la 6e extinction

Publié le 5 Novembre 2016


Bonjour à tous

Le hasard aura voulu que je termine "La 6e extinction" de la journaliste d'investigation américaine Elizabeth Kolbert quelques jours après la parution du rapport du WWF "Planète Vivante 2016" faisant état d'une accélération alarmante de la disparition de la faune sauvage, à quelques jours de l'ouverture de la COP22 et alors que le magazine Sciences et Avenir consacre un article passionnant sur le début de l'ére anthropocène dans son numéro d'octobre dernier.

Le constat dressé par Elizabeth Kolbert est très clair. Après les cinq grandes extinctions précédentes caractérisées par une "baisse marquée de la biodiversité", la sixième vient juste de débuter. Si les premières sont d'origine naturelle, dues à des causes multiples et réparties sur des durées géologiques très longues, météorites géantes, dérive des continents, glaciations ou simple sélection naturelle, la dernière a commencé avec l'apparition d'Homo Sapiens et se développe avec une effrayante et extrême rapidité.

A travers quelques exemples à la fois symboliques et très concrets, effondrement des stocks de batraciens et de chauves-souris ou modification des écosystèmes dépendant des arbres, l'auteure brosse un tableau pessimiste et réaliste, froid et sans passion, de l'extinction programmée de tout ou partie de la faune et de la flore sauvages de notre planète. Les avertissements sont nombreux : extinction du dodo en 1681, du grand pingouin en 1844 ou de la grenouille de Darwin en 2014, blanchiment des barrières de corail, constat de surchasse et de surpêche, crainte sur la disparition des abeilles et des grands singes, paradoxe des espèces obligées de migrer pour survivre mais bloquées par des réalisations humaines, routes, barrières, villes, zones défrichées... Parmi d'autres exemples, on citera également la migration des végétaux vers le nord ou en altitude, la propagation d'espèces invasives causées par le commerce mondial et le tourisme transcontinental engendrant la fin de la "distribution géographique" darwinienne, les extinctions locales à petite échelle dans des iles et des espaces réduits devenant rapidement régionales puis mondiales.

Chacune des cinq extinctions précédentes a été associée à une ère géologique précise. Capable de modifier rapidement, massivement et durablement son environnement, l'Homme a volontairement ou accidentellement engagé une nouvelle ère d'extinction massive, aujourd'hui nommée "Anthropocène" dans laquelle les biomes sont devenus des "anthromes". Homo Sapiens est désormais capable de modifier la "signature stratigraphique planétaire" par sa consommation de combustibles fossiles et de sable à béton, le stockage de déchets et les retombées d'explosions nucléaires, la création d'iles artificielles ou les détournements de fleuves, toutes cicatrices définitives qui demeureront bien après le bref passage de l'Homme sur Terre. Parmi d'autres conséquences des activités humaines entrainant la disparition de nombreuses espèces animales et végétales, on rappellera également l'emprise démographique, l'acidification des océans, la dispersion de plastiques, les émissions de gaz à effet de serre et la modification de la composition atmosphérique engendrant dérèglements climatiques, recul des glaciers, avancée des déserts et fonte des calottes glaciaires polaires..

Récompensé en 2015 par le Prix Pulitzer de l'essai et sous-titré sans ambiguité "Comment l'homme détruit la vie", le livre est passionnant de bout en bout. Il pointe du doigt le paradoxe de la petitesse de l'homme face à son énorme pouvoir de nuisance et laisse à penser qu'une espèce invasive appelée Homo Sapiens pourrait être la cause du "remplacement imparfait" de l'homme de Néanderthal... Les expériences de Biosphère, les parcs nationaux et les banques de gènes congelés ne serviront à rien. S'achevant par l'auto-destruction de cette espèce autrefois qualifiée de "sage", la sixième extinction pourrait bien être la dernière...

Tonton Daniel

 

la 6e extinction

Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #environnement, #zoologie, #dérèglements climatiques

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