Publié le 18 Février 2017


Bonjour à tous

Paru en 1532 en pleine Renaissance dans une Europe perpétuellement en guerre, "Le Prince" du conseiller politique et philosophe florentin Nicolas Machiavel aurait pu être sous-titré "De l'art de gouverner" ou "De la difficulté de conquérir et de conserver le pouvoir". Opposant "virtù" princière et "fortuna" extérieure et s'appuyant sur l'analyse de nombreux exemples historiques, l'auteur "ose donner des règles de conduite à ceux qui gouvernent", explique sans passion que les vices sont nécessaires au pouvoir, que la fin peut justifier les moyens et que la loi du plus fort est un mal nécessaire qui doit l'emporter sur les lois humaines...

Pour Machiavel, dans une Italie où règnent familles et corporations au gré d'alliances plus ou moins diplomatiques, un homme peut se procurer le pouvoir par ruse, trahison, mensonge ou violence mais doit alors oublier Gloire et Honneur. Arrivé au pouvoir, il ne doit pas être obligé de respecter ses promesses ni hésiter à être cruel pour l'intérêt général, doit savoir être hypocrite et n'avoir qu'une seule occupation, la guerre. Il doit aussi fuir les flatteurs, savoir s'entourer d'hommes compétents et intelligents et ne pas hésiter à s'engager dans un conflit en refusant toute neutralité. Enfin, le Prince doit être craint plutôt qu'aimé car selon Machiavel les hommes sont par nature faibles, naïfs, peureux, cupides et serviles. Quant aux femmes de sa cour, à peine évoquées au chapitre XXV, elles sont faibles par nature et doivent donc être dominées, battues et bousculées...

Cette vision amorale et ces conseils cyniques feront très vite entrer l'adjectif "machiavélique" dans les dictionnaires et le langage courant. Quelques penseurs, désirant sans doute illustrer leurs propres combats et prêtant à Machiavel un discours... machiavélique, ont cru voir en filigrane de l'oeuvre une apologie de la République et un désir d'unifier l'Italie. Il reste cependant plus vraisemblable que le texte était réellement destiné à conseiller la conquête du pays par la famille Médicis, à poser les bases d'un "gouvernement à la florentine" et à justifier la présence d'un courtisan très pragmatique à la cour de Florence !

Dédié à Laurent de Médicis, "Le Prince" a sans doute été le livre de chevet de nombreux dirigeants politiques depuis sa parution. Le chapitre III, par exemple, justifie beaucoup d'exemples modernes comme l'annexion de la Crimée par la Russie de Vladimir Poutine, la colonisation israélienne en Palestine ou la colonisation chinoise au Tibet. Le stratège Napoléon Bonaparte s'est peut-être inspiré du chapitre XIV qui conseille la reconnaissance du terrain avant tout conflit militaire. Le président turc Recep Erdogan a-t-il lu le chapitre XIX et compris qu'il devait s'appuyer sur son peuple pour combattre les rebelles de son armée en 2016 ? Quant à Louis XIV, le chapitre XXII lui a peut-être inspiré la disgrâce de l'orgueilleux Fouquet...

Agée de cinq siècles, l'oeuvre a souvent été commentée et reste toujours d'actualité. Un article récent du magazine L'Express ne comparait-il pas Donald Trump au Prince de Machiavel en rapportant les premières lignes du chapitre VII du célèbre traité ? "Ceux qui, de simples particuliers, deviennent princes seulement par un coup de la fortune, obtiennent sans grand effort cette élévation, mais doivent peiner beaucoup à s'y maintenir ; leur chemin a été uni, ils ont volé vers le pouvoir : c'est ensuite que naissent les difficultés".

Tonton Daniel

 

le prince

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

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Publié le 14 Février 2017


Bonjour à tous

"Quand je vois des vivants la multitude croître
Sur ce globe mauvais de fléaux infesté,
Parfois je m’abandonne à des pensers de cloître,
Et j’ose prononcer un voeu de chasteté..."

Par cette première strophe pessimiste commence l'étonnant poème sobrement intitulé "Voeu" composé en 1875 par le poète français Sully Prudhomme, membre de l'Académie française en 1881 et premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901. Bien que l'économiste britannique Thomas Malthus ait déjà publié dès la fin du XVIIIe siècle son célèbre "Essai sur le principe de population" qui envisage une pénurie de ressources alimentaires face à une démographie galopante, Sully Prudhomme n'évoque pas ici un phénomène de surpopulation planétaire mais bien le fléau de la guerre, la misère sociale et les inégalités de classe.

Strophe après strophe, face à ces fatalités et ces malédictions insupportables, le conteur prône donc la raison, fait voeu de chasteté et renonce de manière très romantique à donner la vie. En refusant d'imposer le malheur inévitable à un éventuel héritier, il livre une réponse visionnaire à des questions aujourd'hui très modernes, dénatalité volontaire ou décroissance démographique. Très éprouvé par la guerre de 1870, Sully Prudhomme termine son poème par un message pacifiste et utopique de justice et de paix qui a peut-être inspiré aux partisans du néomalthusianisme à la fin du XIXe siècle la doctrine de ne pas "produire de chair à canon pour les guerres et l'exploitation des bourgeois"...

Tonton Daniel

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sully_Prudhomme

http://tontondaniel.over-blog.com/article-essai-sur-le-principe-de-population-53749284.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-denatalite-volontaire-109540135.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-ginks-70990482.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-24069603.html

 

"Voeu

Quand je vois des vivants la multitude croître
Sur ce globe mauvais de fléaux infesté,
Parfois je m’abandonne à des pensers de cloître,
Et j’ose prononcer un voeu de chasteté.

Du plus aveugle instinct je me veux rendre maître,
Hélas ! Non par vertu, mais par compassion ;
Dans l’invisible essaim des condamnés à naître,
Je fais grâce à celui dont je sens l’aiguillon.

Demeure dans l’empire innommé du possible,
Ô fils le plus aimé qui ne naîtra jamais !
Mieux sauvé que les morts et plus inaccessible,
Tu ne sortiras pas de l’ombre où je dormais !

Le zélé recruteur des larmes par la joie,
L’amour, guette en mon sang une postérité.
Je fais voeu d’arracher au malheur cette proie ;
Nul n’aura de mon coeur faible et sombre hérité.

Celui qui ne saurait se rappeler l’enfance,
Ses pleurs, ses désespoirs méconnus, sans trembler,
Au bon sens comme au droit ne fera point l’offense
D’y condamner un fils qui lui peut ressembler.

Celui qui n’a pas vu triompher sa jeunesse
Et traîne endoloris ses désirs de vingt ans,
Ne permettra jamais que leur flamme renaisse
Et coure inextinguible en tous ses descendants !

L’homme à qui son pain blanc maudit des populaces
Pèse comme un remords des misères d’autrui,
À l’inégal banquet où se serrent les places
N’élargira jamais la sienne autour de lui !

Non ! Pour léguer son souffle et sa chair sans scrupule,
Il faut être enhardi par un espoir puissant,
Pressentir une aurore au lieu d’un crépuscule
Dans les rougeurs que font l’incendie et le sang ;

Croire qu’enfin va luire un âge sans batailles,
Que la terre s’épure, et que la puberté
Doit aux moissons du fer d’incessantes semailles
Pour que son dernier fruit mûrisse en liberté !

Je ne peux ; j’ai souci des présentes victimes ;
Quels que soient les vainqueurs, je plains les combattants,
Et je suis moins touché des songes magnanimes
Que des pleurs que je vois et des cris que j’entends.

Puisqu’elle est à ce prix, la victoire future
Qui doit fonder si tard la justice et la paix,
Ne vis que dans mon coeur, ô ma progéniture,
Ignore ma tendresse et n’en pâtis jamais ;

Que ta mère demeure imaginaire encore,
Que, vierge, ayant conçu hors de l’hymen banal,
Sans avoir à souffrir plus qu’un lis pour éclore,
Elle enfante à l’abri de l’épreuve et du mal.

Sa beauté que j’ai faite et n’ai pas possédée
(Car les yeux de mon corps n’ont rien vu de pareil)
Vêt la splendeur pudique et fière de l’idée
Qui fuit l’argile et peut se passer du soleil !

Ainsi, je garderai ma compagne et ma race
Soustraites, en moi-même, aux cruautés du sort,
Et, s’il est vain d’aimer pour qui jamais n’embrasse,
Du moins, exempts du deuil, nous n’aurons qu’une mort !"

(Recueil Les vaines tendresses - 1875)

 

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #démographie

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Publié le 13 Février 2017

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Publié dans #paroles et musique

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Publié le 12 Février 2017

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #internet et informatique, #humour

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Publié le 8 Février 2017


Bonjour à tous

Le saviez-vous ? Parmi les 193 drapeaux nationaux reconnus aujourd'hui par les Nations Unies, ceux du Guatemala et du Mozambique sont les seuls sur lesquels sont représentées des armes à feu. Si, depuis 1871, le premier porte deux fusils et deux sabres en croix qui indiquent "la volonté du pays de se défendre par la guerre si nécessaire", le second est orné d'un très moderne fusil d'assaut AK-47 ! Créé en 1947 par le russe Mikhaïl Kalachnikov, le célèbre fusil qui symbolise au Mozambique "les combats du peuple pour l’indépendance du pays" et "la détermination du peuple à protéger sa liberté" est également présent sur les armoiries du pays où il est croisé avec une houe, symbole des paysans et de l'agriculture, ainsi que sur le drapeau du Hezbollah chiite libanais.

Adopté en 1983, le drapeau du Mozambique a failli être modifié en 2005 par le gouvernement de Maputo mais le projet a été abandonné suite aux vives révoltes de la population mozambicaine. Ne dit-on pas que pendant le conflit armé qui amena le Mozambique à l'indépendance dans les années 70, de nombreux soldats prénommaient "Kalach" leurs fils nouveaux-nés...?

Peu coûteux, fiable, précis, rapide, léger, robuste et facile d'entretien, le AK-47 a été fabriqué ou reproduit frauduleusement sans aucun contrôle international à plus de 100 millions d'exemplaires depuis sa création. Copiée avec ou sans licence partout dans le monde, depuis la Chine jusqu'à Cuba en passant par la Finlande et la Corée du nord, "la meilleure arme individuelle du monde" a servi à toutes les révolutions et à toutes les armées officielles, aux guérillas urbaines et aux terroristes religieux, sur tous les terrains de combat et toutes les zones de conflit depuis la deuxième guerre mondiale. Car les contrefaçons tuent tout aussi bien que l'original !

Quant à Mikhaïl Kalachnikov, homme le plus décoré de Russie, il est décédé en 2013 à l'âge de 94 ans. Il déclara un jour avoir inventé son arme pour défendre sa patrie et être fier "qu’elle soit devenue pour beaucoup synonyme de liberté". De son propre aveu, il ne regretta jamais le succès de son fusil mitrailleur malgré les innombrables victimes que celui-ci a faites depuis 70 ans !

Aujourd'hui, le mythe perdure. L'Etat russe vient d'annoncer la privatisation partielle de la société Kalachnikov, propriété du groupe Rostec et toujours fabricant officiel du fusil AK-47. Les affaires sont si florissantes que la société a annoncé la création de 1700 emplois en 2017, le lancement de nouveaux modèles et la vente de nombreux produits dérivés, parapluies, briquets, vodka, mugs ou T-shirts portant le slogan "Kalachnikov, tested all over the world"... Toujours sous embargo depuis l'intervention de la Russie en Ukraine et afin de contourner celui-ci, la société russe prévoit même de délocaliser une partie de la production de son produit-phare sur le territoire de l'Oncle Sam. Une production locale qui devrait plaire au nouveau locataire de la Maison Blanche et lui inspirer peut-être un nouveau drapeau ?

Tonton Daniel

 

kalachnikov AK-47
kalachnikov AK-47

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #le saviez-vous, #portraits, #histoire, #actualité, #russie-urss

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