Publié le 27 Septembre 2023

Erudit et drôle, éclectique et décalé, parfois absurde ou surréaliste, "Penser/classer" de Georges Perec est un ouvrage ressemblant de son propre aveu au bureau de l'auteur, désorganisé, rébarbatif et sans logique a priori mais supportant l'humour, la folie et la curiosité indispensables à notre quotidien. Parmi les notes, réflexions, anecdotes, faits divers, "bribes informes" et souvenirs de l'écrivain, on relèvera par exemple le chapitre hilarant et jouissif sur le rangement des livres d'une bibliothèque ! Ou celui regroupant les 81 recettes de cuisine pour accommoder lapin, sole et ris de veau selon 3 x 27 recettes (3 puissance 4), fiches rangées dans un désordre perequien aussi ordonné qu'inventif ! En revanche, entre fantaisie et légèreté apparente, on trouvera aussi dans ce fourre-tout à la Prévert des observations plus sérieuses et de vives critiques contre les phénomènes de mode, la bêtise des consommateurs, "les soubresauts fatigués de notre civilisation mercantile" ou les "manifestations ignobles du monde dans lequel nous vivons"...

Pourquoi vouloir systématiquement "ranger, classer, mettre de l'ordre" dans ses idées, sur son bureau ou dans la vie en général ? L'auteur, pour qui tout classement s'oppose à la notion de désordre et au principe d'entropie lié au vivant, finit par reconnaitre que tout choix d'une méthode de classement est personnel, arbitraire, inefficace, incomplet, discutable, imparfait, inutile et illusoire. Pour preuve, les paragraphes du dernier chapitre classés par lui selon une méthode déconcertante et l'ordre d'apparition des lettres de l'alphabet dans un texte d'Italo Calvino choisi au hasard ! Mais avec le malicieux Georges Perec, parfait représentant d'une littérature à contraintes, structurée et très "mathématique", est-ce vraiment un hasard ou du désordre ?

Tonton Daniel
 

penser / classer

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 20 Septembre 2023

Octobre 1974. L'écrivain Georges Perec s'installe en terrasse du Café de la Mairie face à l'église Saint-Sulpice à Paris afin d'observer durant trois jours la vie de ce quartier de la Capitale. Notant les détails insignifiants, les petites différences imperceptibles à jour passé, le spectacle du quotidien, inattendu et sans mise en scène, il rédige ainsi sa "Tentative d'épuisement d'un lieu parisien", oeuvre contemplative dédiée aux nuages voyageurs, aux piétons nonchalants, aux pigeons indécis, aux autobus réguliers et au temps qui passe...

Texte en forme de nouvelle, à l'humour léger et jamais ennuyeux, à la fois nostalgique et jubilatoire, que traversent les fantômes de Tati, de Prévert et de M.Spitzweg, l'exercice rappelle le jeu amusant consistant à imaginer l'identité, la destination et l'histoire de personnages anonymes croisés par hasard sur un quai de gare, au restaurant, dans un jardin public ou dans les transports en commun.

Désormais, le Café de la Mairie accueille davantage de touristes que d'écrivains, les deux-chevaux vert pomme ont laissé place à des trottinettes électriques, le silence et les rares "instants de vide" ont définitivement disparu, les consommateurs, hypnotisés par leurs écrans, ne regardent plus ni les nuages ni les pigeons ni les passants. Seule une plaque discrète rappelle la présence d'un rêveur en ces lieux il y aura bientôt cinquante ans...

Tonton Daniel
 

tentative d'épuisement d'un lieu parisien
Café de la Mairie - Paris 6e

Café de la Mairie - Paris 6e

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Publié le 16 Septembre 2023

Impossible de décrire le plaisir de relire "Un cabinet d’amateur" de l'écrivain Georges Perec sans dévoiler son coup de théâtre final !

Publié en 1979 et sous-titré "Histoire d'un tableau", le roman entremêle les trois histoires d'un collectionneur, d'un peintre et d'une toile titrée "Un cabinet d’amateur", tableau qui possède la particularité de représenter la pièce au centre de laquelle il est exposé en compagnie d'autres oeuvres, donc de se représenter lui-même. Ce "tableau dans le tableau", reproduit plusieurs fois et de plus en plus petit à chaque plan à la manière de poupées russes ou d'une composition mathématique fractale, entraîne le spectateur et le lecteur dans une fascinante introspection et une mise en abyme vertigineuse.

Au fil des pages et avec beaucoup d'humour, le malicieux et formidable érudit Georges Perec a invité personnages réels et imaginaires, tableaux célèbres et fictifs afin d'aboutir à une extraordinaire mystification. Où sont le génie, le don de création, la vérité, l'invention ? Toute oeuvre n'est-elle pas "le miroir d'une autre" ? Tout artiste n'est-il pas un faussaire involontaire, un interprète qui s'ignore ?

La visite de ce cabinet d’amateur aurait pu avoir comme autre titre "Histoire d'une vengeance"... Celle du collectionneur ? Du peintre ? De l'auteur aux prises avec les éditeurs prétentieux qui avaient refusé ses premiers manuscrits ? Mais chut ! Tout ceci relève du théâtre, du mystère, du secret... et d'une lecture jubilatoire !

Tonton Daniel
 

un cabinet d'amateur
Tableau d'Isabelle Vernay-Leveque - 1981

Tableau d'Isabelle Vernay-Leveque - 1981

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 8 Septembre 2023

Manuscrit maudit, refusé, perdu puis retrouvé par hasard, "Le Condottière" de Georges Perec a finalement été publié à titre posthume en 2012, trente ans après la mort de l'écrivain. Cette oeuvre de jeunesse, plutôt déconcertante pour qui connait les suivantes mais cachant déjà en filigrane plusieurs des thèmes chers à l'auteur, raconte l'histoire d'un faussaire de génie, peintre qui découvre après plusieurs années qu'il n'a aucun talent de création et qui tue son commanditaire afin de se libérer d'une vie sans espoir ni vérité.

Pour ce faussaire, le déclic aura lieu pendant l'élaboration d'un deuxième portrait fantasmé du célébrissime Condottiere, oeuvre du sicilien Antonello de Messine peinte vers 1475 à Venise et conservée aujourd'hui au musée du Louvre à Paris. Indifférente aux passions humaines et au "chaos remarquable" du monde, la figure austère et sévère du chef d'armée de mercenaires, son regard sombre et inquisiteur et même la petite cicatrice au-dessus de sa lèvre supérieure auront raison de la volonté du peintre. Dicté par le tableau, le meurtre sera inévitable et l'homme vaincu par son oeuvre enlèvera enfin son masque de mensonge pour révéler son vrai visage.

Derrière le regard lointain et ironique du Condottiere subsiste néanmoins un dernier mystère... Depuis plus de cinq siècles, l'identité du modèle original est toujours restée inconnue ! Une énigme historique et artistique qui n'a certainement pas échappé à Georges Perec, roi de la mystification !

Tonton Daniel
 

le condottière

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 4 Septembre 2023


"Chant de mort" à sa parente disparue dix ans plus tôt pendant l'Occupation, "Le livre de ma mère" de l'écrivain et diplomate Albert Cohen aurait pu n'être qu'une simple déclaration d'amour filial. Hélas, cet exutoire se révèle être un interminable et insupportable recueil de larmes, l'effrayant et pathétique portrait d'une femme que son fils appelle au fil des pages et dans un rapport inversé "ma chérie", "ma bien-aimée" ou "ma petite fille chérie" !

La mère défunte est déjà un fantôme de son vivant, femme sans curiosité, fermée sur sa solitude et sa peur de vivre, mère qui vit par procuration, formatée et modelée par une religion omniprésente, être humain qui confine à la bêtise, la petitesse et l'étroitesse d'esprit. Une mère qui n'a pour elle que d'avoir aimé son fils, trop aimé peut-être, mal aimé sans doute, au point de ne lui laisser que des souvenirs douloureux plutôt que la nostalgie d'une enfance heureuse et naïve. Après bien des lamentations funèbres, le malheureux finira par envisager sa propre mort et son propre enterrement avant de se résoudre au refoulement oedipien et au "pêché de vie"...

Style mièvre et emphatique, lecture morbide et dérangeante, figure centrale désolante, ce requiem dans lequel le père est parfaitement absent est souvent considéré comme une des oeuvres majeures d'Albert Cohen. On aura le droit de ne pas être d'accord.

Tonton Daniel
 

le livre de ma mère

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Rédigé par tonton daniel

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