Publié le 20 Juin 2015
Bonjour à tous
Gourmand, jouisseur et passionné, rebelle, buveur et bon vivant, insolent, impertinent et orgueilleux, voici à grands traits le portrait de Filippo Lippi réalisé par la romancière Sophie Chauveau dans "La passion Lippi", premier volume d'un tryptique consacré par elle à trois génies de la peinture avant Botticelli et Vinci. Plus hédoniste qu'épicurien, celui qui fréquentait les bordels de Florence au XVe siècle fut d'abord un orphelin sans racines avant de devenir moine, peintre de renom et ami de son mécène Cosme de Médicis. En perpétuelle recherche de la beauté, il fut un artiste pas très académique, innovant sans cesse et créant de nouvelles perspectives. Toujours en fuite, n'acceptant pas les compromis et peu discipliné au sein d'une corporation très hiérarchisée, il fut surtout le premier peintre de l'Histoire de l'art à faire payer sa signature en plus du travail et de la commande officielle. Après Lippi et grâce à lui, les artisans laisseront la place aux artistes.
Le XVe siècle fut une période aussi riche et mouvementée que la vie tourmentée de Filippo Lippi. Sophie Chauveau évoque pêle-mêle les premières peintures à l'huile, l'Humanisme, la peste noire, Jeanne d'Arc, la chute de Constantinople, l'invention de l'imprimerie, la découverte du Nouveau Monde, les bûchers et les procès pour sorcellerie ! Dans cet inventaire hétéroclite, la biographie romancée permet de retrouver Pierre et Laurent de Médicis et leurs protégés, Fra Angelico, Paolo Uccello, Masaccio, Donatello ou Sandro Botticelli dans une Florence bouillonnante où se succèdent complots de succession, visite au Pape, fêtes dans les cloitres et séjours à la campagne.
Hélas, la forme beaucoup trop sage, lisse et superficielle est en décalage avec le fond du récit. Malgré le décor de Florence, les pigments dorés, les descriptions sensuelles et la multitude de personnages secondaires, la fresque colorée manque parfois de relief dans son cadre flamboyant. Le rythme essoufflé et les phrases courtes ne permettent pas une étude de caractères en profondeur et le style conventionnel et trop académique empêche de retracer le portrait d'un artiste qui n'était ni l'un ni l'autre ! En conclusion, cette "passion" se révèle beaucoup trop... raisonnée et raisonnable ! Un comble !
"La raison sans les passions serait presque un roi sans sujets.” (Denis Diderot - Essai sur les règnes de Claude et Néron)
Tonton Daniel
Sophie Chauveau, née en 1953, est un écrivain, journaliste et metteur en scène français. Sophie Chauveau est née en 1953. Elle a deux enfants. Dans sa jeunesse, elle intègre le Conservatoire ...


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