Bonjour à tous
Antoine Blondin est un auteur un peu oublié aujourd'hui mais qui, en son temps, a défrayé la chronique en raison de ses amitiés d'extrême-droite, de ses articles engagés et de ses frasques
d'écrivain alcoolique. Il fut aussi un célèbre journaliste sportif amoureux inconditionnel du vélo en général et du Tour de France en particulier. Sans aller jusqu'à le comparer à Louis-Ferdinand
Céline, il possédait comme lui des idées pour le moins discutables mais avait comme l'auteur du "Voyage au bout de la nuit" un talent de plume indéniable.
Enfermé dans le multiple carcan du mariage, de l'enseignement national et des institutions françaises d'après-guerre, un jeune professeur des écoles décide un beau matin de se libérer de toutes
les contraintes, révise l'Histoire de France à sa manière, dépense l'argent qu'il n'a pas et prend une maitresse comme on prend un bol d'air salvateur. Problème : on ne fait pas ce que l'on veut
sous le regard de ses voisins, la tutelle de ses beaux-parents, le contrôle de ses collègues, le poids des conventions et la lourdeur de la morale catholique dans le Paris des années 50 et 60,
période pendant laquelle Madame de Gaulle, rappelons-le, refusait de recevoir des hommes divorcés à sa table du palais de l'Elysée ! Tout rentrera dans l'ordre, mais les illusions se seront
envolées...
"Les enfants du bon dieu", paru en 1952, est écrit dans une langue impeccable, dans un style riche et léger, fourmillant d'images aussi amusantes qu'intelligentes. Dans la première partie, les
passages dans lesquels Blondin imagine une nouvelle Histoire de France sont les plus fins, les plus inventifs et l'on pense évidemment au professeur anti-conformiste du "Cercle des poètes
disparus" : "Chacun de mes gestes assure une correspondance avec un évènement mémorable". Cette "transposition" se suffisait à elle-même et aurait pu être le sujet unique du roman, préfigurant
les combats de mai 68 entre une société française sclérosée et une jeunesse avide d'absolu et de liberté. Malgré ses besoins d'émancipation, Antoine Blondin y transpose paradoxalement une
certaine nostalgie et la crainte du futur et des nouvelles technologies.
Hélas, la deuxième partie, relation d'un adultère dans laquelle la religion tient beaucoup de place, parait plus sérieuse et vient alourdir l'ensemble. Le roman y perd beaucoup en grâce et en
intérêt et on cherche encore, après l'avoir refermé, qui sont ces "enfants du bon dieu" qu'il ne faut pas prendre "pour des canards sauvages"...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Blondin
Tonton Daniel