Bonjour à tous
Quel plaisir d'avoir trouvé cet article rédigé par Sophie Fay dans le Nouvel Observateur du 4 décembre ! Non seulement il résume tès bien la situation de crise actuelle et les revirements
idéologiques de nos dirigeants, mais en plus, fierté personnelle, j'y ai trouvé une citation de Richard Thaler, éminent professeur d'économie, reprenant exactement les deux mots que j'ai donnés à
cette catégorie d'articles créée en octobre, "idéologie" et "pragmatisme" :
"Crise : Les gagnants et les perdants.
Oubliées, les thèses libérales et les tables de la loi de l'équilibre budgétaire, les gouvernements redécouvrent les vertus des dépenses publiques chères à l'économiste britannique Keynes. La
France, endettée, manque de moyens, mais Nicolas Sarkozy, décidé à lutter contre la récession, a préparé un plan de relance. Tant pis pour les dogmes
Tous keynésiens ! Les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l'Europe viennent d'annoncer des plans colossaux de dépenses publiques ou de baisses d'impôts pour relancer leur économie. Plus de 1 000
milliards d'euros vont être mis sur la table dans les deux ans qui viennent. Les uns après les autres, Barack Obama, le Chinois Hu Jintao, Gordon Brown ou José Manuel Barroso se plient donc aux
recommandations du célèbre économiste britannique John Maynard Keynes. Dans les années 1930, celui-ci expliquait que donner du pouvoir d'achat aux ménages et relancer l'investissement public
était le meilleur moyen de sortir de la dépression, surtout quand le système bancaire ne fonctionne plus normalement. Tous ces gouvernements fraîchement convertis au keynésianisme, qui, il y a
quelques mois encore, ne juraient que par l'équilibre des finances publiques, l'amélioration de la compétitivité des entreprises, la baisse des impôts ou la concurrence pour stimuler l'activité,
sont-ils vraiment aussi déterminés qu'ils l'annoncent ? Derrière la façade, la relance sera-t- elle vraiment mondiale, massive et coordonnée ? Pas si sûr. Car chacun gradue son keynésianisme en
fonction de ses contraintes.
En France, le discours du gouvernement a nettement évolué. Il y a un an, le premier ministre François Fillon déclarait que le pays était en «situation de faillite». Et François Pérol, le
secrétaire général adjoint de l'Elysée en charge des affaires économiques, plaidait encore en mai pour une cure d'amaigrissement de l'Etat et des dépenses : «Nous sommes dans la situation d'un
homme de 120 kilos. Il doit maigrir, scandait-il en déplorant la croyance dans les vertus de la dépense publique»... Bref, l'urgence était à la réduction des déficits excessifs. Et la
communication du gouvernement insistait sur les baisses d'effectifs de fonctionnaires. Changement de décor, Nicolas Sarkozy met maintenant son énergie au service de la relance de l'économie par
un plan d'une vingtaine de milliards d'euros.
(...)
Aux Etats-Unis, la détermination de la future administration Obama ne fait pas de doute. En temps normal, «il faut contrôler les déficits, afin de pouvoir augmenter les dépenses pour faire face à
une urgence nationale comme l'ouragan Katrina, explique Austan Goolsbee, l'un des principaux conseillers de Barack Obama, professeur à Chicago. Là (...) c'est comme si un ouragan dévastait tout
le pays. Il est parfaitement approprié et même nécessaire de laisser filer les déficits autant que possible pendant une courte période pour éviter que cette crise se transforme en récession. Nous
n'essaierons pas d'équilibrer le budget dans les vingt mois qui viennent.» Cette crise est la plus grave depuis quatre-vingts ans. Pas question de reproduire les erreurs du président Hoover - qui
avait violemment augmenté les impôts sans soutenir la dépense - après la crise de 1929. «A l'évidence, nous avons besoin de pragmatisme, renchérit Richard Thaler, un autre professeur de Chicago.
Nous avons eu huit ans d'idéologie sans pragmatisme, et je pense que nous allons maintenant avoir huit ans de pragmatisme sans idéologie !»
L'Europe a fini par emboîter le pas des Etats-Unis. Mais la conviction et le sentiment d'urgence ne sont pas aussi clairs.
Le Britannique Gordon Brown est le plus déterminé «à remettre des bûches dans l'âtre, sans attendre que le feu soit éteint», selon l'expression de l'économiste Daniel Cohen. Il a annoncé une
baisse de 2,5 points de la TVA, applicable depuis le 1er décembre et valable jusqu'en janvier 2010. Quitte à laisser filer le déficit public jusqu'à ... 8%. Le think tank Bruegel, dirigé à
Bruxelles par Jean Pisani-Ferry, l'ancien conseiller économique de Dominique Strauss-Kahn, plaide pour que toute l'Europe lui emboîte le pas et envoie un signal clair, fort et rapide, aux
entreprises et aux consommateurs. Mais à ce stade, dans les autres capitales européennes, on ne voit guère que les défauts de la baisse de la TVA. Et ils sont nombreux : elle réduit les recettes
de l'Etat et donc creuse les déficits, elle encourage la consommation donc elle profite aux produits importés sans avoir nécessairement d'impact sur les décisions des consommateurs qui
bénéficient déjà de vagues de promotions... La plus opposée y est bien sûr l'Allemagne. Il y a presque deux ans Angela Merkel a remonté la TVA dans son pays pour redresser les comptes publics et
renforcer la compétitivité de ses propres produits. Elle n est pas décidée à faire l'inverse. «Nous ne devons pas tomber dans une course aux milliards», a prévenu la chancelière allemande. Début
novembre, l'Allemagne a adopté une quinzaine de mesures pour 32 milliards d'euros au total sur deux ans. Berlin veut en voir l'effet avant d'aller plus loin. Dommage. Car c'est elle qui a le plus
de marge de manoeuvre budgétaire pour faire de la relance. Qui plus est, le salaire net - 1 320 euros par mois - y est à cinq euros près au même niveau qu'en 1986, alors que les entreprises ont
engrangé des profits exceptionnels !
Malgré ces dissensions, la Commission européenne a tout de même fait mine de mettre sur pied un plan global. Objectif : atteindre 200 milliards d'euros de dépenses supplémentaires, soit 1,5% du
PIB, la richesse créée chaque année par l'Europe. Elle a même accepté de renoncer à appliquer les tables de la loi : les critères de Maastricht et le fameux pacte de stabilité ont été mis entre
parenthèses. Mais, cela n'aura qu'un temps. Car une relance keynésienne réussie doit pouvoir permettre de ramener les comptes vers l'équilibre, lorsque la croissance est revenue. La Commission
fourbit déjà ses armes".
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2300/articles/a389906-crise__les_gagnants_et_les_perdants.html
Tonton Daniel