Publié le 17 Avril 2013
Bonjour à tous
En dehors des historiens et de quelques touristes égarés, qui connait encore la tour de Jean-sans-peur à Paris ? Adossée à l'enceinte de Philippe Auguste dont la base est encore visible au sous-sol et indifférente à la vie animée du quartier, elle reste le dernier vestige du palais des ducs de Bourgogne bâti au XVe siècle et demeure un magnifique témoignage architectural du Paris médiéval.
Une fois entrés, nous voici propulsés 600 ans en arrière, en novembre 1407 ! Le duc de Bourgogne Jean-sans-peur vient de faire assassiner son cousin, Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI. Les anglais servent d'arbitres au duel opposant Armagnacs et Bourguignons qui se disputent la couronne de France. Après de multiples péripéties, le vent tourne pour le duc Jean qui fait construire la tour par des tailleurs de pierre en un temps record afin de se protéger contre d'éventuelles représailles. Palais ducal oblige, il y impose un style flamboyant : l'escalier à vis, inspiré de celui construit par Charles V au Louvre, est très large pour l'époque et se termine par une des plus belles voûtes sculptées encore visible aujourd'hui en France. Des branches de chêne y symbolisent puissance et longévité pour Philippe le Hardi, des branches de houblon, plante du nord, représentent Jean-sans-peur, flamand par sa mère, et l'aubépine "à la blancheur virginale évoque Marguerite de Flandres, mère du duc Jean".
Voici d'abord un sas extérieur de dix mètres de haut, défendu par des grilles aujourd'hui disparues, interdisant tout assaut et empêchant "toute tentative d'incendier les planchers". Puis vient la "chambre de l'écuyer", dont les latrines, les plus anciennes de Paris, sont chauffées car adossées judicieusement à la cheminée voisine ! Sur les murs, l'emblème choisi symboliquement et perfidement par le duc Jean est sans équivoque : un rabot dont la silhouette est présente partout, sur les vitraux, les tentures, les tympans de portes, seul outil capable "d'aplanir les obstacles" et de s'attaquer aux armes de Louis d'Orléans, un gourdin de bois ! Dans un coin, des hommes jouent aux échecs. En face, des dames de haut lignage filent du lin avec leurs quenouilles...
Montons d'un étage et entrons dans la chambre ducale où le duc Jean nous reçoit sur son trône dans son habit de velours. Revenant de la chasse, il nous rappelle que son mobilier, ses coffres, ses tentures, sa vaisselle... le suivent dans tous ses déplacements. Il nous invite enfin dans les combles, où son père Philippe le Hardi, son fils Philippe le Bon et son petit-fils Charles le Téméraire nous attendent en habits de cérémonie et parés des insignes de la Toison d'or. Allons-nous passer à table pour un banquet fastueux éclairé aux chandelles ou avons-nous le temps de lire un livre et d'écouter l'aubade d'un troubadour ?
Il est hélas temps de redescendre. Mais avant de quitter les lieux, passons rapidement à l'extérieur, dans le minuscule jardin où sont présentés d'autres vestiges du Paris médiéval : le prieuré de Saint-Martin-des-Champs, le donjon du Louvre, la Bastille, le château de Vincennes, la Conciergerie, l'hôtel de Cluny, la maison de Nicolas Flamel et bien d'autres...
Il est temps de remonter à cheval, de quitter la fraicheur des lieux et de nous en retourner sous le chaud soleil printanier dans notre humble demeure...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_Jean-sans-Peur
http://www.tourjeansanspeur.com/
Tonton Daniel
Quelques photos prises ce jour :