Publié le 20 Octobre 2023

Qui est "La Femme gelée" dont la romancière Annie Ernaux dressait le portrait en 1981 ? Un personnage de fiction ? Une inconnue ? Sa mère ? Elle-même ?

Dans le décor des milieux ouvriers et commerçants des années 50, la jeune Annie est encore une enfant pleine de rêves, fille unique, remuante et curieuse, jouant avec les garçons, ne faisant presque aucune différence entre ses parents atypiques. Puis vient pour elle le temps des copines, de l'école religieuse, des histoires inventées, l'évasion par la lecture, la découverte du monde, une certaine réussite scolaire...

A l'adolescence, les premières règles, les émois amoureux innocents, la révélation d'une mère "gueularde et peu féminine", ancrée dans les traditions et dans sa classe sociale. Puis la déception des autres et de soi-même, les garçons de passage, les réponses existentielles cherchées dans la philo et la littérature, la prise de conscience que "presque tous les malheurs des femmes viennent par les hommes", le cafard, la solitude, les questions, l'incompréhension...

C'est ensuite l'heure du mariage, accompagné de la maternité, devenu petite mort avec la fin des activités intellectuelles, le deuil des sorties culturelles, la disparition des projets, des rêves et de la liberté. Parcours-piège classique, redouté mais inévitable, que la lecture du "Deuxième sexe" de Simone de Beauvoir ne permettra pas d'éviter. Enfin l'émancipation par la vie professionnelle afin d'échapper à la condition féminine des années 60 et aux contraintes de toutes sortes, tentative presque avortée devant l'ampleur d'une tâche insurmontable...

La Femme gelée, paralysée, figée dans son moule, semblable aux autres, sans révolte ni revendication ni espoir, vaincue par la société et par la nature, sur laquelle le temps a fait son ouvrage, c'est l'auteure, c'est sa mère, c'est toutes les femmes, ici et ailleurs, depuis la nuit des temps et pour longtemps encore...

Tonton Daniel
 

la femme gelée

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

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Publié le 13 Octobre 2023

Au fil du temps et des rentrées littéraires, la famille de la romancière Annie Ernaux est un peu devenue la nôtre. Paru en 1997, "Je ne suis pas sortie de ma nuit" vient compléter une oeuvre autobiographique déjà riche grâce au portrait de la mère de l'auteure, femme âgée, atteinte de la maladie d'Alzheimer et placée dans les années 80 en "long séjour" dans ce qu'on n'appelait pas encore un EHPAD.

Pour Annie Ernaux, ce récit en forme de journal n'est pas un témoignage mais "le résidu d'une douleur", un exorcisme, un bouclier salvateur, un don aux autres. A chacune de ses visites, le présent rappelle le passé, les souvenirs reviennent grâce à des petits riens, une couleur, un parfum, une chanson. A chaque fois, des femmes attachées, vêtues des mêmes grandes chaussettes et de la même chemise ouverte dans le dos. A chaque fois, les relents d'excréments et d'urine à peine masqués par des senteurs d'eau de Cologne, les gestes impudiques, le drame de la solitude, de l'ennui et de l'attente...

Et pour les proches, jour après jour, les mêmes sentiments et les mêmes questions, la sidération, "l'identification", l'inversion des rôles entre enfants et parents, la culpabilité de l'abandon, parfois le désir cynique et très humain que tout cela cesse rapidement... Enfin, chaque soir, le soulagement en quittant les lieux, vite effacé par la crainte du lendemain, jusqu'à la dernière visite et ces mots terribles, inévitables, inéluctables, presque attendus : "Elle est morte".

La famille d'Annie Ernaux est désormais un peu la nôtre, en partie grâce à la femme dont la figure fatiguée et l'histoire familière se superposent à celles de toutes les mères aujourd'hui "en long séjour". Celles qui auraient pu dire ou écrire une dernière fois avant de sombrer dans la lente décrépitude du corps, de l'esprit et de la mémoire : "Je ne suis pas sortie de ma nuit".

Tonton Daniel
 

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Publié le 7 Octobre 2023

Parmi les fragments autobiographiques que la romancière Annie Ernaux confie à ses lecteurs depuis près de cinquante ans, "L'autre fille" dévoile un secret de famille bien gardé, mystère découvert au hasard d'une conversation, l'existence d'une soeur aînée morte de la diphtérie à l'âge de six ans, peu de temps avant la naissance de l'auteure. Cette vérité brutale reçue à l'âge de dix ans affectera à jamais la jeune Annie, l'éloignera un peu plus de sa mère pour ce mot révélé a priori involontairement ou pire, maladroitement, et la guidera naturellement vers l'écriture, "la solitude et l'intelligence", seules capables de remplacer un amour parental défaillant.

Déclaration d'amour ? De haine ? D'indifférence ? Lettre adressée à une morte comme seule possibilité de "résurrection", récit bouleversant mais sans pathos, le portrait de la soeur jamais connue, enfant sage et pieuse, aujourd'hui fantôme immobile fixé sur quelques rares photos en noir et blanc, est devenu nécessaire et indispensable face au silence familial et à l'oubli. Pour enfin parvenir à ce renversement des apparences et à cette conclusion terrible et désabusée : "L'autre fille, c'est moi."

Tonton Daniel
 

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Rédigé par tonton daniel

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Publié le 4 Octobre 2023

Johan Eklöf, chercheur, zoologiste et enseignant suédois, est formel ! Dans son dernier ouvrage "Osons la nuit" paru en 2022, le spécialiste des chauves-souris affirme que la pollution lumineuse mondiale est la cause principale de la réduction des populations d'insectes, juste devant l'utilisation de produits phytosanitaires ! Sous-titré "Manifeste contre la pollution lumineuse", le récit rappelle que la nuit noire, avec son cortège d'obscurité et de pénombre, demeure une condition vitale à l'équilibre fragile des écosystèmes et à notre propre santé.

Accompagnée d'explications scientifiques très claires, cette promenade bucolique nous entraine à la rencontre de la faune nocturne, hérissons, chauves-souris, grenouilles, chats, chouettes, grillons, lucioles... pour qui les autoroutes, les phares de véhicules, les serres éclairées jour et nuit, les parcs d'attractions et la lumière urbaine dérèglent communication, migrations, reproduction et prédation. Ceux qui connaissent le "phénomène du pare-brise" savent-ils que les papillons de nuit ont un rôle pollinisateur aussi important que celui des abeilles qui, elles, sont diurnes ?

Dans les océans, nous suivons ensuite la reproduction des coraux et des tortues au gré des cycles lunaires, la migration nocturne verticale du plancton vers la surface, la chasse dans les ténèbres permanentes des abysses grâce à la bioluminescence... bientôt perturbées par les projecteurs de fermes piscicoles, les plates-formes pétrolières, les paquebots de croisière ou les grands navires de commerce et de transport.

Dans nos villes, Johan Eklöf pointe du doigt toutes les sources d'éclairage artificiel, les dérèglements physiologiques et hormonaux qu'elles engendrent et le gaspillage énergétique aberrant qui les accompagne : immeubles de bureaux, parkings, candélabres et lampadaires, illuminations de monuments publics, décorations de noël, vitrines et enseignes lumineuses... Il rappelle aussi que l'être humain est un mammifère qui a perdu progressivement son sommeil biphasique naturel et un animal diurne qui a un besoin vital de sommeil à cause de son horloge biologique interne (rythme circadien).

Vers le ciel et l'espace enfin, l'auteur nous fait découvrir l'échelle de noirceur de Bortle utilisée par les astronomes, il nous indique la voûte céleste, les étoiles filantes, la Voie Lactée et les aurores polaires... désormais voilées ou cachées par les halos lumineux urbains et les constellations de satellites artificiels.

Les lumières électriques et artificielles qui ont permis l'essor du travail industriel et de la productivité au XIXe siècle ont très vite remplacé les lumières philosophiques et rationnelles du XVIIIe. Quant au XXe siècle, début de l'anthropocène, il est désormais pollué par d'autres rayonnements électro-magnétiques invisibles, ondes radio, ultraviolets agissant sur la flore, systèmes de radio-navigation, téléphonie sans fil ou lumière polarisée.

Heureusement, la pollution lumineuse est un problème environnemental relativement simple à résoudre. Afin de protéger notre environnement, ralentir l'érosion de la biodiversité et éviter la "sixième extinction", des solutions existent : adaptation des éclairages, limitation de leur durée, extinctions partielles, décisions politiques, législation appropriée, création de réserves de ciel étoilé, opération "Earth Hour" et avant tout... pédagogie ! Commençons en effet par enseigner, répéter, éduquer et répéter encore... Place à la logique et au bon sens... Et osons la nuit !

Tonton Daniel
 

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #zoologie, #environnement

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Publié le 30 Septembre 2023

La bêtise humaine est-elle donc sans limite ? Les plus anciens se rappellent sans doute l'histoire de l'arbre du Ténéré, acacia solitaire abattu en 1973 par un pauvre abruti en plein désert...
Avant-hier 28 septembre 2023, l'extraordinaire Sycamore Gap tree, érable sycomore veillant depuis plus de deux cents ans sur le mur d'Hadrien dans le nord de l'Angleterre, a été scié net durant la nuit par une main inconnue. L'enquête ne fait que commencer et certains envisagent déjà de faire repousser un taillis depuis la souche considérée comme très saine. Mais le mal est fait, un criminel a tué un arbre centenaire sans raison...

"Le Sycamore Gap tree est un érable sycomore (Acer pseudoplatanus), situé à côté du mur d'Hadrien, près de Crag Lough dans le comté de Northumberland en Angleterre, site classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Sa position dans un paysage remarquable en a fait un sujet photographique populaire, décrit comme l'un des arbres les plus photographiés du Royaume-Uni.
Son nom alternatif, Robin Hood tree, vient d'une scène du film "Robin des Bois, prince des voleurs" de Kevin Reynolds et avec Kevin Costner (1991).
L'arbre remporte le prix de l'arbre britannique de l'année en 2016.
Le Sycamore Gap tree est abattu à la tronçonneuse à la base du tronc le 28 septembre 2023, à la suite d'un acte de malveillance."

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sycamore_Gap_Tree

Tonton Daniel
 

sycamore gap tree
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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #arbres, #actualité, #homo absurdus

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