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Publié le 14 Février 2017


Bonjour à tous

"Quand je vois des vivants la multitude croître
Sur ce globe mauvais de fléaux infesté,
Parfois je m’abandonne à des pensers de cloître,
Et j’ose prononcer un voeu de chasteté..."

Par cette première strophe pessimiste commence l'étonnant poème sobrement intitulé "Voeu" composé en 1875 par le poète français Sully Prudhomme, membre de l'Académie française en 1881 et premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901. Bien que l'économiste britannique Thomas Malthus ait déjà publié dès la fin du XVIIIe siècle son célèbre "Essai sur le principe de population" qui envisage une pénurie de ressources alimentaires face à une démographie galopante, Sully Prudhomme n'évoque pas ici un phénomène de surpopulation planétaire mais bien le fléau de la guerre, la misère sociale et les inégalités de classe.

Strophe après strophe, face à ces fatalités et ces malédictions insupportables, le conteur prône donc la raison, fait voeu de chasteté et renonce de manière très romantique à donner la vie. En refusant d'imposer le malheur inévitable à un éventuel héritier, il livre une réponse visionnaire à des questions aujourd'hui très modernes, dénatalité volontaire ou décroissance démographique. Très éprouvé par la guerre de 1870, Sully Prudhomme termine son poème par un message pacifiste et utopique de justice et de paix qui a peut-être inspiré aux partisans du néomalthusianisme à la fin du XIXe siècle la doctrine de ne pas "produire de chair à canon pour les guerres et l'exploitation des bourgeois"...

Tonton Daniel

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sully_Prudhomme

http://tontondaniel.over-blog.com/article-essai-sur-le-principe-de-population-53749284.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-denatalite-volontaire-109540135.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-ginks-70990482.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-24069603.html

 

"Voeu

Quand je vois des vivants la multitude croître
Sur ce globe mauvais de fléaux infesté,
Parfois je m’abandonne à des pensers de cloître,
Et j’ose prononcer un voeu de chasteté.

Du plus aveugle instinct je me veux rendre maître,
Hélas ! Non par vertu, mais par compassion ;
Dans l’invisible essaim des condamnés à naître,
Je fais grâce à celui dont je sens l’aiguillon.

Demeure dans l’empire innommé du possible,
Ô fils le plus aimé qui ne naîtra jamais !
Mieux sauvé que les morts et plus inaccessible,
Tu ne sortiras pas de l’ombre où je dormais !

Le zélé recruteur des larmes par la joie,
L’amour, guette en mon sang une postérité.
Je fais voeu d’arracher au malheur cette proie ;
Nul n’aura de mon coeur faible et sombre hérité.

Celui qui ne saurait se rappeler l’enfance,
Ses pleurs, ses désespoirs méconnus, sans trembler,
Au bon sens comme au droit ne fera point l’offense
D’y condamner un fils qui lui peut ressembler.

Celui qui n’a pas vu triompher sa jeunesse
Et traîne endoloris ses désirs de vingt ans,
Ne permettra jamais que leur flamme renaisse
Et coure inextinguible en tous ses descendants !

L’homme à qui son pain blanc maudit des populaces
Pèse comme un remords des misères d’autrui,
À l’inégal banquet où se serrent les places
N’élargira jamais la sienne autour de lui !

Non ! Pour léguer son souffle et sa chair sans scrupule,
Il faut être enhardi par un espoir puissant,
Pressentir une aurore au lieu d’un crépuscule
Dans les rougeurs que font l’incendie et le sang ;

Croire qu’enfin va luire un âge sans batailles,
Que la terre s’épure, et que la puberté
Doit aux moissons du fer d’incessantes semailles
Pour que son dernier fruit mûrisse en liberté !

Je ne peux ; j’ai souci des présentes victimes ;
Quels que soient les vainqueurs, je plains les combattants,
Et je suis moins touché des songes magnanimes
Que des pleurs que je vois et des cris que j’entends.

Puisqu’elle est à ce prix, la victoire future
Qui doit fonder si tard la justice et la paix,
Ne vis que dans mon coeur, ô ma progéniture,
Ignore ma tendresse et n’en pâtis jamais ;

Que ta mère demeure imaginaire encore,
Que, vierge, ayant conçu hors de l’hymen banal,
Sans avoir à souffrir plus qu’un lis pour éclore,
Elle enfante à l’abri de l’épreuve et du mal.

Sa beauté que j’ai faite et n’ai pas possédée
(Car les yeux de mon corps n’ont rien vu de pareil)
Vêt la splendeur pudique et fière de l’idée
Qui fuit l’argile et peut se passer du soleil !

Ainsi, je garderai ma compagne et ma race
Soustraites, en moi-même, aux cruautés du sort,
Et, s’il est vain d’aimer pour qui jamais n’embrasse,
Du moins, exempts du deuil, nous n’aurons qu’une mort !"

(Recueil Les vaines tendresses - 1875)

 

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #démographie

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Publié le 27 Avril 2016

Bonjour à tous

Le saviez-vous ? Trente ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la radioactivité n'est plus la principale préoccupation des ouvriers chargés sur place de la construction du deuxième sarcophage de confinement du réacteur n°4 de la centrale. Successeurs des premiers "liquidateurs", les ouvriers d'aujourd'hui sont bien davantage préoccupés par la fragilité des bâtiments abandonnés et non entretenus de Pripiat et Tchernobyl, ainsi que par la prolifération d'animaux sauvages dans la zone d'exclusion.

Vivant naturellement moins longtemps que l'Homme et se reproduisant rapidement, les animaux sauvages sont en effet moins touchés par la radioactivité et prolifèrent dans la région de Tchernobyl depuis l'abandon de toute activité humaine dans un rayon de trente kilomètres autour de l'ancien site nucléaire. Comme le suggère la série américaine "Life After People" ("Une vie après l’homme"), fiction qui imagine les conséquences sur l'environnement de la disparition subite de l'espèce humaine, ours, loups et sangliers sont aujourd'hui les maitres d'un royaume de 300 000 hectares partagé par l'Ukraine et la Biélorussie.

En trente ans, avec sa surface supérieure à celle du Luxembourg, la "Zone d'aliénation de la centrale nucléaire de Tchernobyl" est devenue le plus grand "parc involontaire" de la planète, loin devant d'autres sites, zone démilitarisée séparant les deux Corée, îles Montebello en Australie, île japonaise d’Hashima ou nombreuses villes fantômes des Etats-Unis par exemple.

Trente ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, il est encore trop tôt pour conclure mais scientifiques et écologistes s'interrogent déjà : la pression humaine serait-elle plus nocive pour l'écosystème et l'environnement que les retombées radioactives d'une pollution nucléaire ?

Tonton Daniel

https://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_involontaire

tchernobyl avril 1986

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #le saviez-vous, #actualité, #environnement, #démographie, #russie-urss

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Publié le 2 Novembre 2015

Bonjour à tous

Instaurée il y a 35 ans par Pékin afin d'éviter tout à la fois une hausse trop rapide de la population chinoise, une catastrophe alimentaire et un ralentissement de la croissance économique, la politique de l’enfant unique est aujourd'hui officiellement abandonnée par le 18ème congrès national du Parti Communiste chinois dans le cadre de l'adoption du 13e plan quinquennal. Si les minorités ethniques du pays ainsi que les familles de paysans dont le premier-né était une fille n'étaient pas soumises à la politique de limitation des naissances, le reste de la population a longtemps été sévèrement contrôlée, voire parfois soumise à avortements forcés, stérilisations contraintes et infanticides. (cf. article de février 2010 - lien ci-dessous)

Ayant évité la naissance de 400 millions de bébés durant cette période, ce système a désormais atteint ses limites. Après trois décennies de planification familiale, le bilan est sans appel : déséquilibre démographique, crise des célibataires masculins, trafic d'épouses, vieillissement de la population, baisse du nombre des actifs, choc annoncé sur le financement des retraites... Afin de remédier au déséquilibre hommes-femmes, un économiste de Zhejiang aurait d'ailleurs proposé récemment un "partage d'épouse" pour les hommes les plus pauvres !

Avec une économie au ralenti, une croissance en berne et la menace démographique du voisin indien, la population est donc désormais autorisée et incitée à avoir un deuxième enfant afin de rajeunir et de fournir davantage de main-d'oeuvre sur le marché du travail de la deuxième économie mondiale. Malheureusement, coût de la vie, frais de scolarité, urbanisation ou travail des femmes, rien n'incite les chinois dont le niveau de vie a beaucoup progressé depuis les années 70 à se reproduire ! Si on a pu dans le passé les stériliser de force, il sera difficile de les contraindre à copuler !

De plus, cette politique de rajeunissement à long terme ne suffira pas selon certains économistes sans le sacrifice d'un peu de croissance, ce que l'Etat n'acceptera pas forcément. D'autres problèmes aussi concrets mais plus urgents restent sans solution : le nombre de couples ayant perdu leur enfant unique et plus en âge d'en avoir un nouveau serait de 10 millions, mettant en difficulté ces futures personnes âgées et isolées. De même, il y aurait dans l’Empire du Milieu 11 millions de deuxièmes enfants non déclarés et sans existence légale dont personne ne sait quoi faire... Les démographes et les écologistes pointent enfin du doigt une catastrophe environnementale inévitable dans un pays qui serait le plus peuplé du monde en 2020 avec 1,4 milliard d'habitants selon ces nouvelles perspectives.

A court terme, les seules à se frotter les mains dans une société très pragmatique sont les entreprises de puériculture et d'alimentation infantile comme Danone ou Nestlé. Les deux leaders du lait infantile en Chine ont vu leurs actions flamber en bourse après l'annonce de ce nouveau boom démographique potentiel ! Contrairement aux nations, matérialisme et cynisme n'ont ni frontières ni limites !

Tonton Daniel

http://tontondaniel.over-blog.com/article-natalite-et-annee-du-tigre-46169765.html

http://tontondaniel.over-blog.com/article-demographie-chinoise-44148990.html

démographie chinoise 2

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #chine, #démographie, #économie

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Publié le 26 Octobre 2015

Bonjour à tous

Les traditions culturelles, les superstitions imbéciles et les coutumes implacables ont la vie dure dans certaines régions du globe. Enfants, bébés et nouveau-nés leur payent souvent un lourd tribut ! Au Burundi et en Tanzanie, les enfants albinos sont parfois tués et démembrés pour fabriquer des potions magiques... Dans les campagnes chinoises, jusqu'au milieu du XXe siècle, il n'était pas rare de nourrir les cochons avec les bébés filles nouvelles-nées... Au Congo, de nombreuses petites filles, de 6 mois à 11 ans, se font violer car "faire du mal à des enfants peut être considéré comme un moyen de s'attirer la fortune"... Dans le sud de l'Inde, afin de ne pas être bannies de leurs communautés villageoises, des parturientes empoisonnent souvent leurs bébés féminins avec du jus de tabac... Au Bénin, chez les Baribas et les Baatonus, les enfants qui ne crient pas à la naissance, qui commencent leur première dentition par la mâchoire supérieure ou qui se présentent par le siège, sont considérés comme des sorciers et tués, égorgés ou fracassés contre un tronc d'arbre...

Souvent considérées comme surnaturelles et "ramenant la race humaine au niveau de l'animal chez qui les portées sont habituellement collectives", les naissances multiples engendrent elles aussi peurs et superstitions. A Mananjary, petite ville côtière du sud-est de Madagascar, les jumeaux nouveau-nés sont considérés comme maudits par leur communauté Antambahoaka. Pendant des siècles, vrais ou faux jumeaux nouveau-nés de cette ethnie ont ainsi été abandonnés dans la forêt, noyés dans un marais voisin ou déposés à la porte des étables afin d'être piétinés par vaches et zébus... Désormais, les chefs traditionnels, gardiens coutumiers et chefs de clan qui déterminent seuls l'accès aux cérémonies traditionnelles et aux tombes familiales, prônent l'abandon plutôt que l'infanticide et se contentent d'interdire l'accès à leur "tranobe", leur maison royale et sacrée, à quiconque aurait eu un contact physique avec ces jumeaux tabous.

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer le "fady kambana" ou "malédiction des jumeaux" de Mananjary : résultats supposés d'adultères, décès multiples dans la famille du fondateur de l'ethnie Antambahoaka, prédiction faite à la reine Ranavalona Ie par son astrologue au XIXe siècle de menaces issues de jumeaux, guerre tribale pendant laquelle des jumeaux oubliés auraient causé indirectement le viol et la mort de leur mère, ou plus prosaïquement contraintes économiques et modernes dans l'un des pays les plus pauvres du monde.

Bien que limitée à une ethnie de 20.000 individus à Madagascar, cette malédiction des jumeaux existe dans d'autres cultures comme celle des Igbo du Nigéria par exemple qui choisissent eux aussi de supprimer les nouveaux-nés multiples. Initiée par l'UNICEF, une campagne de sensibilisation de la population locale commence à faire lentement évoluer les mentalités grâce au courage de quelques-uns : construit sur un ancien terrain vague, en périphérie de Mananjary afin d'éviter tout contact prétendument néfaste, un centre d'accueil et de transit a été créé en 1987 et regroupe aujourd'hui orphelins et jumeaux qui peuvent désormais espérer une adoption locale ou internationale. On ne répètera jamais assez que l'éducation reste le seul remède efficace contre l'obscurantisme, les superstitions et la barbarie, mais hélas le chemin à parcourir vers une Humanité plus raisonnable et moins passionnée parait encore bien long !

Tonton Daniel

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #international, #démographie

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Publié le 26 Juillet 2015

Bonjour à tous

"L'avenir n'est pas écrit" affirment d'une même voix deux des généticiens français les plus célèbres du moment. Interrogés par le journaliste scientifique Fabrice Papillon, Axel Khan et Albert Jacquard débattent et dialoguent avec passion des grands sujets qui animent notre société moderne, le mystère de la vie et de la mort, la sélection naturelle et l'évolution des espèces, l'éternel débat entre inné et acquis, l'intelligence de l'espèce humaine, mais aussi la question des libertés individuelles, les liens entre sexualité et hérédité ou l'avenir des manipulations génétiques et des OGM... Au-delà de l'"ADN poubelle" non porteur de gènes, des acides aminés et du hasard, les deux généticiens évoquent la souffrance, l'euthanasie, les soins palliatifs, le suicide assisté ou l'eugénisme sans oublier quelques sujets économiques, l'autorégulation des marchés dans le système libéral, la mondialisation, les dépôts de brevets ou la prééminence des grandes firmes sur les Etats !

Dans cette réflexion à deux voix, entre un agnostique convaincu et un déiste prudent, les désaccords sont souvent francs et fréquents, en particulier à propos de la religion et de l'importance du Mystère "sans intention". Engagés politiquement et socialement, les deux hommes dénoncent toutes les idéologies et confrontent leurs visions humanistes de l'existence, celle d'Axel Khan étant davantage matérialiste, pragmatique, scientifique, évolutionniste, pleine de certitudes, alors qu'Albert Jacquard, disparu en 2013, semble laisser plus de place au doute, à l'imagination et à l'incertitude. Leurs points communs ? "Une même conviction que le programme génétique n'écrit le destin ni des individus ni des sociétés" (pas de déterminisme) et l'affirmation que l'évolution culturelle remplace désormais l'évolution biologique, ce que Jacques Monod affirmait dans "Le hasard et la nécessité" en rappelant que la survie des organismes supérieurs dépend désormais de leur comportement et non plus de leur environnement ou de leur nature.

Malgré son aspect philosophique, le livre n'est jamais ardu ni rébarbatif. Ecrit en 2001 avant certaines découvertes récentes (croisement entre Homo sapiens et Homo neanderthalensis par exemple), il est toujours d'actualité grâce aux très nombreux sujets abordés. En revanche, malgré la dénonciation de la politique malthusienne chinoise "moralement indéfendable mais démographiquement nécessaire", on pourrait peut-être souligner l'absence de débat sur le sujet brûlant, tabou et polémique de l'évolution démographique galopante.

En conclusion, allons-nous vers un épanouissement général ou une extinction progressive ? Pour Axel Khan et Albert Jacquard, une seule chose est certaine : contrairement à celui des planètes et de l'Univers, l'avenir des Hommes n'est pas écrit !

Tonton Daniel

l'avenir n'est pas écrit

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Rédigé par tonton daniel

Publié dans #littérature, #démographie

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