Publié le 21 Décembre 2022


Bonjour à tous

Paris, 7 janvier 2015. Neuf ans après "l'affaire des caricatures", les locaux de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo sont attaqués par un commando islamiste. Le bilan de l'attentat terroriste est très lourd, douze morts et onze blessés. Parmi les survivants, le chroniqueur Philippe Lançon également journaliste au quotidien Libération et à France Inter, blessé aux mains et aux bras et défiguré par un tir ayant emporté sa mâchoire inférieure. Trois ans après les faits, le rescapé livre le récit presque sans dialogues des évènements de la journée, de son parcours chirurgical et de ses réflexions intimes dans "Le Lambeau", extraordinaire témoignage couronné de nombreuses récompenses dont le prix Femina, le prix spécial Renaudot et le prix du meilleur livre de l’année du magazine Lire.

Jamais patient n'aura aussi bien porté ce nom ! Neuf mois d'hospitalisation, des dizaines de passages au bloc chirurgical, l'homme qui lance à ses bourreaux un "mort aux cons" fataliste et impuissant et dont les projets se limitent désormais à une cicatrisation, une parole, un simple verre d'eau, accepte son nouvel état avec pragmatisme, renonce à la colère, au désespoir et à la mélancolie de souvenirs pesants. Par instinct de conservation, l'esprit s'efface devant le corps. Il faut abandonner ses vies antérieures, vivre dans le présent, "compenser l'angoisse par les liens", gommer le traumatisme et les convictions personnelles, faire confiance à son prochain, édulcorer les failles et les doutes, par pudeur, par orgueil ou par nécessité...

Si la mort est omniprésente à chaque page et le ton parfois... clinique (!), le récit se révèle extraordinairement humain, d'une force incroyable, plein d'énergie et d'espoir et jamais dénué d'humour. Ponctué de détails épouvantables mais nécessaires et truffé de nombreuses références littéraires et culturelles, il est l'occasion d'étudier la force du corps humain face à l'inattendu, le pouvoir de l'esprit sur la matière, le dépassement de soi, la transcendance, la résilience, tout ce qui fait la grandeur de l'animal humain. Catharsis, exutoire, hommage à ses copains de Charlie, récit d'un évènement collectif et historique qui dépasse les vies et histoires individuelles, regard froid et distancié sur l'absurdité de la violence et la beauté du monde, "Le Lambeau" est tout cela à la fois, l'opportunité aussi d'accompagner le rétablissement d'un ami jusque là inconnu et dont on n'oubliera plus jamais l'épreuve.

A la toute dernière page, Philippe Lançon, aujourd'hui encore collaborateur de Charlie Hebdo, évoque enfin le Bataclan et le 11 septembre 2001, réalise que la vie n'a de sens que quand elle est menacée et nous invite implicitement à crier et diffuser encore et encore : "Je suis Charlie" !

Tonton Daniel
 

le lambeau

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

Repost0

Publié le 5 Décembre 2022


Bonjour à tous

Déjà "Poussières d'étoiles" selon l'astrophysicien Hubert Reeves, serions-nous également des "Enfants de la lumière" comme le suggère son confrère David Elbaz dans son dernier livre paru en 2021 "La plus belle ruse de la lumière" ? Membre de l'Union astronomique internationale, directeur de recherche au CEA de Saclay, conseiller scientifique auprès du CNES et de l'ESA et spécialiste de la formation des galaxies, l'auteur nous emmène dans un voyage de l'infiniment petit à l'infiniment grand, à la recherche de la beauté et de la poésie dans notre univers. Et si celui-ci avait un sens ?

Principal sujet de l'ouvrage, le paradoxe du phénomène d'entropie (second principe de la thermodynamique) qui explique le désordre toujours croissant de l'organisation de la matière dans l'univers mais qui devient incompatible avec l'organisation de structures de plus en plus complexes contenant davantage d'"information" (l'animal ou l'être humain par exemple). Réponse de David Elbaz : les structures organisées liées à la fois à une entropie négative et à un concentré d'information produisent plus de photons et d'énergie par agitation atomique et rayonnement thermique infrarouge que la matière inerte. Le bilan penche donc en réalité vers une entropie positive grâce au principe nommé par l'auteur "photolifération", augmentation du nombre de particules dans l'univers lorsque de la lumière est créée sans provoquer de désordre dans l'organisation de la matière. Même les trous noirs seraient capables de créer des photons à partir du vide quantique et de s'évaporer en émettant des rayons gamma !

Consacrée à la vie extraterrestre, la deuxième partie de l'ouvrage nous permet de retrouver Lucrèce, Camille Flammarion ou Jacques Monod et de croiser la sonde soviétique Luna 15, le satellite espion américain KH-11 ou le mystérieux visiteur de l'espace Oumuamua. Au fil de pages enrichies de nombreuses anecdotes et de quelques secrets de la NASA, David Elbaz rappelle dans le désordre (!) la similitude des molécules de chlorophylle et d'hémoglobine, la stabilité de l'atome de fer, la chiralité du vivant et l'asymétrie biomoléculaire, la double nature ondulatoire et corpusculaire de la matière ou la récente découverte d'exoplanètes. L'occasion enfin pour lui d'évoquer l'idée d'un temps long qui permet de "laisser quelque chose derrière nous (...) pour que quelqu'un en profite"...

Et si l'univers avait un sens ? Celui de la flèche du temps destinée à engendrer toujours plus de lumière par tous les moyens, depuis la création des atomes jusqu'à l'apparition de la vie et de l'être humain ? Un être humain à la fois "centre du monde observable" et "enfant de la lumière" ?

Tonton Daniel
 

la plus belle ruse de la lumière

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #astronomie et espace

Repost0

Publié le 30 Novembre 2022


Bonjour à tous

Adressée par le philosophe grec Epicure à son disciple Ménécée au IVe siècle avant notre ère, la "Lettre à Ménécée" résume presque à elle seule toute la doctrine épicurienne. Afin pour tous les Humains d'atteindre ataraxie et aponie, autrement dit tranquillité de l'âme et santé du corps, il suffit de quatre grands remèdes : grâce à la théorie atomiste, oublier la crainte d'un enfer imaginaire et celle de dieux indifférents par nature à l'ordre du Monde et au sort des Hommes (même l'âme est mortelle car constituée de particules physiques), supprimer les peurs infondées et notamment celle de la mort (une fois disparu, l'être humain ne ressent plus aucune sensation et n'a plus conscience de sa non-existence), accepter le principe de bonheur (exercer de manière active et dès le plus jeune âge la philosophie, "science du bonheur et médecine de l'âme") et refuser toute forme de douleur (toute souffrance, de l'âme ou du corps, est relative donc supportable).

De ces quatre préceptes découlent plusieurs choix de vie. Pour accéder à la plénitude, le Sage (ou Philosophe ou Epicurien...) ne fera pas de politique, se méfiera des honneurs, des instincts et des passions, dénoncera les croyances irrationnelles, les superstitions et les dogmes religieux. Sobre, raisonnable et prudent, il évitera toute recherche active du plaisir, assouvira de manière modérée ses désirs naturels et nécessaires (faim, soif, sommeil ou amitié), vivra en autosuffisance hors de toute dépendance et rejettera toute jouissance, immédiate, inutile ou source de souffrance à long terme.

Comme les dieux, le Sage n'a d'autre maître que lui-même, il méprisera donc la condition humaine et les tourments d'autrui. Aux adversaires de l'épicurisme criant à l'indifférence, à l'égoïsme et à l'individualisme, il répondra pragmatisme, hédonisme raisonné, évitement de "plaisirs qui nuisent à autrui"... Et enfin, pour reprendre les mots de Lucrèce, disciple d'Epicure : "C'est ici-bas que la vie des sots devient un véritable enfer" !

Tonton Daniel
 

lettre à ménécée

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature

Repost0

Publié le 24 Novembre 2022


Bonjour à tous

Erigée en peine forêt amazonienne et aussi haute que la Tour Eiffel avec ses 325 mètres, l'Amazon Tall Tower Observatory (ATTO) abrite l'observatoire climatique le plus haut du monde ! Cette tour haubannée concrétise depuis 2015 un partenariat germano-brésilien initié en 2009 pour l'étude des cycles du carbone et de l'eau, la confirmation des modèles climatiques et la collecte des informations sur la quantité d'aérosols et de gaz à effet de serre sur un site préservé de toute activité humaine.

Dans la réserve d'Uatumã, à 150 km au nord-est de Manaus, le complexe géré conjointement par le Max Planck Institute de Hamburg et l'Universidade do Estado do Amazonas (UEA) de Manaus comprend deux autres tours de 80 mètres, plusieurs passerelles d'accès à la canopée ainsi que plusieurs laboratoires scientifiques dont la mission est de collecter, étudier et analyser tous les aérosols de taille nanométrique, microparticules arrachées aux arbres par les vents, poussières, bactéries, pollens ou minéraux en suspension dans les couches basses de l'atmosphère.

Une seule autre installation du même genre existe sur la planète, la Zotino Tall Tower Observation Facility (ZOTTO), érigée en 2006 dans le kraï de Krasnoïarsk en pleine Sibérie centrale, gérée ici aussi par le Max Planck Institute de Hamburg avec l'aide du Sukachev Institute of Forest dépendant de l'Académie des Sciences de Russie. Ici, pas de moiteur tropicale mais des capteurs qui enregistrent les concentrations de dioxyde de carbone et de méthane à 304 mètres d'altitude. Dans cette région du monde très sensible au réchauffement climatique, le pergélisol (permafrost) et la forêt arctique constituent en effet deux gigantesques puits de carbone capables à l'avenir de relâcher des quantités phénoménales de ces deux gaz à effet de serre.

Deux tours et deux projets à la hauteur des espoirs de l'Humanité toute entière...

Tonton Daniel
 

tour atto
tour atto

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #architecture, #dérèglements climatiques

Repost0

Publié le 16 Novembre 2022


Bonjour à tous

En 1964, alors que la Guerre Froide domine l'actualité internationale, les Etats-Unis organisent différents programmes visant à combattre l'extrême pauvreté dans le monde, considérée par eux comme facteur de développement du communisme. Planning familial, promotion de l'avortement et cliniques mobiles sont ainsi "proposés" ouvertement à différentes nations, en Inde, en Corée ou en Asie du sud-est. Cette même année, le sociologue français Gaston Bouthoul, cofondateur de l'Institut français de polémologie avec la journaliste et femme politique Louise Weiss, future doyenne des députés au Parlement européen de 1979 à 1983, fait paraitre son ouvrage sobrement intitulé "La surpopulation" dans lequel il définit simplement celle-ci comme un déséquilibre durable entre courbe de production et courbe démographique. Rares sont alors les auteurs comme Gaston Bouthoul ou le biologiste américain Paul R. Ehrlich à se préoccuper de surpopulation. 

S'appuyant sur de nombreux exemples historiques, le spécialiste de l'étude scientifique des conflits étudie l'expansion démographique sous un angle principalement politique et constate qu'une "surpopulation stratégique" peut remplacer une "natalité archaïque" afin de permettre à une nation impérialiste d'aller chercher les ressources dont elle a besoin en dehors de ses frontières. Une guerre internationale ou civile peut aussi servir de soupape quand la poussée démographique est subie, le conflit servant alors de "relaxation démographique" ou "d'infanticide différé". Il s'oppose ainsi au socialisme de Karl Marx pour qui la surpopulation organisée n'a qu'une finalité économique et au conservatisme de Malthus dont les prévisions sont "timides" et la morale trop puritaine.

Gaston Bouthoul se tourne alors vers l'avenir, tire le signal d'alarme et compare surpopulation et maladie incurable : "La prolifération désordonnée des tissus annonce le cancer" ! Dès 1964, le visionnaire évoque déforestation, surpêche, épuisement des sols, raréfaction des matières premières, pénuries d'eau potable et surconsommation dans un monde fini. Il annonce aussi chômage, pauvreté, famines, protectionnisme, concentration urbaine, écart croissant des richesses, émeutes de la faim, migrations massives et fermetures des frontières. Trop de divergences, d'intérêts contradictoires, de problèmes logistiques, économiques, sociaux, politiques, nutritionnels, environnementaux et culturels expliquent que, plus une collectivité croît, plus elle devient ingérable.

Pour celui qui considère l'avortement comme un acte barbare et cruel, des solutions existent, pragmatiques ou idéologiques, incitatives ou liberticides, de la plus simple à la plus radicale : nécessité de planification démographique, accès à la contraception, scolarisation et éducation des petites filles, limitation des allocations familiales ou contraintes "médicales" dans les cas les plus désespérés... D'aucuns font confiance en l'autorégulation naturelle des espèces par "réaction à l'encombrement", d'autres affirment que le progrès technique permettra de compenser indéfiniment la poussée démographique, des économistes envisagent la mise en place de systèmes de retraite dans les pays où l'on compte traditionnellement sur les enfants pour assurer sa vieillesse, les humanistes enfin pointent la capacité d'étonnement et le non-conformisme qui s'opposent à l'immobilisme, à l'inertie mentale et aux traditions entrainant la mort individuelle et collective. Quant aux historiens, ils citent volontiers Aristote s'exclamant au 4e siècle avant notre ère : "La surpopulation engendre la pauvreté et la pauvreté engendre séditions et désordres" !

Faute d'action préventive, Gaston Bouthoul prévoyait quatre milliards d'humains sur la planète en 1980, six en 2000 et vingt en 2100. Alors que le cap des huit milliards est aujourd'hui atteint, les chiffres semblent lui donner raison... Est-il trop tard pour agir ?

Tonton Daniel
 

la surpopulation

Lire la suite

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #démographie

Repost0