Bonjour à tous
A travers mon expérience personnelle, voici une nouvelle pièce à verser dans le dossier "pragmatisme et idéologie" : j'ai passé mon permis de conduire en 1984 pour répondre à un besoin social et
à une tradition culturelle, bref "pour faire comme tout le monde", mais depuis 25 ans je n'ai jamais eu de voiture ! Ce qui fut à la base un choix pragmatique et financier ne fut en rien une
révolte contre l'ordre établi, une vision écologique ou de la décroissance avant l'heure !
Transports en commun pour les trajets professionnels, vélo pour les balades, taxi pour les retours nocturnes, livraisons pour les courses encombrantes, train ou avion pour les vacances, j'ai
avant tout bénéficié du fait d'habiter et de travailler en région parisienne et de n'avoir pas d'enfants à transporter.
Malgré les grèves et les retards subis dans les transports en commun, malgré quelques occasions ponctuelles de prendre le volant, je me réjouis aujourd'hui de ce choix de vie qui a permis une
épargne immobilière et réduit les contraintes matérielles, qui a contribué à réduire la pollution générale... et qui servira peut-être à faire quelques adeptes parmi mes lecteurs !
Vous ayant confié tout cela, vous comprendrez le plaisir que j'ai eu à lire l'article de Sibylle Hamann paru dans Falter et repris dans Courrier International n°975 du 9 juillet 2009 :
"S’en passer serait si facile !
La voiture réduit notre espace public, notre mobilité et notre champ de vision… Le magazine écolo autrichien propose une autre voie.
Il en va des voitures comme des cigarettes : plus on en consomme, plus on les croit indispensables. Il y a d’abord le café du matin, suivi du long regard dans le vide, puis la petite pause
pendant que l’ordinateur démarre et le soupir de fatigue après un coup de fil pénible. Quand un fumeur essaie de se figurer tous ces instants sans cigarette, ils lui apparaissent comme une
interminable succession de moments de frustration et de torture. Quel rapport entre le non-fumeur et le non-conducteur ? Tous deux se définissent par la négative, comme si ce qui leur manquait
était essentiel. Rectifions cette erreur fondamentale une bonne fois pour toutes : merci, non, il ne leur manque absolument rien. Car, contrairement à une opinion répandue, la voiture n’est pas
synonyme de liberté mais de contrainte. Et son absence, non un handicap mais une source de mobilité. Une mobilité différente.
Cela tient à la nature même de la ville. Celle-ci incarne, par définition, la notion de densité. La ville est le lieu où se concentrent les multitudes sur un espace restreint, des distances
réduites. De San Gimignano, au Moyen Age, au Manhattan ou au Tokyo d’aujourd’hui, la ville tend naturellement à gagner en hauteur plutôt qu’en superficie. Or, la voiture représente un concept
diamétralement opposé et n’a que faire de la verticalité urbaine. Exigeant de la place pour manœuvrer, elle force la ville à s’étendre horizontalement et à générer d’importants espaces morts et
inutilisables pour les habitants. Voyez non seulement Los Angeles, mais même Vienne et toutes les places de parkings devant les centres commerciaux et les zones pavillonnaires. Celui qui se
déplace à pied, à vélo ou en transport en commun est maître de ses mouvements. Il peut à tout moment s’arrêter, avancer, faire demi-tour. Lieu de communication et de rencontres inattendues, la
rue est l’espace public par excellence. Pour les voitures, au contraire, qui ne vont que d’un parking à un autre, le chemin entre les deux n’a pas d’importance. La voie publique se trouve réduite
à l’état de simple intervalle devant être traversé avec ou plus ou moins de difficulté.
Sans voiture, il faut porter davantage de choses. Et, quand il faut porter tout ce dont on a besoin, on finit généralement par gaspiller moins. A vivre sans voiture, on consomme donc
différemment. Au lieu de passer son samedi après-midi à remplir le coffre de son véhicule pour satisfaire aux besoins de la famille, on butine continuellement dans les échoppes près de chez soi.
C’est ainsi que l’on permet aux petits commerçants de vivre – ce qui fait précisément la spécificité de la vie citadine.
Notre esprit est encombré par des histoires de pneus neige
Il est normal que tous ces petits commerces se concentrent davantage dans les centres-villes plutôt qu’à la périphérie. Mais ceux qui songent à s’installer en banlieue pour faire plaisir à leurs
enfants se trompent lourdement. Faute de distances réduites, les enfants ne peuvent aller nulle part sans voiture (avec parents ou adultes assimilés). Aussi étrange que cela puisse paraître, la
proximité et la densité des infrastructures urbaines et des transports en commun augmentent notre mobilité et notre liberté.
Certes, habiter en ville n’est pas donné à tout le monde, pourra-t-on objecter. C’est vrai, mais l’addition n’est plus tout à fait la même lorsqu’on supprime le budget automobile pour augmenter
celui du logement. Il en reste même assez pour les frais de taxi. Toujours à propos d’argent et pour aborder l’un des aspects les plus pernicieux de la possession d’une voiture, notons qu’un
véhicule exige de justifier son existence. Autrement dit : puisqu’il est là, autant s’en servir et rentabiliser son acquisition.
Chaque déplacement, chaque voyage a son moyen de transport idéal. Les enfants vont à l’école à vélo, on loue un camion pour déménager, on se fait livrer les caisses de vin, on rentre de soirée en
taxi et les bagages sont acheminés (si tout va bien) en chemin de fer. Ne pas avoir de voiture, cela signifie pouvoir choisir la solution la plus adaptée à chaque situation. La possession d’un
véhicule limite fortement ce choix puisque toute dépense s’ajoute au budget automobile.
La voiture nous limite. Elle réduit notre mobilité, notre champ de vision, notre budget et notre espace public. Elle ne consomme pas seulement de l’essence mais du temps, que nous pourrions
consacrer à nos proches ou à diverses activités. Elle encombre notre esprit avec des histoires de pneus neige, de contraventions, de siège bébé, de carrosserie éraflée, de tickets de parking, de
péage, de coffre à ranger et de décomptes de kilomètres à défalquer des impôts. Quel plaisir de se débarrasser de tout cela ! C’est totalement sans douleur".
Tonton Daniel