Publié le 14 Novembre 2014

Bonjour à tous

Ecrit en 1970 par le biologiste et prix Nobel de médecine Jacques Monod, "Le hasard et la nécessité" fut un ouvrage révolutionnaire en son temps. Malgré la construction logique du discours et une évidente volonté de vulgarisation, cette lecture hermétique et parfois rébarbative reste destinée aux seuls initiés et demande au lecteur sans imagination de savantes notions de chimie, de biologie et de philosophie. Fort de ses observations et de son expérience, Jacques Monod nous résume ici sa conception et sa compréhension de l'Univers et nous entraine avec lui dans un récit tour à tour hypnotique, déprimant et passionnant à la recherche du "secret de la vie"...

Pour résumer la pensée de l'auteur, tout l'Univers, y compris les êtres vivants et l'Homme, n'est que physique, chimie et biochimie cellulaire ! Tout commence au niveau atomique dans un monde microscopique fort complexe, puis au niveau moléculaire avec l'apparition des protéines, des acides nucléiques et des enzymes ayant contribué par hasard à la structure cristalline de l'ADN, à l'apparition du code génétique et à l'émergence de la vie. Pour Monod, les êtres vivants sont des machines chimiques, la traduction de l'ADN rappelle la "chaine de production dans une usine de mécanique" et les neurones sont comparés à autant de composants électroniques. Dans un système "cartésien et non hégélien, la cellule est bien une machine".

Au stade suivant et à l'échelle supérieure, complétant la théorie darwinienne de la sélection naturelle, Monod explique que les êtres vivants répondent à trois critères : téléonomie, morphogénèse autonome et invariance reproductive. Autrement dit, un être vivant évolue à la fois en fonction de son environnement et de manière autonome et se reproduit sans fin à l'identique. Les mutations hasardeuses et accidentelles au niveau de l'ADN microscopique (mais qui sont "la règle à l'échelle de la population") puis la nécessité d'adaptation à des exigences macroscopiques (contraintes environnementales par exemple et donc sélection naturelle) expliquent le concept d'évolution mais en excluant toute notion de finalité, de causalité, de dessein intelligent et donc d'intervention divine ! Pour Monod qui réfute animisme, vitalisme et prédéterminisme, l'idéologie religieuse se révèle être une "puissante armature" pour la société mais sans "vérité objective". Dans une nature objective et pas projective, "Le hasard et la nécessité seuls mènent le vivant à s'adapter à son milieu" ou, pour reprendre le philosophe grec Démocrite et expliquer le titre de l'ouvrage, "tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard et de la nécessité". Exactement le contraire de ce qu'affirmait Albert Einstein avec son célèbre "Dieu ne joue pas aux dés" !

Enfin, dernière étape de cette démonstration, Monod affirme que la survie des organismes supérieurs dépend de leur comportement et non plus de leur environnement. Avec l'aide de Marx, Hegel, Bergson, Teilhard de Chardin, Pascal ou Alain, il évoque le destin de l'humanité, "l'explosion démographique et la destruction de la nature", anticipe l'essor des manipulations génétiques, rappelle la loi d'accroissement de l'entropie et indique le sens irréversible de l'Evolution dans le temps. En conclusion selon lui, il appartient à l'Homme de choisir entre hasard et nécessité, afin d'évoluer de l'infiniment petit à l'infiniment grand, de l'atome à l'Univers, du Royaume des Ténèbres au Royaume des idées, de la connaissance, de la culture et de la création.

Depuis la parution de l'ouvrage, quelques bémols ont été apportés par la science moderne au discours de Jacques Monod : si la biologie explique la relation entre le vivant et l'inanimé, des exemples comme la découverte de nombreuses exoplanètes ou encore la possibilité de formes de vie non basées sur la chimie du carbone (biochimies hypothétiques du silicium, de l'azote, du phosphore...) autorisent à penser que l'Homme n'est ni le fruit du hasard ni seul dans l'Espace. Malgré ce que pensait Monod dans les années 70, l'apparition de la vie n'est peut-être pas un évènement unique dans l'Univers... Mais ceci est un autre débat, à la fois hasardeux et nécessaire !

Tonton Daniel

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Monod

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Hasard_et_la_N%C3%A9cessit%C3%A9

le hasard et la nécessité

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

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Publié le 9 Novembre 2014

Bonjour à tous

Quel suspense ! Dans trois jours, la sonde spatiale Rosetta va tenter de larguer et de poser le petit module Philae sur la comète Churyumov-Gerasimenko à près de 650 millions de kilomètres de la Terre, un peu moins que la distance séparant Jupiter du Soleil, une broutille à l'échelle de l'Univers !

Matthew McConaughey, lui, est parti beaucoup plus loin ! Une semaine plus tôt, placé par le réalisateur Christopher Nolan dans sa machine à explorer le temps, le comédien a décollé en direction des étoiles afin de sauver l'Humanité de la sécheresse et de la famine ! Plan A : trouver une nouvelle Terre d'accueil dans une autre galaxie... Plan B : y implanter une colonie humaine post-apocalyptique pour perpétuer l'espèce... Après 2h47 d'extravagantes et bavardes aventures intergalactiques, accompagné d'Anne Hathaway, de Jessica Chastain, de Michael Caine et de Matt Damon, Matthew va être confronté à un fantôme, dormir en sommeil artificiel, visiter plusieurs planètes, traverser de nouvelles dimensions, croiser des intelligences supérieures et revenir sur Terre pour délivrer un dernier message d'amour... Euh... Stanley Kubrick et Steven Spielberg ! Sortez de ce corps !

A l'instar de Kubrick ou d'Alfonso Cuarón, le discours de Christopher Nolan se veut résolument scientifique, voire ésotérique : hypothèse du "trou de ver", trou noir, paradoxe temporel, relativité générale, attraction gravitationnelle, espace multidimensionnel... Mais en y ajoutant quelques robots improbables, une musique envahissante, des livres "prophétiques", une réflexion philosophique sur le mensonge, le temps qui passe, la théorie du complot lunaire, la surpopulation humaine et la place de l'Homme dans l'Univers, il accouche d'un scénario métaphysique aussi simple et léger qu'une équation quantique... Ridley Scott et Luc Besson, sortez vous aussi !

Bon, on vous rassure, malgré un scénario à tiroirs et une fin prévisible, Interstellar est un bon film de science-fiction, bourré d'effets spéciaux, qui en met plein les yeux et à la fin duquel, contrairement au spectateur, Super-Matthew n'a pas pris une ride ! Déçu par son ingrate descendance, notre héros repartira vers d'autres aventures et laissera derrière lui le souvenir lointain d'une sonde spatiale nommée Rosetta, qui un matin de novembre 2014 aura fait rêver et réfléchir l'Humanité... Il est fort, ce Matthew !

Tonton Daniel

interstellar

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #cinéma, #astronomie et espace

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Publié le 5 Novembre 2014

Bonjour à tous

"Il ne faut pas se fier aux apparences. Beaucoup de gens n'ont pas l'air aussi bêtes qu'ils ne le sont réellement" écrivit un jour Oscar Wilde avec beaucoup d'humour ! Ne pas se fier aux apparences, c'est aussi ce que semble nous conseiller l'excentrique Amélie Nothomb dans son roman "Antéchrista". Blanche, une jeune fille solitaire et sans attrait est amenée à héberger chez ses parents une étudiante du même âge rencontrée à l'université et prénommée Christa. En société, cette dernière est rayonnante, souriante, aimable, attire tous les regards par son charme et sa personnalité. Mais... ne vous fiez pas aux apparences...

Très vite, Christa vampirise ses hôtes. Cachant une âme noire sous un visage d'ange, elle se révèle machiavélique, manipulatrice, égocentrique, narcissique. Au point que Blanche et le petit diable perché sur son épaule la surnomment rapidement Antéchrista par dérision. Comment briser l'envoûtement ? Comment expulser ce coucou du nid familial ? Comment résister au mensonge, au mépris, à la mauvaise foi et à la violence des sentiments ? Comment exorciser le mal, éviter schizophrènie et tortures morales ? Bref, à l'aube de l'Apocalypse, comment se comporter en Messie face à l'Antéchrist ?

Afin de répondre à toutes ces questions, Amélie Nothomb, fidèle à elle-même, n'hésite pas à mêler détails autobiographiques, fantasmes personnels, introspection et interrogations métaphysiques. Mais hélas, si un tel sujet se prête à l'utilisation de nombreux symboles bibliques et religieux, cet "hymne méphitique" ne parvient jamais à atteindre la grâce ! Le style reste académique, le scénario superficiel manque de rythme, les personnages frisent la caricature et le roman se termine par un baiser de Judas aussi ambigu et provocateur que rédempteur et condamnatoire... Décevant !

On le répète : ne vous fiez ni aux apparences ni aux réputations ! La messe est dite ! Amen !

Tonton Daniel

https://fr.wikipedia.org/wiki/Am%C3%A9lie_Nothomb

http://tontondaniel.over-blog.com/article-cosmetique-de-l-ennemi-104407950.html

http://tontondaniel.over-blog.com/2014/06/acide-sulfurique.html

antéchrista

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

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Publié le 1 Novembre 2014

Bonjour à tous

Les blue jeans usés à la main par des ouvriers bengladais ou vietnamiens, terminé ! Un fabricant japonais a trouvé encore moins cher pour fabriquer des jeans tendance : faire travailler des animaux ! L'opération s'est déroulée au Kamine Zoo d'Hitachi qui a donné son autorisation préalable et trouvé dans ce coup marketing une nouvelle source de revenus.

Par définition, le principe est bêbête (!) : la toile denim, matériau de base de tout blue jeans qui se respecte, est d'abord enroulée autour de pneus de voitures usagés puis confiée à des lions, des tigres ou des ours dans l'enclos de leur parc zoologique ! Les fauves et les ours adorent jouer avec ces jouets originaux, déchirent et lacèrent la toile sans effort, tels des prisonniers à qui l'administration a confié un emploi. Après récupération, lavage et montage, voici des pièces uniques vendues aux enchères par la marque Zoo jeans pour environ 800 € pièce, les bénéfices étant versés au zoo Kamine et au WWF. Les jeans griffés “Designed by dangerous animals” sont répartis en trois collections dénommées L1, T1 et B1, pour Lions, Tigers et Bears (Ours).

Initialement conçue comme une campagne de publicité ponctuelle destinée à doper la fréquentation du zoo, l'opération pourrait être renouvelée car les résultats ont dépassé toutes les espérances. Malgré les défenseurs des animaux, les plus pragmatiques défendent cette pratique de la main d'oeuvre animale en arguant que les techniques industrielles destinées à vieillir artificiellement les jeans sont très dangereuses pour les ouvriers et pour l'environnement : la sablage est cause de silicose alors que l’utilisation de produits chimiques abrasifs pollue rivières et cours d'eau.

Une fois de plus, le débat est ouvert entre pragmatisme et idéologie !

Tonton Daniel

zoo jeans

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #économie, #japon, #homo absurdus

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Publié le 29 Octobre 2014

Bonjour à tous

Méconnu du grand public car trop peu médiatisé, l'atypique Pierre Rabhi reste néanmoins l'un des grands philosophes humanistes de notre époque. Originaire d'une région aride d'Afrique du nord, puis émigré en France où il deviendra agriculteur dans un environnement inhospitalier et une période chaotique, il entrera en résistance pour faire comprendre qu'il faut travailler pour vivre et non l'inverse. Avec la patience du jardinier et la sagesse du paysan, il milite depuis longtemps pour l'émergence d'un nouveau modèle de Société centrée sur l'individu et sur le respect de l'Environnement. Moins radical qu'un sadhu indien, tout à la fois Epicure, Karl Marx, Stéphane Hessel et José Bové, Pierre Rabhi semble vouloir importer en occident le principe du "bonheur national brut" mis en place au Bhoutan dans les années 70. Ecrit dans un style très fluide, "Vers la sobriété heureuse" est l'un de ses nombreux manifestes pour la modération et contre le pouvoir de l'argent et se révèle être une analyse extraordinairement lucide des mécanismes sociaux, politiques, économiques, religieux et scientifiques du moment.

Fort de son expérience, il dénonce le monde de la finance générant fantasmes, jalousie et frustration, fustige la consommation à outrance, le gaspillage, la publicité et la mondialisation, affronte les notions d'être et d'avoir, oppose la mobilité professionnelle à l'enracinement terrien, pointe du doigt les bouleversements climatiques et les échecs récents du système capitaliste, relève la place défavorisée des femmes dans nombre de cultures et notre dépendance aux outils informatiques et télématiques. Regrettant le silence perdu, il dénonce également l'agitation, la rapidité, la vitesse, la frénésie et l'"éphémérité" de la civilisation moderne incompatibles avec l'idée de pérennité et le concept de Culture. Sur le modèle de la "bulle financière", il invente d'ailleurs le concept de "bulle temporelle", opposant "l'heure des horloges et des montres" au "temps savouré" et à l'éternité... Usant de symboles forts et émaillant son récit de quelques anecdotes personnelles, il rappelle que la Nature n'a pas de poubelles et n'hésite pas à comparer la cravate comme une laisse ou un noeud coulant tenus par la célèbre "main invisible", concept créé par Adam Smith dans "La richesse des nations" !

Face à ce constat, il soutient une "décroissance soutenable", replace l'Homme au centre de la Nature, milite pour la transmission d'un savoir pragmatique, envisage l'accès à l'information comme un gage de liberté, considère le cycle de la vie et le mystère de la mort comme des évidences naturelles dont il ne faut pas avoir peur. Education, pédagogie, agroécologie, sobriété... les solutions concrètes ne manquent pas pour Pierre Rabhi qui n'est pas un théoricien mais un autodidacte ayant mis ses idées en pratique depuis très longtemps. Le seul reproche qu'on pourrait lui faire : avoir eu cinq enfants, chiffre aujourd'hui considéré comme peu responsable par beaucoup de démographes et d'écologistes ! Mais nul n'est parfait, n'est-ce pas ?

Pour terminer, je recopie la formidable parabole amérindienne du colibri qui clôt l'ouvrage et que Pierre Rabhi raconte souvent. Comprenne qui pourra ou qui voudra !

"Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt.

Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.

Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu.

Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit :

"Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !"

Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part."

Tonton Daniel

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rabhi

http://tontondaniel.over-blog.com/article-indignez-vous-65122010.html

vers la sobriété heureuse

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #portraits

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