Publié le 24 Août 2007
Bonjour à tous
Aujourd'hui, deux dépêches "complémentaires" qui décrivent à merveille les aberrations d'un Système sans état d'âme :
1-Août 2007 : "Médecins Sans Frontières a pris en charge 71 blessés par balle dans l'hôpital Teme de Port Harcourt ces deux dernières semaines. MSF travaille dans ce centre de traumatologie
d'urgence de 70 lits depuis octobre 2005. Port Harcourt est situé au Nigéria, dans la région du Delta du Niger, une zone très densément peuplée, riche en pétrole, où la lutte pour le contrôle du
pouvoir et des ressources naturelles a provoqué des épisodes de violence à la fois sporadiques et meurtriers au sein d'un réseau fragmenté de groupes politiques et de groupes criminels armés.
Michael Mills, responsable du programme :
"Au début du mois d'août, nous recevions deux ou trois personnes par jour, blessées par balle ou par coups de couteau, ce qui représente le nombre régulier d'admissions à l'hôpital. Mais le lundi
6 août, des blessés ont afflué à l'hôpital, venant de part et d'autres de la ville. Et tous racontaient à peu près la même histoire. Dans plusieurs endroits de Port Harcourt, alors qu'ils se
trouvaient sur le marché, dans une station de bus, ou simplement le long de la route, des groupes armés, circulant dans des camionnettes ou des motos, ont commencé à tirer au hasard sur la foule.
"
2-23 août 2007 : "Un géologue de quarante-cinq ans a été mis à la porte faute d’avoir accepté une mutation à haut risque.
Marié et père de deux enfants, ce technicien employé par Total depuis 1992 a refusé de déménager au Nigeria. Inquiet de l’insécurité croissante dans ce pays et craignant les risques d’enlèvement
pour sa famille, le salarié, affecté jusque-là au site de Pau, espérait une alternative. Après trois refus de sa part et sans arrangement en vue, il a reçu sa lettre de licenciement le 3 août. Le
directeur des ressources humaines de Total affirme dans ce courrier que « le refus d’accepter une mobilité géographique à échéance d’un an vers le Nigeria constitue une violation (des)
obligations contractuelles » du technicien. L’article 3 de son contrat de travail comporte en effet une « clause de mobilité ». Mais la CGT, qui réclame la réintégration de cet employé au sein de
l’entreprise, rappelle que le Code du travail prévoit un « droit de retrait », pour tout salarié, en cas de « danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ».
Depuis 2006, plus de 200 expatriés, principalement des travailleurs du pétrole, ont déjà été enlevés dans la région de Port-Harcourt, puis relâchés contre rançon. Pas plus tard que le 2 août, le
groupe Total a confirmé qu’un de ses employés avait été enlevé dans ce secteur. Les syndicats comptent bien s’appuyer sur l’existence d’une situation à risque pour défendre le technicien
licencié. « Ces éléments pèsent en faveur du salarié, juge Charles Foulard, coordinateur CGT de Total. Il va à présent engager une action prud’homale, et l’argument du droit de retrait pourrait
être utilisé. Nous pensons que Total se sert de ce licenciement comme dexemple, pour éviter de futurs refus de mutation. La direction tient toujours les mêmes propos : "Si on ne va pas exploiter
le pétrole là où c’est dangereux, on ne va nulle part." »
Travaillant depuis 20 ans dans le secteur para-pétrolier, et pour cela sensibilisé depuis longtemps au contexte nigérian (voir les 16 premiers articles sur le Nigéria), je peux témoigner ici que je retrouve dans la deuxième dépêche une situation professionnelle quotidienne et chaque jour plus grave. En plus de la clause de mobilité, nos dirigeants attendent aussi un dévouement sans borne et un mutisme de bon aloi ! Je voudrais ici apporter tout mon soutien à ce technicien licencié... en assumant pleinement les risques encourrus !
Tonton Daniel