Bonjour à tous
Voici qui va sans doute faire plaisir à Stéphane Hessel ! A travers l'exemple américain, l'article suivant, signé Douglas Rushkoff pour CNN et repris cette semaine dans Courrier International,
résume bien le décalage actuel entre les peuples indignés par l'ordre établi d'un côté, leurs dirigeants, les médias et les milieux d’affaires de l'autre. Quel groupe finira par adopter le
système de pensée de l'autre camp ? Qui l'emportera à terme ? La démocratie directe ou la démocratie représentative ?
"Les médias ne comprennent rien à “Occupy Wall Street” :
Les journalistes jettent un regard hautain sur les “indignés” de New York. Preuve qu’ils sont passés à côté de l’époque, estime un théoricien des médias.
Depuis le début [le 17 septembre] du mouvement d’occupation de Liberty Plaza, à proximité de Wall Street, les journalistes de télévision semblent déterminés à présenter le phénomène comme le fait
d’une génération de “cinglés paresseux incapables de tenir un discours cohérent”. Pensez par exemple à la présentatrice de CNN, Erin Burnett, qui a diffusé un reportage sur les militants
installés dans Zuccotti Park, à Manhattan, dans une rubrique intitulée Seriously ? [“Sérieusement ?”]. “Contre quoi manifestent-ils ?” s’est-elle demandée tout haut. “Personne n’a l’air de bien
le savoir.” Des propos aussi condescendants que réducteurs. Pour être honnête, si certains journalistes des grands médias jugent incohérent le mouvement “Occupy Wall Street”, c’est parce que la
presse est ce qu’elle est : difficile de comprendre un mouvement du XXIe siècle en se fondant sur les schémas de pensée du politique et de la presse hérités du XXe. Car, de fait, nous assistons
là au premier mouvement populaire né sur Internet aux Etats-Unis, un mouvement qui, contrairement à la lutte pour les droits civiques, aux manifestations syndicales ou à la campagne de Barack
Obama, n’est pas inspiré par un leader charismatique, ne peut pas résumer ses aspirations à quelques slogans accrocheurs et n’est pas fédéré par un objectif précis. C’est vrai, les dénonciations,
les exigences et les objectifs des manifestants de Wall Street sont multiples : la protection de l’environnement, un remède contre la corruption du gouvernement, le chômage, les écarts de
richesse grandissants, etc...
Mais “Occupy Wall Street” rassemble des individus provenant d’horizons variés, qui pâtissent de différents aspects d’un seul et même système, aspects qui sont à leurs yeux les divers symptômes
d’un même problème de fond. Sont-ils en mesure aujourd’hui de définir avec précision la nature de ce problème et les moyens de le résoudre ? Pas encore. En tout cas pas plus ou pas moins que le
Congrès ou le président de ce pays, qui vivent sous l’emprise des milieux d’affaires. Ce mouvement n’a pas connu une genèse traditionnelle. Il est le produit de la culture décentralisée propre à
cette ère des réseaux et, ainsi, cherche moins à triompher qu’à durer. Il ne s’agit pas de militer pour un seul homme, mais de rassembler les énergies et de chercher, à tâtons, le consensus. Ce
mouvement ressemble à Internet. Il s’inspire d’un nouveau collectivisme et du grand village des manifestants égyptiens [sur la place Tahrir au Caire]. A travers leur mobilisation, les
manifestants d’“Occupy Wall Street” nous montrent la voie vers une organisation aux antipodes du système actuel qui favorise les investisseurs et les grands médias et leur permet de dicter leur
loi d’en haut."
http://tontondaniel.over-blog.com/article-indignez-vous-65122010.html
Tonton Daniel