
Publié le 29 Juin 2008
Bonjour à tous
Aujourd'hui, le dictateur zimbabwéen Robert Mugabe s'est fait réélire président de son pays à l'âge de 84 ans après une parodie d'élection dénoncée par le reste de la planète. Un article de Chiko
Chikaya pour Mail & Guardian paru dans Courrier International n° 920 du 19 juin 2008 nous éclaire un peu plus sur le système en place en dressant le portrait de l'épouse du président, Grace
Mugabe, de 40 ans sa cadette, digne héritière de Lucrèce Borgia, de Marie-Antoinette et d'Imelda Marcos :
"L’épouse de Robert Mugabe, Grace, est détestée par la population zimbabwéenne. Son goût pour le pouvoir et le shopping provoque la colère d’une société civile qui se sent méprisée.
Sa Grâce a parlé. La femme de Robert Mugabe a déclaré, avec toute l’autorité d’une première dame : “Morgan Tsvangirai ne mettra jamais les pieds à la Maison blanche [palais présidentiel].” Elle
l’aurait même dit de façon plutôt imagée : “Morgan peut toujours rêver et admirer la Maison blanche de l’extérieur, mais, même si Robert perdait, Morgan n’en verrait jamais l’intérieur.”
Du Grace au mieux de sa forme. L’audace. L’arrogance. Qu’aucune biographie du personnage n’ait encore été rédigée reste un mystère. Nous savons tous qu’elle dispose de pouvoirs considérables et
qu’elle exerce une redoutable influence sur le dirigeant présumé du Zimbabwe.
Mais qui diable est Grace Marufu Mugabe ? G, Gigi ou Gire (nous ne manquons pas de surnoms pour elle) reste l’incarnation du ridicule aux yeux des Zimbabwéens. Elle est arrivée aux commandes à la
suite d’une promotion canapé. Elle était la secrétaire de Mugabe, et l’on ne peut qu’imaginer ce qui s’est dit et fait entre le vieillard et la belle et vaine jeune femme.
Nos deux tourtereaux ont tout d’abord dû régler un détail : chacun d’eux était marié. L’épouse de notre cher dirigeant était mourante, et la secrétaire avait son aviateur de mari. Facile : il a
suffi d’envoyer l’aviateur en formation permanente en Chine. Puis G n’a plus eu qu’à prendre son mal en patience en attendant l’inévitable, le décès de la première dame. Tout cela sous le sceau
du secret. Deux enfants plus tard, un mariage est orchestré, mais pas avant que deux journalistes n’aient été accusés de diffamation pour nous avoir prématurément donné quelques détails sur un
mariage civil entre notre Cher Dirigeant et la Secrétaire. Leur crime avait été de mettre noir sur blanc ce que nous savions tous.
Quelques mois plus tard, le mariage de G est célébré avec un faste inouï ; tous les dirigeants de la SADC (Communauté pour le développement de l’Afrique australe) sont là pour féliciter le
jeune-vieux couple. Mais nous autres, les Zimbos [les Zimbabwéens] de base, nous avons compris que nous allons déguster. Marie-Antoinette et Imelda Marcos se sont réincarnées dans l’ancienne
secrétaire. Elle achète par camions entiers – Gucci, Vuitton, Jimmy Choo, au choix. Mais, comme elle n’est en réalité qu’une villageoise parvenue, son côté mal dégrossi a du mal à disparaître.
Vous pouvez piller les caisses de l’Etat autant que vous le voulez, la classe, ça ne s’achète pas. Et, bien sûr, elle n’est pas la plus discrète des femmes. L’un de ses nombreux amants se
trouverait actuellement six pieds sous terre (victime d’un accident de voiture suspect) et un autre serait en fuite à Londres. N’étant pas particulièrement intelligente, elle ne nous a pas laissé
beaucoup de grandes phrases. Il fut un temps où elle parlait de nous comme de “mon peuple”. Ce qui avait de quoi nous faire frissonner.
Grace a pillé les fonds destinés aux fonctionnaires
Son mari venait de revendiquer le pays comme étant sa propriété privée (“Tony Blair, gardez votre Angleterre, moi, je garde mon Zimbabwe”), et maintenant, c’était elle qui nous revendiquait,
nous. Visions de plantations et d’esclaves. Du roi Léopold III au Congo. Puis elle a pillé les fonds mis de côté par les fonctionnaires dans l’espoir de bénéficier d’un logement construit par
l’Etat. Ce butin en poche, elle a fait ériger un abominable Neverland [ranch de Michael Jackson], surnommé “Graceland”. Où elle n’a jamais passé une nuit. Un jour où on lui demandait comment elle
avait accumulé ses richesses, elle a répondu en toute sincérité (avec son rouge à lèvres flamboyant et la moue méprisante) : “Ndinongosona zvinhu ndichitengesa [Je fais mes vêtements moi-même, et
je les vends].” Ma tante de 70 ans a manqué en tomber de sa chaise. Grace a parfois cet effet-là sur les gens.
Mais il lui arrive aussi d’être créative. Comme lorsqu’elle a suggéré que les premières dames africaines se réunissent tandis que ces messieurs s’occupaient des affaires importantes. Lors de
l’une de ces rencontres, elle s’est retrouvée en compagnie de Mariam Abacha, l’épouse de cet infâme dictateur [Sani Abacha, qui a dirigé le Nigeria de 1993 à 1998]. Plus tard, Mariam allait être
arrêtée à l’aéroport, en route pour l’Arabie Saoudite avec des valises bourrées de milliards de dollars. Son époux venait de mourir brutalement (au lit avec des prostituées), non sans avoir au
préalable carotté environ 5 milliards de dollars. Gigi se souvient-elle de tout cela ? Voit-elle le parallèle ? J’en doute.
G, du reste, est une déception dans un domaine auquel les Zimbos accordent une grande importance. Elle n’est pas particulièrement douée pour les études. Elle a raté son bac alors qu’elle vivait
déjà dans la grande maison blanche. Dans un pays où l’on attache une grande valeur à l’éducation, voir une quasi-illettrée aux côtés de quelqu’un qui s’enorgueillit d’avoir décroché sept diplômes
universitaires (sans compter ses compétences dans le secteur de la violence) était un scandale national. Aujourd’hui, nous ne pouvons que nous inquiéter un peu plus. La vue de Bob ne s’arrange
guère. Qui va lui lire le Mail & Guardian ? G aurait du mal avec une phrase comme “le Zimbabwe est un désastre total”. Bob lui-même, probablement poussé par Gire, a exigé du rédacteur en chef
du Herald [le grand quotidien gouvernemental] : “Merci d’augmenter la taille des caractères pour que je puisse lire.” Par conséquent, vous autres patrons de presse du Cap et de Johannesburg, qui
êtes en train de vous demander ce que vous pourriez bien dénicher comme nouveau best-seller, voici un indice : Gigi, mémoires d’une première dame."
http://tontondaniel.over-blog.com/article-12814845.html
Tonton Daniel