Publié le 22 Juin 2016
Publié le 14 Juin 2016
Publié le 13 Juin 2016
Publié le 11 Juin 2016
Bonjour à tous
Tout les oppose ! Le révolutionnaire Gao Xiaoting prétend qu'on ne vit pas pour manger, le gastronome Zhu Ziye, lui, se régale de rouleaux de poisson aux oeufs de crevettes, de boulettes de poulet sur flocons de neige et de petites brioches de jade ! Gao et Zhu sont les deux personnages principaux du roman "Vie et passion d'un gastronome chinois" écrit en 1982 par Lu Wenfu. Dans le décor de Suzhou, métropole proche de Shanghai, chacun d'eux devra affronter les péripéties de l'Histoire contemporaine et répondre à cette simple question : la gastronomie, art éphémère et raffiné réservé a priori à quelques-uns, est-elle compatible avec la propagande communiste soucieuse de notions basiques comme la nourriture et l'alimentation ? Doit-on opposer plats individuels et "marmite commune" au nom de l'Histoire ?
Entre maisons de thé et fumeries d'opium, Lu Wenfu nous entraine dans des cours intérieures, invisibles au regard du passant, dans une Chine repliée traditionnellement sur elle-même. Il évoque le cérémonial bourgeois d'un menu de banquet ou l'école de cuisine clandestine dite "de maison de passe", nous fait saliver devant des coeurs de légumes aux miettes de crabe et un émincé de poulet en hibiscus, avant de nous rappeler que la table du repas est un lieu social par excellence où tout instrument aiguisé doit être proscrit au profit de baguettes inoffensives. En magnifiant la nature première, brute et crue des aliments de base, la cuisine chinoise, ou plutôt les cuisines chinoises et régionales, se révèle être un art véritable, sophistiqué, codifié, synonyme de civilisation et mettant tous les sens en éveil.
Aujourd'hui, tout comme les pieds bandés et la politique de l'enfant unique, "Campagne des Cent Fleurs", "grand bond en avant", "Révolution culturelle" et "Quatre vieilleries" font partie du passé, le pragmatisme économique ayant pris le pas sur l'idéalisme révolutionnaire. Désormais, malgré l'explosion démographique, la Chine est soucieuse de diététique et de nutrition, de bonne santé et de longévité, mais garde ses traditions et continue de proposer perche mandarine en écureuil, boeuf aux cinq parfums, graines de lotus en gelée, sans oublier le canard "trois en un", entouré d'oeufs de caille et fourré d'un poulet lui-même fourré d'un pigeon...
Bon appétit !
Tonton Daniel
Publié le 8 Juin 2016
Bonjour à tous
Quel est le lecteur qui, comme Annie Ernaux le reconnait dans son roman "La place", n'a pas un jour relevé dans un livre une phrase pleine de bon sens, une citation plaisante ou un vers agréable à l'oreille ? Dans ce court récit autobiographique, chaque mot est à noter et à recopier ! Les anecdotes dont se souvient l'auteure rappelleront en effet des images de leur passé à beaucoup de lecteurs adultes.
L'histoire est très simple, la mort d'un père qui permet à sa fille de se remémorer sa propre jeunesse dans la Normandie d'après-guerre et de rendre hommage à sa modeste famille d'ouvriers et de commerçants de province. Bien qu'Annie Ernaux affirme refuser "nostalgie, pathos et dérision", "La place" évoque fortement l'oeuvre de Maupassant, les films de René Féret, le lent tic-tac d'une pendule poussiéreuse ou un paquet de vieilles photos en noir et blanc, aux bords dentelés et jaunies par le passage du temps...
Des phrases simples et courtes, une absence de dialogues qui exprime les silences à merveille, une construction sans chapitre qui facilite la fluidité du récit, "La place" a reçu sans surprise le prix Renaudot en 1984. Malgré de rares critiques, Annie Ernaux est reconnue aujourd'hui comme l'une des plus belles plumes françaises du moment. Une plume qui, de son propre aveu et depuis son adolescence, ne s'est pas toujours sentie "à sa place" mais qui est pourtant à découvrir ou à redécouvrir d'urgence !
Tonton Daniel



